Sur les photos, tout semble les opposer. Et Pourtant, Dubai et la Polynésie Française partagent quelques points communs. D’un point de vue touristique bien évidemment, puisqu’il s’agit de destinations rêvées par la plupart. Et puis qui dit « paradis » signifie le plus souvent, l’isolement géographique. Quand l’un se situe au fin fond du désert, l’autre est perdu en plein milieu du Pacifique.
La comparaison pourrait s’arrêter là. Mais conscientes que l’avènement du numérique représente une formidable opportunité d’améliorer le quotidien de ses habitants et de se créer une fenêtre sur l’extérieur, ces 2 Small Worlds se rêvent concept de Smart City ou ville intelligente. Pour asseoir ces ambitions de transformation digitale, chacune s’est lancée dans son propre plan d’actions: « Smart Dubai » / « Smart Polynesia ».
Mais nous le verrons, si les domaines d’action se présentent comme relativement similaires, le contenu et les ambitions de ces deux exemples, peuvent être quant à eux, déphasés.

 

Mais qu’entend-on par Smart City ? Définition…

 

Il n’est pas aisé de caractériser l’environnement urbain intelligent, par une simple définition. C’est en tout cas le constat auquel je fais face, après bon nombre de lectures sur le sujet. Finalement, nous pourrions résumer ce qui semble être un concept, par la rencontre de la technologie et d’un état d’esprit d’ouverture et de partage, au niveau local.

Comment cela se concrétise t-il ?

Et bien le fin du fin est d’améliorer toujours plus, le bien-être des citadins. Pour se faire et grâce aux nouvelles technologies, la ville se transforme au profit d’une organisation performante et capable de réduire efficacement ses coûts. Sans omettre d’y inclure une bonne dose de développement durable.
Les TIC (Technologies de l’Information et de la Communication) sont au centre de ces mutations et permettent aux décideurs d’interagir directement avec la population.
La transformation de la ville vers la Smart City est globale (privé et public), et impacte l’habitat, les transports, l’administration, l’économie, la santé, les réseaux et ressources, l’environnement (…). Toutes et tous deviennent « intelligents » par leur recours à l’usage des nouvelles technologies.

 

Dubai: dichotomie et disruption technologique pour faire face aux enjeux de demain.

 

Burj Khalifa spectacle fontaine dubai smart cityUn environnement désertique peu attractif, un climat âpre, de faibles réserves de pétroles, et paradoxalement, un nombre d’habitants et de touristes exponentiel… La stratégie de diversification économique de l’émirat fonctionne à merveille. Mais pour attirer toujours plus, se pérenniser dans le temps, Dubai doit sans cesse innover pour se démarquer de ses concurrents.

En matière de Smart City, les ambitions de l’émirat ne manquent pas. La ville s’est fixée pour objectif de devenir la ville la plus intelligente d’ici à 2020. Date à laquelle elle accueillera l’Exposition Universelle autour du thème « Connecter les esprits, construire le futur ». Hasard ?

Ce qui pourrait paraitre comme banal le devient un peu moins quand on apprend que Dubai n’est classée en 2017, « qu’à » la 66 ième place des villes les plus intelligentes du monde (selon IESE Cities in Motion Index 2017).
Pour ma part un étonnement, certainement amalgamé par la vision de ses building et infrastructures ultra modernes.

 

Mais qui dit 66 ième position, ne veut pas dire «from scratch». Loin de là. La ville en est à son énième plan de transformation digitale depuis la fin du siècle dernier. Des centaines de services administratifs dits «e-services» déjà ouverts et un statut de Smart City, de fait bien acquis. Depuis 2003, ces initiatives auraient d’ailleurs permis à l’émirat d’économiser plus d’1 milliard de dollars.

Avec son dernier plan d’actions en date « Smart Dubai », lancé en 2014, l’objectif du gouvernement est clair: faire de Dubai la ville où la population est la plus heureuse de la planète.

Pour y parvenir, la feuille de route intègre 7 axes stratégiques, lesquels composent autant de domaines d’actions: Smart Economy, Smart Living, Smart Mobility, Smart Governance, Smart Environment, Smart People, Smart ICT Infrastructure.

vue aérienne de Dubai Smart City

Bon nombre de projets qui vont permettre de parfaire le quotidien d’une population relativement aisée et sans cesse à rassasier: maisons intelligentes, quartiers connectés, applications smartphone éducatives et médicales, objets connectées à tous les niveaux (matériel urbain, hôpitaux…), gestion de la circulation intelligente… Notons également que la data est placée au coeur du dispositif, via entre autres, l’adoption de la Blockchain. Une première mondiale, puisque Dubai serait la première ville à se doter de cette technologie de transmission et de stockage de la donnée, rappelons-le, ultra sécurisée.
Ses applications au niveau administratif (traitement des documents) seraient extrêmement rentables avec plus d’1 milliards d’euros économisés chaque année, ainsi qu’une réduction significative des émissions de Co2 induite par la dématérialisation.

