La réalité virtuelle est loin d’être limitée à l’univers du « gaming ». De nombreux secteurs d’activité s’y intéressent de très près. C’est notamment le cas dans l’univers de la santé.

La réalité virtuelle (VR) démontre chaque jour de plus en plus qu’elle peut impacter positivement le comportement des patients en les éduquant par le biais de contenus immersifs et engageants.

La VR, rappelons-le, à la différence de la réalité augmentée, plonge l’utilisateur dans un monde virtuel modélisé en trois dimensionsdans lequel il est possible de se déplacer et d’interagir grâce à un casque VR. La Réalité augmentée, elle, utilise le monde réel pour y afficher des informations (en 2D ou 3D), avec lesquelles l’utilisateur va pouvoir interagir.

Aujourd’hui, les casques de réalité virtuelle font leur apparition dans des études cliniques, dans des projets allant du contrôle de la douleur au soulagement du stress et des addictions en passant par la thérapie physique et comportementale. Même si l’utilisation de la réalité virtuelle dans le domaine de la santé est relativement récente, voici un panorama des applications ayant atteint des niveaux d’expérimentation très avancés.

La réalité virtuelle en Chirurgie

Connaitre la structure anatomique d’un patient avant un acte chirurgical

Pour optimiser la réussite d’une intervention, déterminer la meilleure façon de procéder et où faire une coupe anatomique en réalité virtuelleincision, les chirurgiens ont besoin de prévisualiser le plus précisément possible la structure anatomique d’un patient avant toute intervention chirurgicale. Des chercheurs de l’université de Bâle ont développé une technologie (SpectoVive) basée sur des données de tomodensitométrie permettant de générer une image en 3D en temps réel du corps d’un patient et d’obtenir une image aussi réaliste que possible des structures anatomiques telles que les os, les vaisseaux sanguins et les tissus.

Chirurgie Eveillée sous Réalité Virtuelle dans le bloc Opératoire (Projet CERVO)

Une première mondiale : la toute première intervention chirurgicale du cerveau en maintenant le patient éveillé tout au long de l’opération. Celui-ci était plongé dans un monde virtuel grâce à un casque de réalité virtuelle. Cette intervention a été menée en février 2016 par le docteur Philippe Menei assisté de son équipe du service de neurochirurgie d’Angers et de l’école d’ingénieurs ESIEA.

chirurgie en réalité virtuelleBénéfice : en permettant au patient d’interagir très précisément avec le chirurgien, l’instauration de la réalité virtuelle dans la chirurgie éveillée permet de pousser plus loin encore la précision de l’acte et donc de s’engager dans des interventions jusqu’alors inenvisageables.

La réalité virtuelle permet d’immerger le patient éveillé dans un environnement relaxant, imprégné d’accroches hypnogènes. Cet apport est particulièrement intéressant à terme pour la chirurgie cérébrale éveillée de l’enfant.

Les bénéfices de la VR dans la prise en charge de la douleur

La réalité virtuelle peut entraîner une réduction effective de la douleur chez tous ceux pour lesquels la prise en charge de la douleur est souvent difficile (grands brûlés, patients en convalescence ou souffrant de douleurs chroniques).

Brennan Spiegel, MD, MSHS, a lancé à Cedars-Sinai à Los Angeles la plus grande étude clinique axée sur l’application de la réalité virtuelle à la gestion de la douleur chez les patients hospitalisés avec AppliedVR, l’un des leaders dans l’apport de la technologie VR aux soins de santé. Selon cette étude, une réduction de 25% du niveau de douleur a été constatée.

Les bénéfices de l’usage de la réalité virtuelle sont nombreux, amélioration de la qualité de vie des patients, diminution des doses journalières d’antalgique, de la dépendance aux opioïdes, réduction des coûts de prise en charge…

Des solutions de plus en plus personnalisées aux besoins du patient « L’impact de l’immersion du patient peut être mesuré par le biais de biosenseurs, ce qui peut nous permettre d’ajuster le contenu en fonction des données collectées et optimiser ainsi les résultats sur le patient », explique Howard Rose de  DeepstreamVR qui souhaite à long terme élaborer un moteur de recherche nourri par les données des biosenseurs et une intelligence artificielle dans le but de recommander des contenus personnalisés au patient.

A terme, un médecin pourra prescrire des sessions de réalité virtuelle selon les besoins de ses patients. Il aura recours à des plateformes de contenus spécifiques comme DeepstreamVR ou AppliedVR qui se positionnent comme le « Netflix » de la réalité virtuelle santé !

Traitement des syndromes de stress post traumatique

Le projet  Bravemind à l’initiative du Professeur Skip Rizzo de l’Université de Californie du Sud exploite les bénéfices de la réalité virtuelle dans le cadre du traitement du syndrome de stress post-traumatique (SSPT) parmi les vétérans de guerre.

En plongeant l’individu dans des scénarios similaires à ceux rencontrés en mission, Bravemind constitue une forme immersive et évoluée du traitement classique. En plus des stimuli visuels, des bruits, des odeurs et des vibrations spécifiques peuvent s’ajouter pour rendre l’expérience plus réaliste. L’environnement est entièrement contrôlé par des médecins formés qui maintiennent une conversation constante avec le patient.

