La formulation “Tiers-lieux” est une traduction de la notion de “Third Place” née de l’ouvrage de Ray Oldenburg, The Great Good Place, publié en 1989.

Ces tiers-lieux avaient pour objectif d’offrir la possibilité d’établir des relations sociales entre leurs membres. Aujourd’hui cela reste vrai. Ils visent la dynamique du changement sociétal, mais avec des notions en plus, comme le partage de la culture, de la connaissance, des ressources (technologies, outils, hébergement …) sans oublier la notion d’innovation ouverte.

Après avoir été un facteur clé de succès dans le processus d’innovation des startups du digital, les tiers lieux arrivent aujourd’hui en force au sein des grands groupes. En effet après un long épisode d’observation des jeunes pousses, avec ce qu’on pourrait qualifier de “Learning Expedition” (expression qui symbolise la méthodologie d’accompagnement du changement qui s’effectue lors d’un « voyage de découverte” et qui a pour objectif principal de découvrir en interne d’autres cultures et savoir-faire d’entreprises), les grands groupes s’emparent depuis maintenant 5 ans environ, de ce facteur clé de succès.

D’ailleurs, comme le souligne Claire Normand-Loya, Directrice Marketing et Études at MEDIAPOST, dans l’article « Quel avenir pour les partenariats startups et grands groupes ? », “53% des grandes entreprises françaises seraient dotées d’un tiers lieu type incubateur, accélérateur ou autres labs1”.

Après avoir mené plusieurs interviews auprès de managers et de dirigeants de grands groupes (CAC40, SBF120), il s’avère que les tiers lieux sont, de par leur système agile, par leurs nouveaux modèles de gouvernance, par leurs configurations qui favorisent les synergies d’innovation, et surtout par la mise en exergue de produits/services innovants émanant des jeunes pousses du digital, un terreau d’innovation qui intéressent fortement les grands groupes.

En effet, les tiers lieux deviennent un espace propice à l’acquisition de startups innovantes, et de ce fait, apparaissent comme un facteur clé de succès dans la stratégie de transformation digitale des grands groupes.

Les arguments de rachats sont multiples :

  • extension de leur offre après avoir mené des POC au sein de start-up (incubées, accélérées ou encore en pépinière);
  • minimisation des risques de projets innovants en gardant que les pépites qui ont trouvé leur marché;
  • intégration de nouvelles méthodes et procédés;
  • croissance externe;
  • et argument avoué, le recrutement de talent en phase avec les nouvelles attentes des acheteurs / utilisateurs, émanant directement de ces start-up du digital.

Bruno Caron, Président et Fondateur du groupe breton Norac, qui a racheté la startup Cook Angels « , a reconnu dans le quotidien Ouest-France que cette acquisition lui a permis « Cette acquisition nous permet de mettre un pied dans l’économie digitale et d’entrer dans l’univers de la Food Tech».

De plus selon Sabine Delanglade éditorialiste aux Échos “A chaque jour son acquisition : Carrefour prend une participation dans Showroomprive, la BNP rachète Compte-Nickel, Monoprix reprend Sarenza, Chanel se paie la plate-forme de vente en ligne Farfetch, CMA-CGM va « couver » dans Ze Box une quinzaine de startups venues du monde entier, La Poste a racheté KissKissBankBank et Sodexo, FoodChéri, Total compte faire de Greenflex une tête chercheuse en efficacité énergétique, partout on ne parle plus que codéveloppement, incubation, stimulation”.

Les GAFAM (Géants du Web)  et les BATX Géants chinois) ont depuis quelques années intégré dans leur stratégie l’accompagnement des startups. L’option de rachat ou de prise de participation au capital de celles qui développent des technologies ou des offres quasi abouties, permet à ces grands groupes de conserver leur leadership et de lancer via leur propre marque de nouveaux produits et/ou services innovants.

À l’échelle d’un grand groupe, innover reste malgré tout risqué. Développer de nouvelles technologies, utiliser de nouveaux concepts, concevoir de nouveaux services ou produits, c’est beaucoup d’effort en ressources et beaucoup de temps consacré.

Ainsi pour gagner en agilité, il est plus simple pour ces grands groupes de tirer parti des tiers lieux pour dénicher la perle rare, et ainsi d’acquérir des startups innovantes plutôt que de concevoir de nouveaux produits services, puis les mettre en œuvre eux-mêmes.

Selon une étude publiée par openscience, pour les startups, les tiers lieux (comme les Fablabs, Living Lab, Design Factories, espaces de coworking, hacker Space, Living Lab, Maker Space, etc) « favorisent  la rencontre de différentes parties prenantes afin de développer un cadre relationnel de type P-P-P (Public-Privé-Population). Catalyseurs d’innovation, espaces caméléons, ils peuvent prendre plusieurs formes selon l’écosystème d’innovation auquel ils doivent contribuer. »

Ils offrent ainsi énormément d’avantages en termes d’agilité et de minimisation de leurs coûts de développement et de fonctionnement,  dont nous expliciterons les typologies et les avantages en détail dans un prochain article.

Mais surtout, cela leur permet de disposer d’un accompagnement sur mesure et de fonds importants lors de participations au capital ou de rachat par les grands groupes. Cela leur permet ainsi de maintenir une croissance forte et faire évoluer leur offre innovante afin de continuer d’apporter de la valeur à leurs clients et à leurs actionnaires.

Parmi les tiers lieux tiers mythiques, on retrouve La maison du crowdfunding, Station F, Carrefour numérique – Fablab, The family… et pour en citer quelques-uns dans les entreprises, on peut citer IBM garage nice, M95 de GRDF, #LePlateau de la Société Générale, Les 574 de la SNCF…

1 Selon l’étude menée par David et Goliath en 2018

Sources :

http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2015/08/20/cercle_137289.htm#kD220RCWg6yCZ72D.99

https://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/ces-grands-groupes-qui-avalent-les-start-up-francaises-de-la-foodtech-1453301.html

http://archives.lesechos.fr/archives/cercle/2015/08/20/cercle_137289.htm

Quel avenir pour les partenariats corporate startups ?

https://www.openscience.fr/Espace-d-innovation-de-nouveaux-lieux-pour-l-intelligence-collective