Depuis 2018, le secteur du podcast explose. Il se déploie et se structure. Cet essor fulgurant est donc relativement récent. Pourtant, l’audio digital à la demande existe depuis plus de 15 ans ! Mais alors, comment expliquer ce boom à retardement de l’industrie du podcast ? 

Les origines du podcast

Inventé par le journaliste britannique, Ben Hammersley, dans un article de The Guardian en 2004, le terme “podcast” est la contraction du mot “iPod” (le célèbre baladeur numérique d’Apple créé en 2001) et du mot “broadcast” (signifiant diffusion). Par ce néologisme, le journaliste décrit un nouveau phénomène : l’écoute de fichiers audio en mobilité et à sa convenance grâce au transit de flux vers un iPod via iTunes. Avant l’arrivée sur le marché de l’iPod, il était possible d’écouter des fichiers audios (des talk-shows notamment), mis en ligne sur internet et de s’y abonner grâce à leur intégration au sein de flux RSS (on parlait alors “d’audio blogging”). Toutefois, l’écoute restait sédentaire et les auditeurs en nombre limité. Enchanté par le néologisme issu de sa marque, Apple s’en empare dès l’année suivante et l’intègre dans la version 4.9 de son logiciel iTunes permettant la synchronisation avec l’ipod. Malgré sa connotation commerciale, le terme “podcast” est devenu populaire dans le monde entier.

En France, le premier podcast a été diffusé en 2002, par Arte sur son site Arteradio (première webradio française de service public). Mais, à cette époque, le secteur du podcast ne parvient que difficilement à se développer, et il lui faudra attendre de longues années pour réellement émerger. Comment l’expliquer ?

L’explosion tardive de l’industrie du podcast

L’émergence de l’industrie du podcast s’est inscrite naturellement dans un contexte d’explosion mondiale de l’audio digital. Mais l’essor que connaît le podcast tient aussi à des raisons qui sont propres à ce type de contenu.

L’explosion mondiale de l’audio digital :

Bien que le podcast existe depuis longtemps, c’est en 2018 seulement que le secteur a pu commencer à fleurir. 14 ans, c’est le temps qu’il aura fallu pour que de nouvelles technologies, autour de la voix notamment, se développent et pour que celles-ci se popularisent et s’intègrent dans notre quotidien. Grâce à l’innovation technologique donc, qui a rendu l’écoute plus pratique et qui a redonné de la place à la voix dans une société principalement centrée sur l’image, le secteur du podcast a pu évoluer.

En 2004, écouter un podcast suppose tout d’abord de posséder un ordinateur Mac (ce qui ne représente pas la majorité). Par ailleurs, pour une écoute en mobilité, il est nécessaire de s’équiper d’un Ipod et d’avoir téléchargé au préalable sur celui-ci son contenu audio. L’année suivante, la synchronisation entre Mac et iPod devient possible. L’expérience d’écoute en mobilité s’en trouve facilitée, mais c’est avec l’apparition des smartphones qu’elle connaît une véritable révolution. En 2007, Apple crée l’iPhone et met en place l’application mobile Itunes. Le contenu audio est désormais accessible directement depuis son mobile, mais l’application manque encore d’ergonomie et le téléchargement incontournable du contenu occupe beaucoup d’espace. En 2008, sort le premier smartphone Androïd. Le marché des smartphones et des applications mobiles explose alors, et avec lui, la consommation de programmes audio délinéarisés. Parallèlement, le streaming permettant la lecture d’un flux à mesure qu’il est diffusé (par opposition au téléchargement) vient faciliter ce type de consommation. Une nouvelle génération est alors née, une génération souhaitant choisir le contenu qu’elle consomme et le moment où elle le consomme, avec ou sans téléchargement. En 2012, afin de mettre plus en valeur le marché du podcast et d’améliorer l’expérience d’écoute, Apple crée une application dédiée, l’application “Podcasts”.

