Cadre dans une grande entreprise, il y a quelques jours de cela j’ai expérimenté pour la première fois un serious game autour de la conduite du changement. Pas vraiment joueuse dans la vie, je me suis laissée prendre par cette pédagogie assez étonnante mais néanmoins efficace et cela m’a donné l’idée d’écrire ce billet. Car en effet, que ce soit à l’école ou en entreprise, les serious (ou pas serious) games, les e-learnings, et autres COOCs semblent avoir le vent en poupe. Avec l’avènement du numérique, est-il temps de changer de pédagogie ? Pour les petits comme pour les grands ? Numérique et pédagogie font-ils bon ménage? Autant de questions auxquelles je vais tenter de répondre à travers ces quelques lignes.

Du côté des enfants

La e-ludopédagogie est tellement dans l’air du temps qu’il y a même un salon dédié aux startups développant des projets à vocation pédagogique pour les enfants du primaire et du collège : STARTUP FOR KIDS

J’ai souhaité rencontrer la femme qui se cachait derrière cette initiative originale : Sharon Sofer a accepté de répondre à mes questions.

Sharon Sofer créatrice de Scientibox et organisatrice du salon StartUp for Kids

  • 1-    Pourquoi STARTUP FOR KIDS ? Etiez-vous une maman tellement déçue par l’enseignement traditionnel ?

 

Bien que déçue par l’enseignement traditionnel, ce n’est pas cela qui m’a conduite dans l’exaltante aventure de STARTUP FOR KIDS. Je trouvais qu’il y avait beaucoup d’innovations parmi les startups sur le terrain de la pédagogie et qu’elles étaient méconnues. Il y avait donc une vraie problématique de communication à résoudre entre enfants/parents, éducation nationale et startups.  STARTUP FOR KIDS m’a semblé pouvoir combler un manque.

 

 

  • 2-    Quelles sont les principales vertus de la e-ludopédagogie ? En quoi transforme-t-elle la société ?

 

Pour commencer le jeu apparaît à mes yeux comme la meilleure façon d’apprendre. Il apporte du plaisir, une récompense et un feedback immédiats et permet également d’essayer sans complexe. En outre, les enfants sont très attirés par les outils numériques et quitte à passer du temps sur les tablettes, autant qu’ils le passent intelligemment. Les outils digitaux font et feront partie de leur vie quotidienne. La combinaison du jeu et du digital m’est apparue comme une évidence. J’ajouterais qu’au sein de la classe, cela permet à chacun de suivre à son rythme. Cela casse la linéarité du cours et conduit à un apprentissage plus ajusté et plus personnalisé. Le numérique est en fait un prétexte à réengager ce mode de pensée initié au début du XXème siècle avec notamment la pédagogie Montessori.

 

3-    Si vous deviez émettre une réserve quant à cette pédagogie numérique, quelle serait-elle ?

 

Le numérique est un outil et non une pédagogie. L’un sert l’autre. Au rang des restrictions : ne pas passer trop de temps devant une tablette.

 

4-    Votre salon est destiné aux enfants du primaire et du collège : quid pour les lycéens et les étudiants ?

 

En effet, proposer des offres aux lycéens fait clairement partie de mon plan de charge.  Je reste sur le créneau du pré bac. Et d’ailleurs, une nouvelle étape vient d’être franchie puisque STARTUP FOR KIDS fait alliance avec Futur en Seine, le rendez-vous incontournable de l’innovation en Ile de France, qui se déroulera du 8 au 10 juin prochain à La Villette. A cette occasion, une programmation variée sera offerte aux visiteurs avec une conférence sur les métiers du futur réservée aux lycéens mais aussi un hackathon et des ateliers proposant notamment une initiation au code. C’est un projet réellement enthousiasmant.

 

5 – Et côté financement et promotion de l’évènement, comment cela s’organise-t-il ?

 

Ce n’est pas simple mais nous allons bénéficier vraisemblablement de l’aide de la région Ile de France. Nous sommes encore à la recherche de sponsors et donc tous ceux qui ont envie de soutenir l’innovation éducative sont les bienvenus. En outre, il est essentiel que nous obtenions une couverture médiatique pertinente. Là aussi, journalistes, influenceurs dans le domaine de l’éducation et du numérique peuvent être de précieux alliés.