La thérapie développée par le Dr Rizzo, pionnière, est aujourd’hui utilisée dans plus de 50 sites dont des hôpitaux et bases militaires. Son rôle dans la réduction des symptômes post-traumatiques a été reconnu internationalement. Bravemind sert aujourd’hui également à préparer les soldats au terrain. Elle offre par ailleurs le potentiel d’accompagner les personnes souffrant de lésions cérébrales et les individus autistes

Des thérapies en réalité virtuelle pour surmonter ses phobies (TERV thérapie par exposition à la réalité virtuelle)

« Une technique d’avenir contre vos pires phobies » c’est le pari que fait le Dr Eric Malbos, spécialiste des thérapies par exposition à la réalité virtuelle (TERV) au sein du pôle psychiatrie de l’hôpital de la Conception (AP-HM)

Acrophobie, agoraphobie…  Osant plus dans le monde virtuel que réel, les patients affrontent plus volontiers leurs peurs et cette méthode innovante présente un taux de réussite vraiment très élevé.

immersion en réalité virtuelle

Des études cliniques ont montré qu’elle est aussi efficace que la thérapie cognitivo-comportementale (TCC), une méthode classique qui consiste à exposer le patient à un environnement réel afin de provoquer de l’anxiété, et de lui apprendre à la gérer.

Mais chez 25 % des malades, cette démarche entraîne un refus de la thérapie par peur de son contenu. En VR, il s’agit donc d’une thérapie d’affrontement qui invite le patient à apprivoiser les facteurs anxiogènes dont proviennent les troubles dont il est victime.

D’autres recherches sont conduites sur l’efficacité de la réalité virtuelle dans le cadre du sevrage tabagique, de l’anxiété chronique, du stress post traumatique ou de la dépression.

Traitement de pathologies mentales : autisme, Alzheimer et Parkinson

 La santé mentale implique une perception sans distorsion de la réalité extérieure et un bon contact avec cette réalité. L’absence ou la perte de ce contact peut s’exprimer par la prédominance relative ou absolue de la vie intérieure (l’autisme) ou par la construction d’une autre réalité à laquelle la personne peut adhérer (le délire). Le développement des techniques permettant de créer des réalités virtuelles a des conséquences inattendues et bénéfiques pour la santé mentale.

  • Amélioration de l’attention des enfants atteints d’autisme

Grâce à une thérapie développée aux États-Unis, l’enfant, muni d’un casque de réalité virtuelle, se retrouve plongé dans une situation d’interaction sociale. Il se retrouve par exemple dans une salle de enfants immergés dans la réalité

classe, entouré d’avatars représentant des camarades de classe. Par ce procédé, la réalité virtuelle, même si elle ne peut pas totalement endiguer la maladie, aide les autistes à mieux comprendre et interpréter le monde qui les entoure et permet de développer, à terme, de meilleures compétences relationnelles.

  • Alzheimer: sensibiliser les proches et soignants

Alzheimer est une maladie encore méconnue pour laquelle il n’existe aucun traitement efficace. Elle est la quatrième cause de mortalité en France et la principale cause de démence chez les plus de 65 ans. Une application VR disponible sur Cardboard pour les proches et aidants, permet à chacun de vivre le quotidien d’un patient Alzheimer et de prendre conscience du calvaire que vivent les patients. Vous devrez par exemple préparer un café pour un proche , mais serez incapable de vous rappeler où se trouvent les différents éléments nécessaires à sa préparation.

  • Permettre un diagnostic précoce de maladies neurodégénératives .

Un diagnostic précoce est rendu possible grâce aux recherches du centre des maladies neurodégénératives de Bonn en Allemagne qui ont mis au point une application qui permet d’identifier très tôt les risques liés à la maladie d’Alzheimer. Le patient est invité à se déplacer dans un labyrinthe virtuel afin de déterminer s’il présente des altérations de la navigation spatiale, signe annonciateur de l’affliction. Cette méthode permettrait de déceler avec certitude la maladie chez les sujets de plus de 30 ans, soit plusieurs décennies avant l’apparition des premiers symptômes.

suivi thérapeutique en réalité virtuelle

  • De la même manière, une solution a été développée pour la maladie de Parkinson par l’Université Polytechnique de Tomsk et l’Université Médicale de Sibérie. Le patient est immergé dans un environnement virtuel où il doit accomplir diverses tâches. Au travers de tests d’évaluations, les chercheurs sont alors capables d’enregistrer et interpréter les variations des mouvements du sujet. En modulant les différents paramètres de l’univers virtuel, les scientifiques peuvent mesurer l’activité cérébrale et diagnostiquer la maladie de Parkinson selon le temps d’adaptation des personnes traitées.

La réalité virtuelle comme traitement du handicap physique

Le neuroscientist Miguel Nicolelis, M.D., Ph.D., de l’université de Duke en Caroline du Nord a mis au point une solution VR capable d’aider les personnes atteintes de paraplégie à retrouver partiellement l’usage de leurs jambes.