 

 

Polynésie: mobilisation générale pour moderniser un paradis…

 

Et si le plus grand ennemi de la Polynésie, l’isolement, était l’un de ses principaux atouts? Un peu de géographie….
Situé à plus de 6000 kms du premier « vrai » continent (l’Australie), la Polynésie française jouit d’un environnement idylique. Elle est composée par 118 îles et atolls dont seuls 76, sont habités.
Pour comprendre à quel point la communication entre ses îles peut représenter une véritable complexité, il faut imaginer que ces micros territoires sont éparpillés sur une zone équivalente à celle de l’Europe. Cumulée, sa superficie n’excède pas la taille d’une demi Corse, pour quelques 270 000 habitants.

Autant dire de fortes disparités économiques, d’accès aux services (soins, éducations…), à l’information, et…. à la technologie.
Loin de Dubai et de son hyper connectivité, en Polynésie on en est encore à faire un état statistique du nombre de foyers et d’entreprises qui possèdent l’ADSL.
Si l’on se porte sur le groupement d’îles où vit le plus gros de la population (les îles du Vent), 80% des particuliers sont équipés en informatique, contre 53% pour les entreprises. Des entreprises pour la plupart individuelles et pour lesquelles la stratégie numérique n’a je cite « aucun intérêt ». Conséquence, seules 5% d’entre elles disposent d’un site Internet.

requin en Polynésie Française Smart City

Conscient de ses retards, le gouvernement polynésien vient de présenter son plan d’actions « Smart Polynesia ». Un programme qui concède que tout reste à faire, avec une échéance fixée à 2025.
Au programme de cette transformation digitale, 5 axes principaux autour desquels 70 actions ont été définies: écosystème numérique, infrastructures et équipements, e-administration, numérique sectoriel, gouvernance numérique.
Seront notamment mis en place: la dématérialisation de 100% des actes administratifs et plus globalement la digitalisation de l’administration, une aide à l’accès au numérique pour les foyers modestes et les entreprises, des outils numériques pour l’éducation et la santé (télémédecine…)…

Si nous ne sommes pas au rendez-vous d’ici 2025, nous aurons accusé énormément de retard. Tous les emplois de demain sont en relation avec le numérique – Jean-Christophe Bouissou, Ministre en charge du Numérique

Outre des moyens financiers qui sont sans équivoque à Dubai, notons qu’il est bien plus aisé de développer la Smart City, lorsque les infra-structures, les bâtiments (…) sont nouveaux. Ce qui permet de prévoir, concevoir et intégrer nativement les réseaux, les nouvelles technologies, dans des architectures qui sont alors prévues pour.

Très certainement un frein pour la Polynésie française,  qui doit composer avec des structures vieillissantes, des contraintes de distances et d’environnement (entre iles + mer).

Alors, que retenir ?

Les exemples de Dubai et de la Polynésie française le montrent bien. Les phases de maturité d’une Smart City peuvent être de nos jours très décalées, conférant à ce qualificatif, une certaine imprécision.

Pour Dubai, le développement technologique est une réalité depuis près de 20 ans, une stratégie anticipée pour survivre dans un environnement aride, avec un objectif: attirer toujours plus.

De son côté, la Polynésie française accuse un bon train de retard. Sans aucun doute est-ce lié à des moyens financiers qui ne sont pas les mêmes, mais aussi à un environnement naturel qui se suffit pour faire venir. Une prise de conscience tardive vaut mieux qu’un déni. La Polynésie s’achemine doucement vers un développement technologique de premier niveau, lequel permettra à sa population de rompre l’isolement, et d’améliorer le quotidien de sa population.

 


Sources:

http://www.polynesie-francaise.pref.gouv.fr/Presentation-de-la-PF/Geographie-Climat

https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-162061-quand-dubai-se-reve-en-smart-city-2039743.php#formulaire_enrichi::bouton_facebook_inscription_article

https://www.forbes.com/sites/iese/2017/05/31/the-smartest-cities-in-the-world-for-2017/#2595f2565c4c

http://www.arabianbusiness.com/how-technology-is-changing-uae-648975.html

https://www.baharash.com/dubai-smart-city/

https://www.tntv.pf/Smart-Polynesia-ou-70-mesures-en-faveur-du-numerique_a22618.html

 

Photographies de l’article: crédits Franck HERVE

 


 

Si le sujet de la Smart City vous a plu et que vous souhaitez en apprendre davantage, consultez les articles de mes camarades de MBA MCI:

https://mbamci.com/estonie-la-silicon-valley-europeenne/

https://mbamci.com/bordeaux-metropole-numerique-attractive/