Souvenez vous, c’était il y a presque 10 ans.




« One Day », la vidéo concept de Google pour illustrer les applications de son nouveau produit, les Google Glass

Le 20 février 2013, Google annonçait rechercher des volontaires pour tester leur nouveau produit, les « Google Glass ».

Les démonstrations live, l’utilisation par le co-fondateur de Google dans le métro new-yorkais et surtout la vidéo « One day » font exploser l’engouement du public, hypé par le concept futuriste des lunettes.

Engouement d’ailleurs anticipé par la série Futurama, qui imaginera le concept de lunettes connectés, fabriqué par Apple, et qui donnera vie au célèbre meme « Shut up and take my money »





Malgré l’emballement planétaire, il n’a fallu que deux ans (début 2015) pour que Google stoppe le projet et décide d’une refonte du produit.

Alors, pourquoi les Google Glass ont été un tel échec ? Et comment la firme essaie t-elle de rentabiliser son concept aujourd’hui ?

C’était quoi déjà les Google Glass ?

Côté technique, un défi de miniaturisation

Le projet Google Glass, ou Project Glass prend forme au Google X Lab, une filiale d’Alphabet Inc, maison mère de Google, et où les ingénieurs concentrent leurs travaux sur des innovations de rupture en lien avec la robotique et l’intelligence artificielle, dans une atmosphère semi-secrète.

L’objectif du programme de recherche était de créer une paire de lunettes couplé à la réalité augmentée.
Après plusieurs prototypes, et notamment un travail de miniaturisation (voir versions ci-dessous), la phase de test est lancée en avril 2012.

Les versions 1, 3, 5 et 6 des Google Glass

Parmi les équipements proposés, on retrouve une caméra intégrée, un micro, un pavé tactile sur l’une des branches, des mini-écrans, un accès à Internet par Wi-fi ou Bluetooth et depuis sa version 2 un écouteur branché sur la branche droite des lunettes en mini-USB.

Elle permet d’accéder à la plupart des fonctionnalités de Google : Google Agenda, reconnaissance vocale, Google+, horloge/alarme, météo, messages (SMS, MMS, courrier électronique), appareil photo, GPS (Google Maps), Google Latitude etc.

L'équipement des Google Glass

Une vision futuriste

Sergey Brin, cofondateur de Google, imagine des lunettes pour concevoir une nouvelle manière de considérer notre relation avec nos ordinateurs mobiles — pas penché sur un écran, mais plutôt en augmentant l’expérience du monde, la tête haute.

C’est l’essence même de la réalité augmentée. Pouvoir, comme le présente utopiquement la vidéo « One day », créer une alchimie parfaite entre l’utilisateur et ses lunettes, que ce soit par la commande vocale ou bien par les informations affichées à l’écran.

L’objectif final étant de se passer du smartphone pour ces tâches, et pourquoi pas de définitivement le remplacer.

Les raisons d’un échec prévisible des Google Glass

Alors, comment un produit aussi séduisant a t’il pu être autant ignoré par les consommateurs ?

Le prix est déjà un premier frein.
Alors que les Google Glass n’étaient qu’un prototype, il fallait débourser 1.500$ pour une paire. À cela s’est ajouté l’exclusivité.
En effet, il fallait être sélectionné par Google pour avoir la possibilité de se les procurer. Un parti-pris qui a déçu le grand public.

L’exclusivité passant pour de l’élitisme, les testeurs passant pour des égocentriques, les usagers des Google Glass ont très vite été surnommés Glass-Hole. Certains seront même agressés parce qu’ils portent des Google Glass, et notamment à cause de la caméra.

En effet, le public n’était vraiment pas prêt à être possiblement filmé dans n’importe quelle situation. La loi non plus d’ailleurs, et c’est compréhensible.
Les Google Glass permettent d’enregistrer la vidéo et l’audio de tout ce qui se passe dans la journée de l’utilisateur, et donc tout ce qui l’entoure. Très vite, de nombreux lieux publics ou privés les bannissent.

