Pour la majorité des Français, la gestion de patrimoine se résume à des produits d’épargne standards et pré-formatés généralement souscrits auprès de sa banque. A moins d’être soi-même un expert, accéder à des solutions plus performantes nécessite de recourir aux services d’un professionnel de la finance, soit un luxe que seuls les plus fortunés peuvent s’offrir.

Apparus il y a plus de cinq ans aux Etats-Unis, les « robo-advisor » entendent démocratiser la gestion de patrimoine en la rendant accessible au plus grand nombre et en déchargeant le client de la partie fastidieuse de la gestion proprement dite.

Contrairement à ce que leur nom pourrait sous-entendre, il ne s’agit pas de robots mais de logiciels utilisant des algorithmes complexes pour analyser le portefeuille d’actifs d’un particulier et faire un diagnostic des risques. Avec ces offres, le client fournit d’abord des indications sur sa tolérance envers le risque et ses préférences d’investissement, puis la gestion de ses placements et le rééquilibrage du portefeuille sont ensuite automatisés.

Petit aperçu d’un secteur qui a le vent en poupe et des enjeux se cachant derrière cette (nouvelle) disruption du monde de la finance.

Un marché de 5 000 milliards en 2025 ?

En septembre 2015, la banque Citigroup a publié une étude sur la gestion automatisée : de 14 milliards de dollars actuellement, les encours gérés devraient grimper jusqu’à 5 000 milliards à l’horizon 2025 !

Le marché est porté par les « fintech », ces structures allant de la startup à la filiale d’entreprise qui développent des technologies associées aux services financiers, qu’elles soient à destination des particuliers (B to C) ou des entreprises (B to B), et dont la croissance ultra-rapide devrait éveiller l’appétit des plus grands groupes. Lire notamment l’interview d’Alain Clot, le président de l’association France Fintech, dans l’Usine Digitale le 14 décembre dernier : « Après la musique, les GAFA vont attaquer la finance ! ».

Après les Etats-Unis, l’Europe ?

Alors qu’ils sont en plein essor outre-Atlantique (Wealthfront, Betterment et Personal Capital figurent parmi les plus populaires), les « robo-advisor » suscitent davantage d’interrogations en Europe. Le 4 décembre, les autorités de supervision des banques (EBA), des marchés (ESMA) et de l’assurance (EIOPA) ont ainsi lancé une consultation publique sur l’automatisation du conseil financier.

En France, cette révolution en devenir est incarnée par Fundshop, Advize, Marie Quantier ou encore Yomoni. Ces startups font le pari de séduire les jeunes représentants des classes moyennes qui ont déjà pris leurs habitudes en matière de banque en ligne et de services dématérialisés (selon l’AMF, 29% des internautes gèrent leurs placements en ligne).

« Robo-advisor » versus « courtier à papa »

Robo-Vs-Advisor

En la démocratisant, les « robo-advisor » marchent sur les plates-bandes de la gestion de patrimoine. Bien qu’elles ne s’adressent (pour l’instant) pas aux mêmes cibles, les banques privées ont bien compris que l’arrivée de ces nouveaux acteurs marquait une nouvelle étape, voire même un durcissement, dans leur nécessaire transformation digitale.

L’expression est à la mode, le quotidien suisse Le Temps parle même de « l’ubérisation » annoncée de la gestion d’actifs dans une enquête publiée le 2 décembre dernier.

Mais plus qu’une menace, nouveaux entrants et conseillers traditionnels pourraient devenir complémentaires. A titre d’exemple, en octobre 2014 , le géant américain de la gestion Fidelity a conclu un accord avec Betterment (déjà cité précédemment) afin de permettre à ses milliers de conseillers en patrimoine d’utiliser son « robo-advisor ».

Interrogé par le journal économique La Tribune le 13 octobre 2015, le fondateur du « robo-advisor » français Fundshop estime qu’à terme « Fundshop sera intégré aux acteurs traditionnels de la distribution d’épargne ». Et Léonard de Tilly d’ajouter : « Nous voulons accélérer le processus d’innovation des institutions financières, qui est un peu statique ».

Une évolution à suivre dans les prochains mois donc, 2015 ayant été une année de transition pour les « robo-advisor » français, 2016 devrait confirmer leur montée en puissance… avec ou sans la complicité des banques privées.