Selon un rapport de l’association Green IT datant de 2019, l’univers du numérique représente 34 milliards d’équipements pour 4,1 milliards d’utilisateurs soit environ 8 équipements par utilisateur. Cet univers est composé d’ordinateurs, écrans, smartphones, de millions de kilomètres de câbles en cuivre et de fibres optiques, de milliers de centres informatiques et de milliards de chargeurs de téléphones représentant un total de 223 millions de tonnes de matériel, soit l’équivalent de 5 fois le parc automobile français. Étant responsable de 3,8% des émissions de gaz à effet de serre mondiales (autant que l’avion), l’impact du numérique sur l’environnement n’est donc pas négligeable. D’ailleurs, ce chiffre évoluera à la hausse dans les prochaines années notamment à cause de l’explosion du nombre d’objets connectés et de la démocratisation de l’informatique embarqué (robots ménagers – d’assistance, véhicules).

L’impact du numérique sur notre écosystème ainsi que la prise de conscience collective au sujet d’une consommation plus responsable a fait émerger le concept de sobriété numérique.

l'impact environnemental du numérique

Source : Natixis.com

Sobriété numérique quésaco ?

L’expression « sobriété numérique » a été évoquée la première fois en 2008 par Frédéric Bordage auteur, conférencier et fondateur de la communauté GreenIT. Elle promeut la démarche selon laquelle il faut concevoir des supports et services numériques plus écoresponsable (consommation d’énergie, durée de vie, matériaux, recyclage) et inciter les utilisateurs à modérer leurs usages quotidiens du numérique.

Le premier levier d’action consiste en l’écoconception des appareils et infrastructures du numérique ayant pour objectif de réduire l’impact environnemental à chaque étape de leur cycle de vie. En effet, toutes les étapes de ce cycle génèrent des émissions de CO₂, depuis l’extraction des matières premières qui composent l’objet, jusqu’à son élimination en fin de vie. Sa fabrication est donc très énergivore et plus polluante que toute la durée d’utilisation de ce dernier par son consommateur. Les matières premières utilisées dans nos appareils (tantale et l’indium), leurs transports depuis la Chine, le Canada, l’Australie ou encore le Congo vers les lieux de fabrication, puis vers nos locaux de distributions sont les deux raisons principales pour lesquelles la fabrication de ces produits représente un lourd poids carbone.

Le second levier d’action pour favoriser cette sobriété numérique est d’adopter individuellement les bons réflexes afin qu’internet devienne plus respectueux de notre planète. En effet, plus de la moitié de l’impact digital sur l’environnement vient de la consommation numérique et non de sa production. La consommation représente 55% de la production de gaz à effet de serre.

Comment diminuer sa consommation digitale en agissant au quotidien ?

Sur les 3,8% d’émissions évoquées précédemment, 47% sont générées par les équipements numériques grand public. Les vidéos que nous regardons en streaming constituent le secteur le plus énergivore des activités numériques car elles sollicitent énormément de serveurs situés à travers le monde.

Les sites de vidéos à la demande tel que Netflix ou Amazon Prime représenteraient 30% des émissions de gaz à effet de serre produites par le numérique, Youtube 21% et les sites pornographiques 24%. – Source The Shift Project

Face à ce constat, il existe des actions simples qui permettront à chaque utilisateur de limiter leur « bilan numérique » et son impact négatif sur notre écosystème.

1) Concernant les équipements dont vous disposez

Si vous souhaitez les renouveler il existe désormais de nombreuses plateformes qui proposent des produits reconditionnés. Le consommateur en tire un double bénéfice :

  • Premièrement, il fait une économie par rapport à l’achat d’un équipement neuf
  • Deuxièmement, il prolonge le cycle de vie d’un équipement déjà en circulation,

Au niveau de l’utilisation des équipements il est conseillé de favoriser la réparation des objets endommagés, de débrancher physiquement tous les appareils électriques et de mettre votre ordinateur en veille au bout de 3 minutes sans utilisation. Limitez le streaming vidéo à une heure par jour contribue également à diminuer sa consommation et donc les effets néfastes sur la planète. Vous pouvez aussi désactiver votre Box ADLS et boitiers TV car ils consomment en étant allumés 24h/24 autant d’énergie sur un an que 10 ordinateurs allumés huit heures par jour sur la même période. En effet, éteindre sa box pendant la nuit permet d’économiser 65 à 130 kWh, entre 8 et 16 euros et 650 à 1 300 litres d’eau par an. Enfin, lorsque vos appareils sont en fin de vie, en cas de dommages irréversibles, des points de collecte agrées dédiés aux équipements numériques assureront un recyclage plus efficace. Pour ce faire, il faudrait que la récupération des matières premières telles que le tantale ou l’indium coûte moins cher que leurs extractions.

2) Comment réduire votre empreinte écologique au bureau ?