Le design des Google Glass, les rendant tout de suite identifiable comme lunettes augmentées, n’aide pas à la discrétion, et certains utilisateurs arrêteront même de les porter pour ne plus être abordés dans la rue par des inconnus curieux.
Un design que l’on peut qualifier de « non-abouti », voire de carrément raté.

Enfin, les applications possibles sont très limitées. En 2013, les contenus AR n’existaient pas ou très peu. Seules les applications Google étaient utilisables, ce qui réduis grandement l’intérêt d’investir une telle somme pour le produit.

Ainsi, il y a plusieurs raisons qui expliquent l’échec total des Google Glass et la fin de la commercialisation au grand public.
Le prix, l’exclusivité, la caméra qui peut être activée n’importe quand, le produit en lui-même..
Tout cela a fait comprendre à Google qu’ils étaient arrivés trop tôt sur un marché qui n’était pas prêt, avec un produit non-fini et jugé élitiste. Les utilisations y sont trop peu nombreuses et seulement développées par Google.

La firme a considéré qu’il était « Time to Market », alors que tous les indicateurs étaient au rouge, ce qui en fait sûrement le pire échec de Google, le décrédibilisant sérieusement dans la course à l’innovation.

Les Google Glass, aujourd’hui et demain

Alors où en sont les Google Glass aujourd’hui, et surtout, comment Google et ses concurrents ont-ils appris de cet échec ?

Google Glass Entreprise

Alors que les lunettes augmentées paraissaient complètement futiles pour le grand public, certains secteurs y voient un véritable intérêt.

En effet, une  utilisation pour les entreprises a du sens, et dès 2017, Google rebondit en proposant son nouveau modèle, les Google Glass EE (Enterprise Editon) en test pour certaines firmes (General Electric, Boeing, DHL, Volkswagen, mais aussi AGCO, Agravis, Samsung et de nombreux acteurs du domaine de la santé).

Parmi les principaux avantages pour les employés, on retrouve :

  • L’accès à de l’information tout en ayant les mains libres, vraie révolution dans certains métiers d’ingénierie ou du médical, boostant la productivité des employés équipés de 20%.
  • Un suivi du travail plus rapide et une assistance décisive pour éviter les allers-retours et les erreurs.

Google a également retravaillé son hardware. En 2019, le lancement de la deuxième version des Enterprise Edition est bien mieux exécuté. Un design sobre, une configuration puissante et dédiée aux réalités virtuelles et augmentées ainsi qu’un équipement amélioré lui permettent de se hisser au plus au niveau de son marché.




 Le succès auprès des professionnels est logique. Cette fois, les Google Glass répondent réellement aux besoins de son utilisateur.

Mais alors, qu’en est-il des lunettes pour le grand public ? Un succès au-delà des professionnels est-il envisageable ?

Google semble avoir compris la leçon et ne sortira pas ce genre de produit avant qu’il ne soit sûr de son coup, ce qui laisse de la place à ses concurrents, aujourd’hui principalement Apple, Amazon et Facebook.

La concurrence des lunettes augmentées

Alors qu’Amazon propose depuis quelques semaines ses Echo Frames, des lunettes orientés vers l’assistant vocal Alexa, Apple pourrait être le grand gagnant de cette course à l’innovation.

En effet, depuis quelques années, il se murmure que la firme californienne serait en phase de développement de lunettes à réalité augmentée. Les nombreux brevets déposés et les fiches de postes pour les spécialistes de l’optique et ophtalmologues en sont la preuve.

Apple cherche donc à éviter l’échec retentissant des Google Glass, en commercialisant son produit uniquement quand il sera fini.
Ce temps de mise au point est crucial, et l’échec des premières lunettes de Google en est bien la preuve.




Fan concept pour un macOS Reality

La force d’Apple sera donc de pouvoir commercialiser un produit qui aura appris des erreurs de son concurrent.
Des lunettes personnalisables, discrètes, qui ne seront pas interdites dans les lieux publics.

Sa puissance logistique, pouvant équiper un milliard de personnes 6 mois après les premières annonces, sera décisive dans la bataille des lunettes augmentées, le plaçant favori devant ses concurrents Google, Amazon et Facebook.

Un bon sujet pour un futur article, qu’en dites vous ?

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