Après l’Allemagne, l’Autriche et l’Irlande, des maisons closes spécialisées dans les robots sexuels ont ouverts leurs portes à Paris début de l’année 2018. Ces poupées, dotées de capteurs, sont conçues sur mesure afin de satisfaire les fantasmes sexuels.  

Le développement des robots sexuels dans nos sociétés

Ces poupées intelligentes peuvent s’adapter aux émotions de leurs partenaires et personnaliser leurs comportements à la carte afin de rendre les expériences sexuelles plus réalistes. On peut choisir entre la caractérielle, la timide, la dominante…

Les sex bots interagissent, ainsi, avec  leurs amant(e)s comme de véritables humains.

Samantha, un bot intelligent de sexe féminin, fabriquée par un médecin, le docteur Sergi Santos, possède un vagin, un point G et peut simuler un véritable orgasme grâce à ses multiples capteurs. Samantha pourra même fonder une famille avec son compagnon humain et faire des bébés cyborgs (mi-robots et mi-humains).

robot sexuel

Ces robots sexuels sont majoritairement de sexe féminin puisqu’ils sont conçus afin de répondre à une demande masculine forte. Toutefois, la société RealBotix a déployé un robot sexuel masculin du nom de Henry, afin de satisfaire la gente féminine en demande.

Le film américain « Her » réalisé par Spike Jonze, sorti en 2013, traite de ce sujet. Un homme, Théodore, en plein divorce crée une intelligence artificielle, qui s’est donnée le prénom de Samantha. Au fur et à mesure, la machine a été capable d’analyser les sentiments de Théodore, d’anticiper ses envies, et de lui redonner la confiance qu’il avait perdue en lui suite à son divorce, au point d’entamer avec cette machine une véritable relation amoureuse réciproque et passionnée. Samantha se dit même « fière de se découvrir des émotions », comme l’amour. Cependant, le système d’exploitation va évoluer plus vite que son « compagnon » humain. Samantha, qui considère que la vie à l’échelle humaine est très lente, va prendre de la distance vis-à-vis de Théodore, brisant le coeur de ce dernier.

« Nous n’en sommes pas si loin » selon le psychiatre Serge Tisseron, auteur de l’ouvrage « Le jour où mon robot m’aimera ». Il n’est pas exclu que ce type de technologie soit un jour mise en place.

robots sexuels

Selon Roddy Cowie, Professeur de psychologie à l’Université de Belfast, les robots sexuels sont l’une des inventions les plus lucratives des technologies affectives mais qui nécessitent une surveillance très particulière.

Toutefois, les avis des spécialistes sur ces robots sexuels divergent.

Les problèmes éthiques posés par les robots sexuels

Pour certains, ces objets pourraient :

  • créer une certaine dépendance ou une addiction dans leur utilisation équivalente à un état d’esclavage voire conduire à l’isolement social. Le film « Her » », par exemple, met en scène le personnage masculin affaiblit par son récent divorce et donc influençable émotionnellement.
  • contribuer à la dégradation des relations homme- femme en créant des stéréotypes de femmes qui véhiculent l’idée qu’elles seront toujours consentantes à avoir des relations sexuelles.

Le journal japonais Zakzak a rapporté dans son article « Love doll » publié en 2014 que :

« ces poupées ne peuvent pas trahir leur propriétaire, ni se refuser à lui, ni même de tomber enceinte ».

  • de renforcer les déviances sexuelles et les comportements illégaux (viol, pédophilie…)

L’éthicienne Kathleen Richardson, fondatrice de l’association « Against Sex Robots », pense que « la technologie ne résoudra jamais nos problèmes de déviance. Si l’on créait des robots noirs pour que les racistes se défoulent dessus, est ce que ça enlèverait le racisme ? ».  La réponse est, bien entendu, non. Pour l’éthicienne, ces robots sexuels renforceront l’acceptation du viol dans la société et encourageront les comportements illégaux.

En exemple, le robot « Trottla », ayant l’apparence d’un enfant, a été conçu pour satisfaire les besoins sexuels des pédophiles. On peut citer les poupées qui expriment une réticence à avoir des relations sexuelles, ce qui permet de satisfaire le sentiment de viol ou l’envie de blesser autrui.