Ce traitement fait appel à deux technologies : la réalité virtuelle et la robotique. Le patient, muni d’un exosquelette se retrouve au sein d’une simulation de marche virtuelle recréant chez lui les mêmes connexions nerveuses que lorsqu’il pouvait encore se déplacer de façon autonome.

Ces traitements ont permis à de nombreux paraplégiques de passer d’une paralysie totale à une paralysie partielle et à relancer, en plus des fonctions motrices, la globalité de leurs fonctions viscérales de la partie inférieure.

Comprendre et sensibiliser à la schizophrénie

patient portant un casque réalité virtuelleLe laboratoire Janssen a développé une application de réalité virtuelle avec Oculus rift permettant d’expérimenter les symptômes typiques vécus par une personne atteinte de schizophrénie.

Un outil de sensibilisation destiné aux proches des malades et aux soignants très puissant : comment mieux appréhender les troubles psychiatriques (hallucinations, paranoïa, confusion…) d’une personne atteinte de schizophrénie que de les vivre soi-même ?

 La réalité virtuelle pour la rééducation post AVC

Ce programme propose une « kinésithérapie par réalité virtuelle ». Les exercices permettent de favoriser la formation de nouveaux réseaux au niveau du cortex moteur, dans les zones endommagées pour retrouver au plus tôt la motricité perdue.

L’avantage par rapport aux techniques traditionnelles : pouvoir dispenser un programme personnalisé selon la gravité du handicap et s’adapter aux progrès de la rééducation. Cette thérapie virtuelle vient en complément de la kinésithérapie traditionnelle. Des études ont montré  20 % d’efficacité supplémentaire dans le groupe bénéficiant des deux approches. Ce programme a été testé par 600 personnes et a fait l’objet de nombreuses publications.

Echographie VR : voir le fœtus en réalité virtuelle

Des chercheurs brésiliens sont parvenus à développer une technologie permettant aux futurs parents de visualiser le fœtus en réalité virtuelle. Grâce aux ultrasons et aux IRM, les données permettent à un logiciel sophistiqué de créer un modèle 3D offrant l’opportunité de voir le développement du bébé en VR à travers un Oculus Rift.

echographie en réalité virtuelle

Mais c’est surtout aujourd’hui une technologie qui offre l’opportunité  de détecter des anomalies qui sont difficilement  détectables avec une échographie classique. En recréant avec précision la structure externe et interne du fœtus, elle offre la possibilité de diagnostiquer les anomalies et d’intervenir le plus rapidement possible à la naissance du bébé. Une technologie réservée dans un premier temps pour les grossesses à haut risque mais qui a toutes ses chances de se démocratiser

Et enfin, des expérimentations sont en cours pour traiter les addictions et troubles du comportement alimentaire.

La réalité virtuelle permet d’exposer les patients à des signaux d’une façon réaliste, au sein d’un environnement de recherche clinique contrôlé, afin de leur permettre de développer leur capacité de résistance.

La réalité virtuelle dans la santé, des promesses thérapeutiques avérées, un potentiel de développement important mais quelques freins restent à lever.

Les applications de VR dans le domaine de la santé représentent un potentiel de développement conséquent : un marché de 5,1 milliards de dollars en 2025 et un potentiel de 3.4 millions d’utilisateurs selon un rapport établi par Goldman Sachs.

logo réalité virtuelle

Pour s’affirmer, ce marché a besoin de se démocratiser tant en termes de coût du matériel (le coût d’un casque garantissant une immersion de bonne qualité est aujourd’hui supérieur à 500 €) que d’offre de programmes thérapeutiques de qualité et validés par la communauté médicale.

Point capital également, la question des données personnelles et protection de la vie privée particulièrement sensible lorsqu’on touche à des données de santé. En effet, Oculus Rift, qui appartient à Facebook, n’a pas caché sa volonté de collecter les données des utilisateurs : email, centres d’intérêt, date de naissance, etc ..mais également comportementales (grâce à des technologies de capture de mouvement du corps, de la tête et des yeux).

La réalité virtuelle ouvre donc de nouvelles perspectives thérapeutiques…

A l’heure où la réalité virtuelle en est à ses balbutiements, ses premières applications dans le domaine de la santé montrent déjà des résultats très prometteurs. Le développement et la démocratisation de cette technologie devraient assez rapidement en faire un outil thérapeutique efficace intégré dans la pratique des médecins et chirurgiens. La réalité virtuelle offre autant de perspectives dans les programmes d’éducation thérapeutique, la prévention que dans la prise en charge des patients en complément d’une thérapeutique traditionnelle, voire en solution thérapeutique à part entière.

De nouveaux modes de prises en charges pourraient en émerger 

  • des traitements à distance guidés par des praticiens expérimentés, utilisant la réalité virtuelle comme médication entre deux séances.
  • auto prise en charge thérapeutique : un patient pourrait travailler individuellement à l’éradication de sa phobie
  • et pourquoi pas envisager des cliniques virtuelles, où le patient pourra bénéficier du même accompagnement que dans un établissement physique.