Comment l’application Yuka éclaire nos achats de cosmétiques ?


Yuka
, lapplication grand public, bien connue de tous sur le marché de lalimentaire, a étendu ses services au secteur des cosmétiques depuis juin 2018. Cette fonctionnalité a été intégrée à lapplication existante et rend moins opaque la lecture des compositions de nos produits dhygiène et beauté.  

Lindustrie des cosmétiques est en pleine mutation. Les attentes des consommateurs ont évolué. Ils sont clairement en quête de naturalité et dans lexpectative de formulations plus saines et moins controversées à utiliser au quotidien.

Le marché cosmétique bio, qui était encore délaissé il y a quelques années prend de plus en plus d’espace dans les rayonnages de nos moyennes et grandes surfaces. Lexpansion de la « Green Beauty » traduit une inquiétude grandissante quant à la composition des produits et participe au recul des formulations dites « classiques »

Lannée dernière, les ventes des produits dhygiène et beauté conventionnels ont baissé de 2 % en valeur et en volume, en grandes et moyennes surfaces. Les produits cosmétiques bio, quant à eux, ont progressé de 39 % en valeur et de 35,9 % en volume1. En février 2019, selon Iri, les ventes de cosmétiques bio ont représenté 3% du chiffre daffaires de lhygiènebeauté en grandes surfaces2. Une étude de statista3 révèle que la composition des produits est le deuxième critère déclenchant un acte dachat, tout juste derrière le prix.

Les applications comme Yuka (Clean Beauty, CosmEthics, Quelcosmetic, Inci Beauty) ont largement contribué à cette mutation du marché et mettent en exergue les nouvelles attentes des consommateurs.

Cest dans ce contexte que jai souhaité en savoir plus et recueillir les propos de Julie CHAPON, cofondatrice de lapplication Yuka et ainsi mieux comprendre comment lapplication éclaire nos décisions dachat.


Julie CHAPON - Co-fondatrice de l'application Yuka

INTERVIEW
DE JULIE CHAPON,
Co-fondatrice de l’application Yuka


🥕En quoi les applications de décryptage des produits cosmétiques comme Yuka ont bouleversé l’industrie de la beauté ? 

Julie CHAPON : Beaucoup de consommateurs se sont mis à utiliser ces applications pour décrypter les étiquettes et cellesci ont en conséquence influencé leurs habitudes dachat. Certains ont délaissé les produits qui étaient très mal notés dans les applications et ont préféré privilégier des produits beaucoup mieux notés. Je pense que l’industrie des cosmétiques a ressenti des effets sur ses ventes.

Beaucoup d’entreprises ont pris la mesure de la demande des consommateurs et sont en train de complètement repenser certaines de leurs gammes, voire de sortir des gammes beaucoup plus « clean » sans ingrédient controversé. Beaucoup de marques nous contactent en amont du développement de leurs produits, pendant la phase de recherche et de développement. Elles nous envoient leurs compositions et nous demandent notre évaluation avant même que la production ne soit lancée.

🥕 Pourquoi Yuka s’est lancée sur le décryptage des ingrédients de produits cosmétiques ?

Julie CHAPON : Au départ nous nous sommes uniquement lancés sur l’alimentaire. Nous n’avions pas pour projet d’adapter l’application aux cosmétiques. Cependant, nous avons eu des retours de consommateurs qui nous demandaient de développer ce segment.

Nous nous sommes rendu compte qu’il y avait une forte demande, nous avions tous les jours près de 30 ou 40 messages qui nous disaient : “cest super ce que vous faites, mais pourriezvous faire la même chose sur les cosmétiques car cest encore plus compliqué de sy retrouver.” C’est ainsi que nous avons décidé d’intégrer cette nouvelle fonctionnalité à l’application et rendre ainsi moins opaque les compositions des produits d’hygiène et beauté.

🥕 Comment est alimentée votre base de données ? 

Julie CHAPON : Nous avons deux sources dinformations :
La première repose tout dabord sur les contributions de nos utilisateurs. Lorsqu’un produit n’est pas reconnu, l’utilisateur a la possibilité de prendre en photo les ingrédients listés sur le packaging pour le référencer dans l’appli. Nous envoyons ensuite cette photo à un service externe qui la retranscrit et l’intègre à nos bases de données. L’utilisateur est ensuite notifié lorsque l’analyse a été ajoutée à notre base de données.

La deuxième source, ce sont les marques qui acceptent de plus en plus de jouer le jeu de la transparence. Elles nous envoient directement les formules et les photos à jour de leurs produits. Elles nous fournissent en direct les données de leurs compositions sachant qu’il s’agit de données publiques et inscrites sur le packaging. Il n’y a donc aucun conflit d’intérêt ni aucun risque d’information erronée.

