La Smart mobility est clairement un des enjeux majeurs de demain. Elle traverse sa plus grande mutation depuis des décennies : la manière dont les personnes et les biens se déplacent sur nos routes va radicalement changer. Dans cet article, nous allons passer en revue les tendances futures de ce secteur. 
Dans une étude publiée en 2016, Deloitte dresse déjà un tableau précis avec quatre étapes principales:

  • Une première phase de changement progressif où le marché automobile traditionnel ralentit;
  • Une accélération globale du marché de l’autopartage ;
  • Une transformation par les véhicules autonomes
  • Enfin, une dernière phase où règne la mobilité autonome et partagée focalisée sur une expérience utilisateur optimale. Selon le cabinet de consulting, la technologie blockchain dévoilerait alors tout son potentiel lors de cette quatrième étape.
Graphique Deloitte 4 phases évolution smart mobility

Graphique Deloitte : les 4 phases potentielles de l’évolution de la mobilité

L’autopartage : un nombre d’utilisateurs en hausse constante

Le nombre d’utilisateurs de services d’autopartage dans le monde devrait ainsi passer de 23,8 millions en 2017 à 60,8 millions en 2022 (+20,6% par an).
Pléthore de start-ups se positionnent sur ce segment des vélos, trottinettes ou scooter en libre-service. Comme ils sont géolocalisables et ne nécessitent aucune borne de rattachement, les investissements de départ sont limités.
En 2017, Blablacar, notre licorne française, a complété son offre d’autopartage en lançant un service de location de voitures longue durée en partenariat avec ALD Automotive et le constructeur automobile Opel. Les « ambassadeurs » de la plateforme – utilisateurs qui comptent au moins 12 mois d’ancienneté et qui ont obtenu un minimum de 90 % d’avis positifs – peuvent louer des véhicules Opel, moyennant un loyer mensuel incluant les frais d’entretien et d’assistance.

Cela répond au fait que les citadins n’ont plus la volonté de posséder leur propre véhicule ; ils souhaitent simplement avoir accès à un service intermodal, répondant à tous leurs besoins de mobilité.

Du modèle du « pay as you go » est né le principe de « Mobility as a service » ou MaaS, spécifique au secteur des transports. Cette intermodalité opérée avec la mobilité comme un service permet aux usagers de passer de leur voiture individuelle à de nombreux services de transport, le tout via une interface facilitée intégrant un pack de mobilité faisant coïncider toutes les offres de transports, publics et privés, avec les besoins des utilisateurs.
Exemple de la société Mappy qui évolue petit à petit, passant d’un calculateur d’itinéraires et comparateur multimodal à un acteur du MaaS. Pour ce faire, ils ont lancé une politique de partenariats afin de référencer ces nouveaux modes de transports tels que OUI.sncf, BlaBlaCar, Ouibus et plus récemment vélos, taxis et transports en commun. La prochaine étape serait d’intégrer la possibilité de paiement et billettique dans leur plateforme.

Le concept de l’infrastructure plateforme:

Le succès du digital et de ces plateformes réside dans l’interconnexion des fournisseurs de services et les consommateurs. La croissance de l’e-commerce et les exigences des clients rendent l’utilisation de ces plateformes digitales incontournables pour le bénéfice qu’elles peuvent apporter à l’optimisation du transport des besoins du quotidien.

On distingue deux catégories d’économie de plateformes digitales multimodales d’intermédiation : les plateformes collaboratives et les plateformes de services :

  • Le modèle « collaboratives » permet la mise en relation d’acteurs qui mutualisent l’usage d’un service sans en tirer de bénéfices (ex. Whim en Finlande, London CityMapper qui proposent tous deux plusieurs solutions multimodales pour que l’usager sélectionne le meilleur itinéraire).
  • Le modèle « services » organise la mise en relation commerciale pour des prestations (but lucratif ex. Uber qui, avec son CEO Dara Khosrowshahi, a pour ambition de devenir l’Amazon des transports).