Par ailleurs, d’autres avancées technologiques sont venues accélérer le développement du secteur de l’audio digital. La collecte et l’analyse de données devenues possibles ont encouragé l’activité de production et de diffusion de ce type de contenu. Mais surtout, de nombreuses innovations technologiques ont permis d’améliorer l’expérience du consommateur d’audio digital: les progrès de l’intelligence artificielle permettent la recommandation de contenu; le wifi dans les espaces publiques et la 4G facilitent la connexion à Internet; le bluetooth permet la connexion entre différents appareils (notamment avec des enceintes connectées pour une écoute sans fil); le perfectionnement des casques apporte une meilleure qualité sonore; les assistants vocaux (comme Siri lancé par Apple en 2012, puis Alexa ou Google Assistant) rendent plus pratique la recherche d’information et de contenu, etc.

Depuis environ deux ans, les smartphones, les enceintes connectées, les casques (qui se vendent plus que les téléphones) et les assistants vocaux sont devenus de véritables accessoires de vie, omniprésents chez soi, dans sa voiture et sur son lieu de travail. Selon une étude Roland Berger, en 2018, en France, on comptait déjà 20 millions d’utilisateurs d’assistants vocaux. Parmi eux, 1,7 million de Français étaient équipés d’enceintes connectées, et plus de 50% des propriétaires de smartphones utilisaient leur assistant vocal. Depuis, la tendance s’accélère. Aujourd’hui, que ce soit pour s’informer, se divertir ou chercher une réponse précise à un problème immédiat par l’assistance vocale, 8 français sur 10 consomment quotidiennement de l’audio.

Le podcast ou la bombe à retardement: enceinte connectée

Avec ces avancées technologiques, notre société a inconsciemment réhabilité la voix, en lui redonnant une place longtemps oubliée. Portée par le format numérique qu’est l’audio, la voix se trouve aujourd’hui investie d’un nouveau pouvoir. C’est ce que met en avant Mathieu Gallet dans son ouvrage publié en juin dernier, “Le nouveau pouvoir de la voix”. La voix, apparue au fondement de l’humanité, a longtemps été, de l’antiquité à nos jours, le médium majeur de l’apprentissage et du débat publique. Mais avec la société contemporaine (la presse, le cinéma, la télévision, les réseaux sociaux etc), l’image a peu à peu pris le pas sur la voix, éclipsant ainsi l’oralité. Depuis quelques années, la tendance s’inverse à nouveau. La profusion des images ainsi que le remplacement grandissant des hommes par les machines, dans de nombreuses tâches, semblent avoir provoqué une prise de conscience : nous avons besoin d’émotion, de sensibilité, d’humanité. La voix qui en est l’un des vecteurs reprend ainsi naturellement sa place par rapport aux images.

L’expansion de l’usage du podcast résulte de l’innovation technologique et d’un besoin sociétal de revenir à plus d’humanité, mais pas uniquement : le podcast doit aussi son succès à lui-même !

Les raisons du succès propres au podcast :

L’essor du podcast, devenu un vrai phénomène de société, s’explique également par de nombreux facteurs qui lui sont propres : s’adressant à chacun et non à tous, en toute intimité, le podcast représente un terrain d’expérimentation formel incroyable au service de la créativité et de l’innovation. Il apporte aussi un nouveau souffle dans un univers de “vidéobésité” et de concurrence de l’attention.

  • Un contenu s’adressant, en toute intimité, à chacun et non à tous :

Martin Ajdari, Directeur Général de la DGMIC (Direction générale des médias et des industries culturelles) au sein du Ministère de la Culture, s’est exprimé lors de la seconde édition du Paris Podcast Festival, sur les raisons de l’élan du podcast :

“À la différence de la linéarité de la radio qui s’adresse à tous, le podcast lui s’adresse à chacun et en s’adressant à chacun, on peut échapper à de nombreuses contraintes qui s’imposent à nous, quand on veut s’adresser à tout le monde” (Martin Adjari).

Affranchi des contraintes éditoriales et de diffusion imposées par la diffusion radio, le podcast possède une liberté de ton et une diversité inédite de contenu de telle sorte qu’il existe des podcasts pour tous les goûts et toutes les envies. Chaque auditeur se sent libre de sélectionner son sujet, son host, son studio, son programme.