A propos des logiciels et applications que vous pouvez utiliser dans un cadre professionnel, voici les quelques bonnes pratiques que vous pouvez mettre en place :

  • L’impact carbone d’un email dépend du nombre de pièce jointe ainsi que du nombre de personnes en copie, essayez donc d’arbitrer sur la nécessité d’envoyer ou non un email (proximité physique, favoriser la relation entre collaborateurs)
  • Faire régulièrement le tri des emails afin d’éviter au maximum le stockage
  • Enregistrer en favoris les sites recherchés régulièrement plutôt que de laisser de nombreux onglets ouverts en permanence

Les pratiques décrites ci-dessus posent le cadre de la sobriété numérique. Cependant, pour des résultats plus importants et une plus grande incitation des différents acteurs (fabricants, distributeurs…), les gouvernements, encouragés par les organisations internationales (i.e U.E) devront faire évoluer la législation et proposer des aides de type prime véhicule vert. Par exemple, afin de pouvoir réparer vos objets cassés, il faudrait que les fabricants proposent des équipements réparables sans obsolescence programmée.

En France, d’après les études d’Hugues Ferreboeuf, polytechnicien et expert de l’articulation entre transitions numériques et climatiques, les catégories socio-professionnelles dites populaires consomment presque autant d’objets numériques que les CSP+.  Cette faible différence d’usage est liée aux modèles économiques du numérique, faits de quasi-gratuité et d’offres illimitées. Ce qui a notamment engendré : 

  • Une hausse de la consommation de matériel numérique
  • Une augmentation des ressources énergétiques nécessaires au fonctionnement des appareils/réseaux

Le chercheur en conclut que les politiques et les pouvoirs publics devraient favoriser ce système de sobriété numérique en rendant payant la consommation de certains services particulièrement énergivores au-dessus d’un certain volume d’utilisation de données.

Pour aller plus loin

En plus des petites actions quotidiennes que vous pouvez réaliser régulièrement pour réduire votre consommation, il existe aussi des outils pour comprendre et réduire l’impact environnemental du numérique.

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Les outils

Tout d’abord, vous pouvez installer l’extension de navigateur Firefox Carbonalyser qui vous permettra de voir en temps réel votre consommation et émissions de gaz à effet de serre en fonction de votre navigation internet.

Dans le même style, le site internet EcoIndex vous permet d’auditer une page web selon des critères tels que la performance, l’empreinte environnemental et technique de celle-ci afin d’attribuer une note sur 100.

Clickclean donne une note allant de A à F aux différentes applications que vous utilisez quotidiennement (vidéos, messageries, musiques, …) pour voir si elles sont très consommatrices d’énergie.

L’autre dispositif disponible que vous pouvez utiliser est Cleanfox. Cet outil détecte toutes les newsletters présentes dans votre boite mail et supprime celles que vous ne regardez pas en fonction de différents critères tels que le taux d’ouverture ou le nombre de mails reçus. Vous allez enfin être débarrassés de vos spams, newsletters et mails publicitaires qui vous encombrent et ne servent à rien. Enfin, il existe des alternatives aux grandes marques de smartphones.

Les moteurs de recherche

Il est également possible d’utiliser des moteurs de recherche dit green tel que Ecosia, qui utilise les bénéfices générés par vos recherches en ligne pour planter des arbres là où le besoin se fait le plus sentir. Autrement dit, à chaque recherche faite sur ce moteur de recherche gratuit vous plantez indirectement un arbre et contribuez à la reforestation de la planète.

L’autre moteur de recherche Lilo quant à lui finance des projets sociaux et environnementaux grâce à vos recherches sur le net. En effet, chaque recherche effectuée rapporte de l’argent avec les liens commerciaux et vous fait gagner une goutte d’eau, puis vous attribuez vos gouttes d’eaux au projet de votre choix afin de participer à l’amélioration du monde de demain.

Les appareils

La société FairPhone propose un téléphone qui se veut durable, issu du commerce écoresponsable, qui est fabriqué avec des matériaux responsables et que vous pouvez réparer facilement. Comptez tout de même 450€ pour un téléphone respectueux de l’environnement !

Vous l’aurez compris une prise de conscience collective est en train d’avoir lieu au sujet de l’impact environnemental du numérique. En effet, il est responsable d’une grande partie des émissions de gaz à effet de serre mondiales. Face à ce constat émane l’adoption du concept de sobriété numérique. Désormais, vous savez vous aussi que des solutions sont mises à votre disposition pour allier digital et responsabilité environnementale.


Sources

Empreinte environnementale du numérique mondial – GreenIT

Sobriété numérique – Frédéric Bordage

En route vers la sobriété numérique

Agir au quotidien : apprendre à réduire son empreinte numérique

La société s’empare de la sobriété numérique

Les politiques publiques doivent inciter à la sobriété numérique

Pollution et sobriété numérique 

Comment mesurer l’impact environnemental des vidéos que nous regardons sur internet ? 

La pollution numérique, qu’est-ce c’est ? 

Le coût écologique faramineux du streaming vidéo