Ces plateformes se développent également dans le secteur du transport routier de marchandises, en BtoB, permettant la mise en relation des chargeurs et des transporteurs pour trouver le fret à proximité et optimiser les trajets au maximum en limitant les retours à vide.
Elles sont complétées avec des services additionnels de gestion documentaire des opérations, gestion de la flotte ou même des conducteurs qui passent aujourd’hui par des applications mobiles, des logiciels Cloud dont les algorithmes analysent automatiquement les données pour prédire la maintenance des véhicules, assurer le suivi en temps réel des livraisons et digitaliser les documents de transport obligatoires.

A noter également les plateformes en « open data » qui œuvrent au développement de solutions en BtoB pour faire parler les données entre véhicules, les villes, les routes (équipées de capteurs), stations météo, etc. pour plus de sécurité et de confort.

 

Véhicules connectés et autonomes :

Le véhicule autonome est indéniablement une perspective d’avenir pour l’ensemble des transports du quotidien. Les bénéfices seront tout aussi importants pour le transport routier de marchandises longue distance, pour la livraison du dernier kilomètre ou pour la mobilité urbaine.
Le véhicule devient lieu de vie où l’usager peut se divertir, dormir, faire ses courses ou gérer son planning. Le tableau de bord, véritable compagnon de route, offrira du divertissement et des services géolocalisés tels que le font aujourd’hui nos smartphones.

Tableau de bord connecté Byton intéractif

Tableau de bord du SUV M-Byte connecté et interactif par l’équipementier chinois Byton

Les véhicules se dotent également d’assistants intelligents commandés soit par la voix, pour demander la réservation d’un restaurant, une place de parking ou prévenir automatiquement les personnes de notre retard car il a détecté que le trafic était trop dense et ne permettait pas d’arriver au lieu de rendez-vous à l’heure.

Fabien Roth, directeur marketing Europe de Panasonic Automotive présentait deux concepts de navettes autonomes modulaires lors du CES 2019. Le premier baptisé SPAce_C, est une petite cabine de 4 à 6 places dédiée au transport de personnes. Entièrement configurable, l’intérieur peut s’adapter à différents usages : transport public classique d’un point A à un point B, navigation dans des campus, sorties scolaires… et même cabinet médical.

Navette autonome SPAce_L e-mart de Panasonic

Véhicule autonome et connectée : SPAce_L e-mart par Panasonic

Une autre version présentait ainsi le module SPAce_L e-mart. Cette cabine, dédiée à la livraison alimentaire, permet aux consommateurs de récupérer leurs courses en ligne en bas de chez eux à l’heure souhaitée. Une fois sa commande passée, le client reçoit un QR-Code qui lui permet de déverrouiller son casier et de récupérer son panier.

Fabien Roth résume:

« Ce n’est plus le consommateur qui va jusqu’au magasin mais le supermarché et les produits qui se déplacent jusqu’à l’acheteur. « 

Vers de nouveaux modèles économiques :

Selon KPMG, deux modèles économiques vont cohabiter dans les années à venir: les OEM (Original Equipment Manufacturer) ou autrement dit les constructeurs automobiles qui vont fournir les équipements (voitures et camions connectés et largement améliorés) et les grid masters qui vont fournir les logiciels et plateformes intégrant toute une panoplie de services pour le client. Tout un nouveau segment de services de la mobilité va émerger et représenterait mille milliards de dollars dans le monde.

Blockchain: pour une mobilité sécurisée et transparente

Comme nous venons de le voir, la smart mobility n’en est qu’à ses prémices. Les mutations profondes qui vont s’opérer vont générer des problématiques nouvelles.

Alex Smout du consortium InMotion Ventures affirme:

« Les changements rapides dans les secteurs de l’automobile et de la mobilité présentent beaucoup de problèmes qui bénéficient aux forces inégalées de la blockchain. Les véhicules intelligents et connectés ont besoin d’équilibrer le besoin de sécurité et le contrôle des données avec la volonté du marché d’obtenir la connectivité et l’accès aux données. Maintenant, pour la première fois, les OEM, fournisseurs de service et les smart cities vont devoir collaborer sur les standards pour fournir des services sécurisés et durables. »

Des cas d’usages déjà identifiés

Selon Deloitte, la blockchain offre un potentiel technologique permettant l’émergence de nouveaux processus et business models en s’appuyant sur un concept autour de l’utilisateur et basé sur la « confiance décentralisée « . En effet, grâce à ses qualités intrinsèques de transparence, confiance et traçabilité, la blockchain offre des réponses à ces nouveaux défis. Les possibilités, notamment en matière de gestion de l’identité client ou solutions de paiement, sont gigantesques.