La journaliste Lydia Morrish pense, au contraire, que ces robots sexuels pourraient contribuer à traiter des « dysfonctionnements et troubles sexuels tels que les problèmes d’érection, l’addiction au sexe, les traumatismes ou même la pédophilie », voire de  servir de thérapie afin de vaincre une anxiété sociale ou de dépasser des difficultés sexuelles.

Après enquête, le rapport de la Foundation for Responsible Robotics (FRR) de juillet 2017, a conclu, qu’il n’y a aucune étude qui permet d’affirmer avec certitude que les robots sexuels mettront fin à la prostitution ou au trafic sexuel.

  • même si émotionnellement, ces robots peuvent créer un sentiment de plaisir et de bonheur, ces sentiments sont faussés.

En effet, l’individu aura tendance à avoir l’illusion faussée qu’un robot puisse l’aimer en retour affirme Serge Tisseron, cité plus haut. La spécialiste des nanosciences, Catherine Bréchignac a précisé qu’un être humain pourrait tomber amoureux d’un robot, mais il ne faudrait pas espérer une réciprocité.

Par ailleurs, l’acceptation de ces robots de plaisir diverge d’une société à une autre. L’anthropologue Agnès Giard qui a écrit une thèse sur le sujet des « Love doll au Japon » a conclu que le comportement des japonais face aux robots est différent de celui en Occident. Pour les japonais les objets ont une âme. Donc, au Japon, il est tout à fait admis qu’un humain puisse avoir des relations sexuelles avec un robot ou d’en tomber amoureux.

La régulation des robots sexuels

The Foundation for Responsible Robotics (FFR) recommande de réaliser un développement responsable et régulé de ces robots. En effet, le rapport soulève la nécessité d’une réglementation solide sur la question et milite pour l’interdiction des robots sexuels ayant l’apparence d’enfants. En outre, la FFR souhaite la tenue d’un débat public « éclairé » et invite les gouvernements à fixer ce qui est éthiquement acceptable avant toute règlementation.

L’éthicienne Kathleen Richardson milite pour la création d’un cadre juridique et éthique à la commercialisation et à l’usage des robots sexuels. L’éthicienne recommande également de ne pas produire des robots qui ressemblent physiquement aux humains pour ne pas créer des confusions.

Sergi Santos, le créateur de Samantha prévoit d’intégrer un « code moral » dans son robot, permettant notamment au bot de refuser toute demande contraire à la morale ou jugée inappropriée.

Noel Sharkey, Professeur en intelligence artificielle à l’Université de Sheffield (Grande-Bretagne) a souhaité sensibiliser la population à travers son documentaire « Sex Robots and us » (accessible sur Youtube)  au danger que représentent ces robots.

En effet, il est essentiel d’informer et de sensibiliser les individus sur les risques engendrés par les robots sexuels et de définir des règles d’utilisation précises, comme la fourniture d’une notice d’utilisation, pour limiter le temps d’usage, de veiller à débrancher la machine régulièrement et, enfin, de doter ces robots d’un système permettant de rappeler à leurs utilisateurs qu’ils restent des robots et qu’ils n’éprouvent aucun sentiment amoureux.

Pour en savoir plus sur l’IA émotionnelle, consultez l’article de Hélène Samain: https://mbamci.com/ia-emotionnelle-personnalisation/

Sources: 

Foundation for Responsible Robotics, Our Sexual future with robots, juillet 2017 : https://responsible-robotics-myxf6pn3xr.netdna-ssl.com/wp-content/uploads/2017/11/FRR-Consultation-Report-Our-Sexual-Future-with-robots-1-1.pdf

Noel Sharkey, Sex Robots and us: https://www.youtube.com/watch?time_continue=129&v=kGTI2_O9v_Y

Article de « Slate », Les robots vont révolutionner notre vie sexuelle pour le meilleur et pour le pire, 11 janvier 2018 : http://www.slate.fr/story/156152/robots-vie-sexuelle

Serge Tisseron, Le jour où mon robot m’aimera, Albin Michel, 2015

Roddy Cowie, Ethical issues in affective computing,Oxford Handbooks, janvier 2015: http://people.ict.usc.edu/~gratch/CSCI534/Readings/OHAC-14-Ethics.pdf