Les partisans du numérique

 

Catherine Becchetti-Bizot Inspectrice générale de lettres

Catherine Becchetti-Bizot, inspectrice générale de lettres et ancienne directrice de la DNE déclare à propos des pédagogies actives liées aux usages du numérique

 « Rien n’est nouveau » si ce n’est la façon dont les enseignants s’approprient les environnements numériques et qui fait ressurgir des pédagogies dites « actives ».

Cela signifie que les élèves doivent explorer par eux même, en tâtonnant, en manipulant l’objet numérique. Cela les aide à mieux comprendre le sens de ce qu’ils font et les place dans une posture réflexive par rapport à leurs apprentissages.

Cette transformation se fait souvent de manière collaborative : les enseignants échangent beaucoup sur les réseaux sociaux, co-construisent leurs cours, adoptent une approche « en équipe ». A l’instar du collectif « Ceintures de compétences 2.0 », récompensé fin 2016 lors d’un colloque e-éducation.

 

En quoi les outils numériques pourraient être utiles pour démocratiser « les pédagogies actives »? La réponse en images à travers les témoignages de François Lamoureux et Laetitia Vautrin, enseignants et membres de ce collectif.

 

 

Les outils numériques incontestablement développent l’autonomie de l’élève, qui est placé au centre de ses apprentissages.

 

Enfants avec tablette

Comme l’explique Laetitia Vautrin :

« Mes élèves apprennent leur poésie en scannant un QR code qui les amène sur l’enregistrement de ma voix récitant la poésie et quand ils sont prêts, ils me demandent de la réciter ».

Ce qui semble positif dans la mise en place de tels dispositifs, c’est que les élèves semblent tous embarqués mais chacun à leur rythme.

Catherine Becchetti-Bizot ajoute :

« Je n’ai pas le sentiment que certains élèves restent en marge, comme cela est le cas dans un enseignement plus traditionnel ».

Et cerise sur le gâteau, les élèves deviennent même tuteurs pour leurs camarades.

Bien sûr, à l’école comme à l’université, cela requiert l’aménagement de nouveaux espaces numériques (learning labs, salles de TD numériques collaboratives, espaces de co-working étudiants.

 

Les learning labs, kesaco ?

Learning Labs, producteurs d’innovation

 

Les learning labs sont des laboratoires pédagogiques (le premier ayant été créé en 1997 à Stanford) dont l’objectif est de repenser les approches pédagogiques en utilisant le potentiel du numérique.

Pour l’organisme de formation Thot Cursus, les learnings labs reposent sur 4 pierres angulaires :

  • L’innovation (pédagogique, managériale et collaborative)
  • L’ouverture interne et externe (spatiale, aux publics et finalités différentes, numérique)
  • La recherche et la mise en réseau d’acteurs et de pratiques
  • L’ancrage du développement des dynamiques de communautés professionnelles (lieu de rassemblement et d’échange)

 

Toutefois ce constat idyllique sur la pédagogie numérique ne semble pas partager par tous.

 

Opter pour le numérique, c’est faire un choix pédagogique irrationnel

 

Philippe Bihouix photo noir et blanc de face

Philippe Bihouix, ingénieur et essayiste

C’est le constat établi par l’ingénieur Philippe Bihouix, auteur de l’essai « Le Désastre de l’école numérique » publié avec l’enseignante Karine Mauvilly.

 « Toujours plus rivés sur leurs écrans, les enfants sont déconnectés de leur environnement immédiat », constate amèrement Philippe Bihouix.

Il semblerait en effet que ces nouveaux dispositifs ne permettent pas de mieux apprendre : aucune corrélation n’est établie entre la performance des systèmes scolaires des différents pays de l’OCDE et leur niveau de numérisation. On n’apprend pas mieux avec un écran ou une vidéo. Beaucoup confondent la fascination exercée par le support et la motivation pour le contenu. Mais leur difficulté à se concentrer ne vient-elle pas justement de leur pratique des écrans en dehors de l’école ? La technologie ne va pas révolutionner l’enseignement.