L’application propose également des alternatives aux produits moins bien notés. Nous avons mis en place un algorithme totalement neutre. Il va analyser la catégorie du produit et proposer un produit similaire détenant la note la plus élevée. Le choix de l’alternative est proposé également en fonction de la disponibilité et de la distribution du produit. Yuka recommandera un produit facile à trouver auprès des grandes enseignes.

🥕 Yuka pourra-t-elle dans le futur analyser la provenance des ingrédients ?

Julie CHAPON : Pour analyser une donnée, il faut que l’on ait accès à cette donnée. Aujourd’hui Yuka se base sur la liste des ingrédients qui est obligatoire et dont l’accès est facile. Nous ne pouvons pas analyser la provenance des ingrédients car pour le moment cette information n’est pas obligatoire. En conséquence, aujourd’hui, nous sommes dans l’incapacité d’analyser ce sujet. Ce que j’espère, c’est que dans les années à venir, de plus en plus d’informations sur le packaging soient rendues obligatoires par la législation cosmétique Européenne.

🥕 Les applications de décryptage sont souvent pointées du doigt car elles ne sont pas en mesure de prendre en considération la concentration des ingrédients au sein d’une formule, qu’en pensez-vous ?

Julie CHAPON : Ce que l’on sait, c’est que l’ordre des produits va de l’ingrédient le plus présent au moins présent mais le pourcentage n’est à aucun moment précisé. C’est un argument qui pour moi, n’est pas recevable pour les 3 raisons suivantes :

  • Ces informations ne sont pas disponibles,
  • beaucoup d’ingrédients, notamment les perturbateurs endocriniens, nont pas deffet de seuil et ont des effets néfastes même en très faible quantité,
  • nous retrouvons ce genre d’ingrédients, même en faible proportion, dans beaucoup de produits d’hygiène et beauté. Les consommateurs se retrouvent donc parfois exposés quotidiennement à une dose importante par effet cocktail.

Nous appliquons le principe de précaution, l’application sanctionne les composants avec un quelconque risque même supposé. Nous espérons également une évolution des données obligatoires sur les taux de concentration.

🥕 Pensez-vous qu’une base de données commune pourrait être créée ? 

Julie CHAPON : Cela pourrait être intéressant mais je ne pense pas qu’un jour nous aurons ce genre de données. Nous le voyons au quotidien, un groupe seul rencontre des difficultés pour créer une base de données en interne. Les groupes détiennent plusieurs marques et c’est un exercice complexe qui demande une coordination de tous les services, ce qui parait compliqué. Nous pouvons également nous demander si ces marques ont un intérêt à le faire. Une base de données commune ce n’est pas un projet auquel je crois.

🥕 Une marque aurait-elle un intérêt à créer sa propre application d’évaluation de ses produits ?

Julie CHAPON : Je ne connais pas de marque qui souhaiterait se lancer sur le sujet. Si c’était le cas, je pense qu’il s’agirait d’une très mauvaise stratégie nécessitant beaucoup d’investissement et d’énergie pour peu de résultats. Une application ne peut pas être gérée par des personnes qui soient juges et parties.

🥕 Selon vous, quels seront les prochains bouleversements du marché de la beauté ? 

Julie CHAPON : La tendance se porte vers des produits plus sains, plus naturels. Je pense que les produits contenant les ingrédients les plus controversés seront supprimés progressivement. Il y a une vraie tendance autour du « fait maison », le « Do It Yourself ». Je pense que l’industrie de la beauté se tournera de plus en plus vers cette tendance.

🥕 Quels sont vos projets de déploiement de l’application à l’international ? 

Julie CHAPON : Après la Belgique, nous visons la Suisse et le Luxembourg, dans un premier temps les pays Francophones. Puis dans un second temps les pays Européens, essentiellement l’Angleterre et l’Espagne. Après, potentiellement le Canada et les Etats-Unis en fonction des opportunités 😊.


🙏Un grand merci à Julie CHAPON pour m’avoir accordé cette interview.

Pour aller plus loin…

Yuka en quelques chiffres (mise à jour 11/02/2019):

Sources :

1/ Iri, CAM au 25 novembre 2018, tous circuits GMS – https://www.lsa-conso.fr/dossier-l-hygiene-beaute-bio-s-enracine,309196

2/ https://www.lsa-conso.fr/ventes-historiques-d-hygiene-beaute-bio-en-fevrier-2019,315881

3/https://fr.statista.com/statistiques/797254/criteres-achat-produits-cosmetiques-femmes-france/