Le digital permet-il de ré-envisager notre rapport à la politique ?

La démocratie représentative suscite actuellement de plus en plus de critiques. A la crise du résultat (sensation que les problèmes demeurent malgré les alternances) et de la représentation (2/3 des Français estiment même que la plupart des représentants sont corrompus d’après un sondage IPSOS) s’ajoute une crise de l’utilité de la politique : à l’inverse de la société – de plus en plus agile avec l’avènement du digital -, l’action politique demande du temps et peine à trouver des solutions. Mais malgré cette contestation (qui s’exprime notamment par le vote FN) ou cette indifférence (avec la montée de l’abstention), la politique au sens de “chose publique” intéresse toujours les citoyens.

 

La digitalisation de la politique est quant à elle incontournable et déjà bien entamée. Cette transformation est d’autant plus nécessaire que près de 80% de la population Française en âge de voter a accès à Internet. De plus, on voit déjà une vraie évolution en terme de transparence pour l’e-citoyen grâce au digital. La loi relative à la transparence de la vie publique, adoptée fin 2013, a consacré l’open data. Grâce à elle, il est possible de quasiment tout savoir sur la gestion de sa municipalité ou sur les institutions dont les budgets et comptes sont publiés.

Si le digital permet de mieux informer le citoyen, qu’en est-il de sa participation effective à la vie publique ?

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Jacques Chirac est dubitatif

 

Le “budget participatif” pour proposer au niveau local

On peut souligner l’initiative de la ville de Paris, qui a confié 5% de son budget d’investissement aux e-citoyens depuis fin 2014. Cela représente un total de 75 millions d’euros en 2015. Les participants peuvent ainsi proposer leurs projets et voter pour ceux qu’ils souhaitent voir appliquer. Si d’autres villes étrangères ont déjà mis en place des dispositifs semblables, le cas de Paris est assez unique par son ampleur dans le monde avec près de 5000 projets émis. Plus de 66000 personnes ont ainsi participé au vote.

Le vote s’est achevé il y a 2 mois pour le volet 2015. Parmi les initiatives gagnantes de cette année : “du vert à tous les étages” qui propose de végétaliser les toits et terrasses de la ville, ou encore “Paris aux piétons” qui souhaite mieux distribuer l’espace public en faveur des piétons en mettant en place des axes sécurisés…

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On peut regretter qu’aucun projet de la thématique “Ville intelligente et numérique” n’ait été retenu…

Les projets retenus seront intégrés au vote du budget de décembre, avec l’assurance que les travaux seront réalisés dans l’année qui suit. Ce seront au total 500 millions d’euros qui seront utilisés entre 2014 et 2020.

 

Le projet de loi “pour une République numérique”

Dévoilé vendredi dernier par Axelle Lemaire, secrétaire d’Etat chargée du Numérique, le texte définitif du projet de loi sera présenté en conseil des Ministres le 9 décembre. Il prévoit notamment un renforcement de la protection des données personnelles et consacre les principes de “neutralité du net” et de loyauté des plateformes.

Surtout, il a été « co-écrit » avec les internautes, grâce à une consultation publique menée sur internet pendant trois semaines. Les citoyens ont ainsi pu commenter les articles de la loi, exprimer un avis « pour », « contre » ou « mitigé », et proposer des amendements – eux-mêmes soumis à l’avis des autres internautes.

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Mariannumérique

Plus de 21000 personnes ont participé à ce projet, la plateforme enregistrant plus de 150 000 votes et 8500 contributions. Le gouvernement a finalement ajouté 5 nouveaux articles au projet, directement issus de ces contributions. Au final, le bilan est donc très positif : les contributions ont été nombreuses, riches, et ont permis de modifier le texte « en apportant des éléments auxquels nous n’avions vraiment pas pensé » selon le propre aveu de la secrétaire d’Etat. D’autres lois pourraient ainsi faire l’objet d’une consultation publique sur internet. 

Ce type de projet est donc bienvenu, et le potentiel semble intéressant. De nombreux élus locaux expriment également un manque à leur niveau, ne sachant souvent pas comment faire pour écouter ceux qu’ils représentent, les faire participer  de manière simple et organisée…

 

Des initiatives “bottom-up” devant servir de modèle

En France, tout descend du haut alors que dans notre cas présent (on l’a vu avec les initiatives au niveau national), c’est au contraire le bas qui est en train de pousser. Les citoyens doivent se saisir des questions à l’instar de ce qui se fait sur Noospher ou FixMyStreet, la manière la plus efficace pour se sentir impliqué et proposer directement des solutions.

  • Noospher, la boîte à idées digitale

Créée en 2013, cette start-up montpelliéraine permet de lancer des boîtes à idées pour suggérer des avancées à sa ville ou son entreprise. Toutes les idées peuvent être commentées. Il en existe des privées et des publiques, et l’on peut s’y abonner pour en suivre l’évolution. En résumé, une façon simple et sociale de partager ses idées !

  • FixMyStreet, DansMaRue, OpenMap… pour informer les autorités locales des problèmes urbains

La plateforme britannique FixMyStreet fait figure de pionnier en la matière : créée en 2007, l’application pour iPhone est mise au point dès 2008. La ville de Paris a lancé son propre service baptisé DansMaRue en 2012 et permet comme son aîné de signaler toute anomalie dans son quartier pour améliorer l’espace public.

 

Le digital offre des moyens pour participer et agir en politique

On l’a vu, il y a toujours une forte volonté d’implication de la part des citoyens. Le digital est un nouveau renfort de poids pour l’e-citoyen, pour s’informer mais surtout pour participer.

Alors, ne pourrait-on pas aller encore plus loin dans le raisonnement, et imaginer à terme une disparition des élus ? On n’en est encore loin. Le digital est à la fois la solution et le problème, et il suffit de penser à l’anonymat du numérique qui dégrade la qualité de l’échange – notamment sur les réseaux sociaux – pour s’en convaincre. On doit éviter de substituer le digital au débat.

De nombreux défis se posent encore. On doit d’abord chercher à démocratiser le digital, afin d’éviter que certains ne participent plus que d’autre au débat politique. Et à  l’inverse, on doit également continuer à digitaliser la démocratie, qui fonctionne sur un rythme beaucoup plus lent. Il faut évoluer vers une démocratie plus rapide, plus liquide.

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« Je suis convaincu »

 

Dans la seconde partie de l’article, on s’intéressera plus en détails à la communication politique à l’ère numérique. Tout un programme…