L’apprentissage numérique oui, mais pas à tous les âges.

Il est important de comprendre le contexte dans lequel l’apprentissage via le numérique doit s’inscrire et surtout les âges pour lesquels il peut avoir un réel impact positif. En effet, nous n’apprenons pas de la même manière à chaque âge. Jusqu’à l’adolescence nous posons le socle de notre construction psychique, émotionnelle et sociale. Cette évolution ne peut s’opérer sans interactivité avec le monde réel et les humains qui nous entourent. Le monde numérique ne sera donc introduit que progressivement.

Le pédopsychiatre Serge Tisseron va découper l’enfance en plusieurs tranches en fonction des âges clés avec ce qu’il a nommé la règle du 3-6-9-12.

Serge Tisseron est psychiatre, docteur en psychologie (HDR), membre de l’Académie des technologies. Il a publié une trentaine d’essais personnels, notamment sur les secrets de famille, nos relations aux images et les bouleversements psychiques et sociaux entraînés par le numérique. Il est coauteur du rapport de l’Académie des sciences : « L’enfant et les écrans ».  Il a fondé, avec Frédéric Tordo, en 2013, l’Institut pour l’étude des relations homme-robot (IERHR).

Entre 0 et 3 ans il construit la relation par rapport à son environnement et son rapport temporel à travers ce qu’on lui raconte. Le plus indispensable à cette période c’est sa relation avec l’adulte.

Entre 3 et 6 ans l’enfant continue de construire ce rapport avec son environnement mais de manière encore plus tactile et créatif.

À 9 ans la notion de lien et d’interactivité est aussi essentiel c’est le sens qui lui sera préférable d’associer au numérique et aux écrans.

De 9 à 12 ans on peut apprendre à l’enfant à utiliser internet pour qu’ils prennent conscience de ses avantages, de ses inconvénients et notamment de ses dangers. À partir de 12 ans on peut commencer à laisser une autonomie à préadolescent tout en l’aidant à s’autoréguler.

On ne pas demander au numérique ce qu’il ne peut pas nous donner surtout en ce qui concerne la petite enfance. Lorsque l’on demande à un enfant qui joue à des jeux de puzzle sur sa tablette d’en construire un avec de vraies pièces, il n’y arrive pas.

Les 3 ans marquent l’entrée en maternelle, 6 ans le passage en CP, 9 ans c’est l’âge où l’on sait lire et écrire couramment et 12 ans c’est l’entrée de plein pied au collège. Bien introduire les écrans est essentiel pour instaurer une réelle autonomie et une relation saine face aux interfaces. Jusqu’à 3 ans l’enfant a besoin de découvrir le monde avec ses cinq sens à travers des histoires et des jeux.

C’est durant cette période qu’il construit ses repères spatio-temporels.

Le Dr Ducanda préconise l’éloignement de tout écran de 0 à 4 ans. En effet, comme elle l’explique le cerveau du petit enfant ne peut se développer que s’il touche les objets avec ses mains, les goûte et par l’exploration d’un environnement réel en 3 dimensions. L’encastrement de cubes lui permet d’adapter son geste à chaque fois que l’un des cubes tombe. La manipulation d’objet lui donne la notion de taille, de forme, de matière. Lorsqu’il lance une balle et qu’elle roule vers un mur son cerveau analyse les effets de ses gestes sur des objets réels, une des conditions essentielles pour permettre au cerveau d’établir des connections cérébrales et se développer. Le cerveau ne peut pas se développer sans le toucher.

L’écran capte l’attention du petit enfant de façon incontrôlable, par ses flashs lumineux et sonores et accapare toute son attention. Au lieu d’explorer son environnement réel il se retrouve parasiter par l’écran.


« Les écrans interactifs sont encore plus dangereux que les écrans fixes, alors qu’ils sont plutôt vendus comme ayant un caractère éducatif. »
– Dr Anne-Lise Ducanda

Dr Anne-Lise Ducanda, médecin de PMI en Essonne.

Les écrans isolent également l’enfant de toute interaction humaine, élément indispensable au développement social et à l’apprentissage du langage. L’enfant ne peut développer le langage que si une personne s’adresse à lui, le regarde, lui dit ‘tu’ et lui raconte ce qu’il est en train de faire. Il va souvent devoir mettre son manteau ou aller prendre son bain.

L’enfant comprend le sens de ce que l’on est en train de lui dire parce qu’il le fait en même temps. Un dessin animé ne s’adresse pas à lui et ne l’accompagne pas dans ses actions. Cette phrase n’aura donc aucun sens.

L’enfant n’apprend pas ce que ces mots veulent dire. Le brouhaha de l’écran peut également déranger l’enfant dans ses jeux de cubes par exemple. Il aura besoin de calme pour aller jusqu’au bout de son exploration. L’écran et ses bruits sonores ont également un effet stressant et non rassurant pour l’enfant pouvant provoquer des comportements violents et addictifs.

Sources : sergetisseron.com, 7 jours sur la planète, nouvelobs.com.

Par |2019-01-06T00:53:07+00:00samedi, 5 janvier, 2019|Catégories : LeWeb, Tech|

À propos de l'auteur :

Étudiante au MBAMCI je suis une passionnée de l'apprentissage, de l'innovation et de ces machines qui nous rendront peut-être plus humains.#Deep learning#AI#Digital learning#mbamci

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