  • En ce qui concerne la gestion d’identité : La mobilité partagée suppose la nécessité constante de savoir qui conduit le véhicule et à quel moment. Pour le gestionnaire il s’agit de mieux connaître le parcours, avoir accès au registre d’historiques et proposer une offre adaptée. Pour l’utilisateur, c’est la sécurité de ses données personnelles et celles du véhicule emprunté qui vont générer la confiance.
  • Les paiements : Un des grands chantiers entrepris par les constructeurs automobiles grâce à la blockchain est de pouvoir doter chaque véhicule d’une indépendance quant à la génération d’une transaction grâce à un porte-monnaie virtuel. Cela permettra de facturer plus facilement des services annexes lors de l’usage du véhicule en question avec des micro-paiements.

Exemple de cas d’usage dans le TRM selon la FNTR (Fédération Nationale de Transport Routier) avec les documents de transport obligatoires tels que la lettre de voiture électronique. Une blockchain privée pour ce type de documents pourrait servir à l’ensemble des intervenants de la chaîne.
Il s’agit, à terme, de concevoir un tunnel de données sécurisé par une blockchain privée qui mutualisera l’accès aux données et permettra de créer des “ Smart Contracts ” pour automatiser la facturation, le suivi du règlement par la banque ou d’un dossier de litige avec les assurances.

Cette normalisation des solutions digitales, facilitée par la blockchain, permettra aux multiples applications des transporteurs de fonctionner entre elles. Les échanges entre systèmes par API vont ainsi se multiplier, avec des temps de déploiements courts et des coûts inférieurs pour une activité optimisée et une relation digitale avec le client qui s’en trouvera améliorée.

 

Conclusion

Personne ne peut réfuter le fait que la mobilité est sur la voie de la disruption. Cette transformation et adaptation aux exigences de l’usager seront possibles grâce aux réflexions, aux efforts combinés et à l’expertise de tous les acteurs de l’écosystème. Un des facteurs clé de succès sera la faculté à gérer ces données générées par tous ces services interconnectés afin de conserver la confiance du client. La collecte et l’analyse de cette data seront également des éléments primordiaux pour proposer de nouvelles solutions aux clients pour une expérience sans couture.
Pour en savoir plus concernant la collecte des données personnelles, je vous recommande l’article de Clarisse Pastore sur le blog MBA MCI: https://mbamci.com/donnees-personnelles-ce-quil-faut-savoir/.

 

Sources :
http://www.transportinfo.fr/digitalisation-du-trm-ou-en-est-on-vraiment/
https://www.mobilitytechgreen.com/blog/2018/11/30/observatoire-des-mobilites-emergentes-55-des-europeens-interesses-par-les-offres-de-maas/
https://hackernoon.com/reimagining-mobility-with-blockchain-e5ad483f85f2
http://www.socialy.fr/blog/mobilite-uberisation-digital/
https://www.ademe.fr/expertises/mobilite-transports
https://www.mobilitytechgreen.com/blog/2018/08/07/blockchain-levier-mobilite-demain/
https://www.youtube.com/watch?v=uYz-x2FHYuU
https://hubinstitute.com/2019/CES/Automotive/tendances-byton-Ford-CV2X-automative-grade-linux-toyota-voiture-autonome
https://www.mobilitytechgreen.com/blog/2018/05/17/autopartage-berg-insight-2022/
http://www.fntr.fr/sites/default/files/6-fntr-anm-mobilite-plus-connectee.pdf
https://www.usine-digitale.fr/article/podcast-l-usine-digitale-au-ces-2019-jour-4-les-vehicules-connectes-et-autonomes.N791039
https://www.europe1.fr/technologies/ces-2019-harman-imagine-une-voiture-ultra-connectee-3836426