Les résultats de l’indice Digital Economy & Society Index de la Commission européenne positionnent en 2017 la France à la 16ème place pour l’utilisation des technologies numériques, particulièrement pour les PME, mettant en avant le retard dans leur transition numérique.

 

« Les technologies apparaissent plus vite que notre compréhension de leur utilité. »

Olivier Lebaron

 

Aujourd’hui, les PME françaises commencent à peine leur transition numérique. Même si la plupart d’entre elles bénéficient d’une présence en ligne et qu’il y a une réelle volonté d’améliorer la situation, il existe un retard par rapport aux autres pays européens. Ce retard est plus ou moins visible selon les secteurs d’activités mais, ce sont chez les PME les plus petites que le plus grand retard est observé.

Pourquoi les PME françaises sont-elles en retard dans leur transition numérique ?

Plusieurs raisons sont mises en avant par les chefs d’entreprises :

  • Transition numérique des PME françaisesLe manque de compétences digitales en interne (53%) qui perçoivent un manque de savoir-faire technique comme un frein à la digitalisation.
  • Le manque de temps : les employés des PME sont la plupart du temps multitâches pour réduire le nombre d’employés et optimiser les coûts. Ils n’ont pas de temps pour la transformation numérique.
  • L’absence de prise de conscience des avantages de la digitalisation pour une entreprise. Sans doute lié au manque de compétences, le manque de connaissances des outils digitaux existants et des avantages qu’ils peuvent amener à une entreprise est une réalité dans de nombreuses PME.
  • Le manque de budget ou l’investissement trop élevé sont encore des raisons invoquées par les PME. Souvent très sollicitées sur le plan financier, la transformation numérique ne fait donc pas partie des priorités pour lesquelles un budget est prévu, si bien que 60,2% d’entre elles déclarent avoir un budget trop faible pour investir dans le numérique.
  • L’incompréhension des bénéfices apportés par la digitalisation par rapport à son coût de mise en place. Décider de passer à une transformation numérique a un coût pour l’entreprise sans pour autant que les retombées ne soient réellement chiffrables. Une enquête réalisée auprès des PME françaises annonce que près de la moitié des répondants considère les coûts de développement comme l’un des principaux freins à leur passage au numérique. Pourtant, seulement un répondant sur quatre déclare que ces coûts ont finalement été une réelle barrière une fois la transformation achevée.
  • Le bouleversement en interne. Certains employés vont devoir être formés et les habitudes de travail changent avec le passage au numérique. Ces changements sont pour certains synonymes d’une perte de temps ainsi que de la désorganisation d’un fonctionnement en place depuis des années considéré comme rentable.
  • La sécurité. Le passage au numérique peut être considéré comme moins sécurisé que les méthodes traditionnelles. Le big data, le Cloud Computing, et toutes ces nouvelles technologies ouvrent la porte à de « potentiels piratages ».

Quelles-seraient les solutions ?

Les responsables politiques ont la possibilité d’initier un travail en concertation avec les PME dans le but de rattraper le retard qu’elles peuvent avoir dans leur digitalisation. Des lois porteuses de solutions pourraient offrir des opportunités aux PME françaises et favoriser leurs croissances. Aujourd’hui, il n’existe pas encore de réel engouement pour la digitalisation, elle reste pour beaucoup une source d’incompréhension. Elle semble être réservée aux jeunes ou aux entreprises dont le business model est basé sur la vente en ligne.

Pourtant, le Conseil National du Numérique (CNNum) a entamé une démarche pour la digitalisation des PME françaises en mars 2016. Le but étant d’accompagner la transformation numérique des PME. Cette étude a abouti à des recommandations définitives en mars 2017. “Compte tenu de leur poids dans notre économie, la transformation numérique de nos PME est une question de survie. Nos politiques économiques ne peuvent pas avoir pour unique finalité le développement de technologies de pointe, de processus industriels à grande échelle ou d’entreprises à fort potentiel de croissance. Cette transition concerne l’ensemble du tissu économique français. Le retard qui se creuse représente un vrai risque à long terme, car les consommateurs français ont quant à eux largement adopté les usages numériques !” a déclaré Guy Mamou-Mani, vice-président du CNNum.

Cinq solutions ressortent de ces recommandations :

  • Mettre en place la marque #croissancesonnectée en faveur de la transition numérique des PME, incarnée par un réseau de connecteurs chargés de sensibiliser et d’accompagner les entreprises,
  • Mettre en place une plateforme de ressources personnalisées pour le programme, comme un guichet unique pour la transformation numérique des PME,
  • Mettre en place un programme de soutien à l’e-internationalisation qui permettrait de la rendre accessible pour les plus petites entreprises,
  • Développer une aide financière régionale en faveur de la transformation numérique des petites entreprises,
  • Soutenir l’évolution des compétences au sein des PME.

Ces solutions ont été proposées à la suite de nombreux entretiens avec les chefs d’entreprises, le but étant de bien comprendre leurs freins à la numérisation.

Si aujourd’hui l’étude menée par le CNNum peut être considérée comme un premier pas vers une mobilisation pour la digitalisation des PME françaises, aucune mesure concrète n’a encore été prise.

Alors quelle sera la prochaine étape ?

D’après IDC le marché de la transformation numérique ira au-delà des 2 milliards de dollars en 2019 avec une croissance de 16.8% chaque année. Une grande partie de cette somme proviendrait de la valorisation et de l’analyse des données. On est ici sur le développement de l’utilisation du big data et les entreprises en ont conscience. D’après une étude PAC, les directions générales sont 60% à considérer les données comme « un actif stratégique, une source de revenu ou au moins un atout important, représentant un élément de différenciation ».

À côté de cela, on constate que les nouveaux entrants bousculent les mœurs et la peur d’une « Ubérisation » pousse les entreprises à innover. Le potentiel de cette révolution numérique est immense et, qui plus est, en perpétuelle avancée. On parle du deep learning, de la 5G, ou encore de la réalité virtuelle. Le numérique prend une place grandissante au sein des entreprises et vient s’ancrer directement dans leurs stratégies de croissance, encouragé par la consommation de masse des utilisateurs.

Transition numérique des PME françaises

Enfin, une étude menée par l’Institute for the Future et Dell Technologies en mars 2017 démontre que 85% des métiers exercés en 2030 n’existent pas encore. Au-delà des entreprises, c’est le monde du travail qui est transformé par le numérique : des nouveaux métiers apparaissent et d’anciens n’existent déjà plus.