“Les podcasts qui rencontrent le plus de succès (…), ce sont des podcasts qui incarnent la diversité des voix, des opinions, sur des sujets de société, d’identité, de genre, sociétaux, ethniques parfois” (Martin Adjari).

Le podcast possède donc le pouvoir de toucher individuellement le plus grand nombre grâce à la grande variété des thèmes abordés et la liberté (notamment de ton) avec laquelle ils peuvent être traités. Mais ce n’est pas tout ! Le podcast, en nous parlant à l’oreille, sans fioritures ni détours, crée un sentiment fort de proximité et d’intimité très apprécié à l’ère du digital. Dans une époque où tout se virtualise, le besoin d’authenticité, d’humanité se fait ressentir. Le podcast suscite de l’émotion avec toutes les nuances de la voix, et c’est là une des raisons majeures de son succès. Mais le podcast c’est aussi un terrain de jeu immense pour exprimer sa créativité et innover.

  • Un terrain d’expérimentation au service de la créativité et de l’innovation :

L’élan que connaît le podcast tient également au fait que l’audio digital permet d’expérimenter de nouvelles technologies stimulantes pour la créativité et l’innovation. La spatialisation en trois dimensions par le son binaural, cette nouvelle technologie qui amplifie l’expérience immersive et décuple les émotions a ouvert encore plus grand la porte de la créativité et de l’innovation dans le podcast, et ce, pour le plus grand plaisir des créateurs et des auditeurs.

« Le podcast est un terrain d’expérimentation formel pour la narration, pour la voix, incroyable, qui peut s’appuyer sur les progrès technologiques incessants, notamment le son binaural, les écoutes immersives, et c’est un facteur de créativité et d’innovation » (Martin Adjari).

 

Côté documentaire, je vous invite à écouter le chant puissant des baleines avec le podcast  Greenpeace Experience – Episode 4 “La baleine”, un coup de coeur parmi les autres excellentes recommandations de podcasts en son binaural par Télérama. Côté fiction, je conseille les podcasts “Noises” (l’anthologie de Bababam, lauréat 2020 du Prix du Salon de la Radio dans la catégorie Podcast natif) et “Le nuage” (Nouvelles Écoutes) avec les voix d’Emmanuelle Devos et Damien Bonnard.

Si le podcast stimule la créativité et l’innovation, il apporte aussi un nouveau souffle dans une société accaparée par les écrans.

  • Un nouveau souffle dans un univers de “vidéobésité” et de concurrence de l’attention :

Nous vivons aujourd’hui dans un univers dans lequel on souffre, adultes comme enfants, de “vidéobésité”, de saturation des écrans. Nous évoluons dans un univers de concurrence de l’attention, dans lequel le podcast apporte un nouveau souffle.

D’une part, les internautes qui courent après le temps, se sentent submergés et frustrés face à l’immensité de l’offre vidéo. Grâce au podcast, ils retrouvent de la disponibilité et de la liberté:

“Le son a (…) une force particulière, celle de pouvoir être accessible en même temps qu’on fait autre chose, sans être accaparé comme peut le requérir un écran, en plus de celle de donner une porte sur l’imaginaire absolument incroyable” (Martin Adjari)

D’autre part, les créateurs, producteurs et diffuseurs, s’essoufflent et se découragent dans leur combat pour capter leur public. Pour eux, le podcast constitue ainsi l’opportunité réelle de proposer des contenus nouveaux et d’atteindre plus aisément leur public.

 

Conclusion :

Ce qui est récent dans le podcast, c’est son usage et non le podcast lui-même. Le podcast est un contenu audio à la demande très diversifié dont les qualités ont pu être révélées par l’évolution des nouvelles technologies. Son essor est dû à un faisceau de différents facteurs qui auront mis presque 15 années à se rejoindre. Nous sommes actuellement à l’aube d’une révolution de l’ère numérique par l’audio digital. Et cela présage de beaux jours encore pour le podcast !

 

A découvrir aussi sur le blog:

 

Sources: