Délinéarisation des programmes TV, visualisation des contenus en cross device, évolution des usages et du comportement des téléspectateurs, la révolution digitale impacte structurellement l’univers du Paysage Audiovisuel Français depuis l’apparition d’Internet. Les professionnels de la télévision ont l’obligation de repenser leur business model, notamment dans les contenus de programmes proposés à leurs publics. Cette (r)évolution disruptive ne fait probablement que commencer…

Considérée autrefois comme le point névralgique du foyer, la télévision fut longtemps dédiée à la réception de programmes en direct et cristallisait toutes les attentions au sein de la famille. Cette image – certes stéréotypée – prête à sourire tant elle semble lointaine. L’époque de la télévision de rendez-vous prime-time, dite “linéaire”, est bel et bien révolue.

Le changement des comportements et des usages du téléspectateur s’est progressivement amorcé avec le développement de l’Internet haut débit. Aujourd’hui producteurs et consommateurs de contenus combinent l’image, le son et l’écrit sur un même support.

Quelques chiffres clés en 2017

Le rapport 2017 publié par Médiamétrie indique que les français regardent la télévision à un niveau élevé : près de 4 heures par jour. 20% des Français ne possèdent pas de télévision mais en regardent les programmes.

La consommation de programmes TV sur internet représente une durée moyenne de 1h23 par jour. 60,1% des foyers sont équipés de TV connectées (+8,2 points en 3 ans). Presque 9 foyers français sur 10 (88,6%) sont équipés de téléviseurs HD.

Près de 40% des foyers français sont équipés de quatre écrans : TV, ordinateur, tablette et smartphone. L’offre de nouveaux contenus rentrent également dans les moeurs avec :

    • les offres streaming via Internet
    • la catch-up TV ou télévision de rattrapage
    • les plateformes de vidéo à la demande (gratuites)
    • les plateformes de vidéo à la demande par abonnement ou SVoD (payante)

Julien Rosanvallon, Directeur des Départements Télévision et Internet de Médiamétrie commente “S’il n’y a pas, à ce stade, d’effet de substitution entre TV et Internet, le numérique favorise un marché d’addition”.

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Source – SFR snptv.org – mesagraph

La TV devient mobile et sociale

A l’image d’Internet, la télévision devient une expérience personnelle sur écrans individuels où les attentes, en matière de découverte, d’accès et d’expérience se transforment aujourd’hui très vite.

Les contenus se sont dématérialisés avec la généralisation d’appareils nomades (desktop, smartphone et tablette). Fidèles au principe de l’ATAWAD Any Time, Any Where, Any Device, ils se regardent le plus souvent de manière individuelle dans une unité de temps infini. La TV s’affranchit de ses contraintes historiques : plus de grille de programme, l’internaute construit la sienne au gré de ses envies. Plus de limites tant pour les contenus que pour les cibles à atteindre.

En outre, les programmes télévisés intègrent différents modes d’interaction. Ils encouragent l’engagement des téléspectateurs vis-à-vis des films, des séries et autres programmes de divertissement proposés sur les réseaux sociaux. Près de 2/3 des twittos recherchent le hashtag d’une émission retransmise en direct lorsqu’il est affiché à l’écran, révèle l’étude de Hub Institute en 2015. Les commentaires, les recommandations, les votes, la possibilité de participer ou d’interagir en temps réel avec les contenus définissent de nouveaux usages. Le rapprochement entre la Télévision et ses “consommateurs” ne fait que se renforcer.

Un média personnalisable

À l’origine du modèle prédictif de la télévision, l’exemple de Netflix est particulièrement probant. La success story majeure de l’entreprise est d’avoir su anticiper et s’adapter aux transformations des usages des téléspectateurs avec l’arrivée d’Internet. La personnalisation de contenus se fonde sur des algorithmes sophistiqués lesquels prennent en compte les préférences actuelles et/ou futures de ses abonnés. Les contenus télévisés se consomment à la carte de la même manière qu’un client choisit un plat figurant au menu d’un restaurant.

Un modèle « client centric » de la TV digitalisée

Jusqu’ici l’opinion publique était traditionnellement façonnée par l’offre médiatique. Ce sont les médias qui choisissent les thèmes et autres débats dans les journaux d’opinion ou les programmes télévisés. L’arrivée du digital a permis d’installer un modèle “client centric” : le téléspectateur se retrouve ainsi au coeur de l’écosystème du paysage audiovisuel. Comme l’évoquait en 2015, le PDG actuel de Facebook France, Laurent Solly, lors d’une conférence chez France Télévisions “(…) le rapport du public vis-à-vis des médias s’est inversé. L’information doit dorénavant trouver ses publics et non plus l’inverse”.

Quelles évolutions pour demain ?

L’édition 2018 du Consumer Electronic Show de Las Vegas esquisse deux grandes tendances pour les prochaines années. Le constructeur coréen LG a profité de l’événement pour annoncer des téléviseurs dopés à l’intelligence artificielle. Le téléspectateur a ainsi la possibilité de commander l’appareil à la voix pour visionner des programmes. La télévision deviendra également un acteur de la domotique en pilotant divers équipements connectés, du système d’éclairage à l’aspirateur robot. Comme le clame Google “Voice is the new search”.

L’immersion dans l’image constituera le nouvel engagement. Elle passera par la démocratisation de l’ultra haute définition (4K), la réalité augmentée et surtout la réalité virtuelle ou 360° qui abolit les barrières entre l’auteur et le spectateur qui devient acteur. Cette dernière technologie pourrait dans un futur proche modifier véritablement notre perception du monde.

 

Guillaume Dubois

 

Sources :

http://www.inaglobal.fr
https://www.contrepoints.org
https://www.meta-media.fr
https://teleobs.nouvelobs.com