Pour Philippe Bihouix « Il existe des alternatives sans technologie, dont certaines ont déjà été testées et ont fait leurs preuves. Mais pour innover de nos jours, le numérique, ça fait plus sérieux ».

Portrait en extérieur de Céline Alvarez linguiste et auteure

Céline Alvarez
Linguiste

 

L’institutrice Céline Alvarez va jusqu’à déclarer que « la petite enfance n’a pas besoin d’écrans ».

 

 

 

 

Les risques du numérique, en particulier chez les plus jeunes existent et même l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) recommande un usage « modéré et encadré », mentionnant explicitement les effets sur les fonctions cognitives (mémoire, fonctions exécutives, attention) et le bien-être des enfants.

 

La voie du salut serait-elle une cure de digital detox ? oui à en croire Philippe Bihouix

« Nous avons qualifié nos enfants de digital natives, mais c’est nous qui leur transmettons notre addiction technologique. Ils imitent d’abord leurs parents, puis leurs camarades ou leurs aînés. Or, l’école numérique légitime, banalise, incite à l’utilisation des écrans ».

Il ajoute

« Une école libérée des écrans pourrait être pour les enfants une zone refuge, un espace de plénitude et de reconnexion au réel ».

 

Du côté des adultes

 

En raison de la « révolution numérique », où prévalent l’instantanéité, la personnalisation et le changement perpétuel, les modèles pédagogiques traditionnels ne semblent plus en phase avec la réalité et c’est la raison pour laquelle il est nécessaire de réinventer les méthodes d’apprentissages et les techniques de transmissions des savoirs. La diversification des voies d’accès et des canaux de transmission des connaissances favorise les ancrages pédagogiques (vue, ouïe, toucher…), et par conséquent l’intégration de dispositifs de formations des méthodologies dites « actives », tels que la ludopédagogie et les outils numériques (podcast, MOOC, social learning, e-learning) devient une absolue nécessité.

En effet, quel que soit l’âge, jouer apparaît comme un levier formidable pour mieux travailler et amener du plaisir dans le contexte professionnel. La ludopédagogie ou « apprentissage par le jeu » pour adultes a été mise en place dans la lignée des travaux du psychologue Milton Erickson par des chercheurs canadiens. Elle consiste en la transposition d’une réalité professionnelle dans un autre contexte (abordant par exemple le management par le théâtre ou la communication par les travaux manuels). Avec une dimension ludique, la prise de conscience des bonnes ou des mauvaises pratiques est efficace et durable. Dans un contexte modifié, hors d’une mise en situation dans le cadre de leur métier, les personnes acceptent plus facilement de commettre des erreurs et d’en tirer les leçons. C’est donc un désinhibiteur par excellence.

Dans l’entreprise, depuis ces dernières années, e-learnings et autres serious games viennent enrichir l’offre de formation traditionnelle. Pourquoi ? Car le numérique apporte beaucoup de choses positives et présente des avantages économiques pour l’entreprise.  Il nous décloisonne des contraintes temporelles et spatiales : on peut apprendre quand on veut et où l’on veut.

Récemment introduits dans le paysage de la formation en entreprise sont apparus le social learning et le mobile learning.

 

 Focus sur le social learning

 

Social Learning
Nuage de tags

Le social learning, en bref c’est faire mieux avec moins. Il permet de faire profiter, à moindres frais, de savoirs déjà présents dans l’entreprise, et donc d’optimiser les dépenses pour des formations traditionnelles ainsi mieux ciblées et plus efficaces.

Chez Myrtilla, des interfaces simples sont mises à la disposition des opérationnels qui créent eux-mêmes leur plateforme de formation. Ils publient leur contenu, qui est validé par le DRH puis rendu disponible sur l’intranet dans un délai très court.

 

La mise en place d’une telle infrastructure numérique n’est pas sans coût, mais son investissement peut s’avérer rapidement très rentable car elle permettrait de se passer de certaines formations extérieures grâce à un échange des savoirs dans l’entreprise. En effet, le social learning conceptualise les pratiques informelles et quotidiennes dans les entreprises et les formalise pour en accroître l’efficacité et le rendement en termes de partage des savoirs. L’heure n’est donc pas à la suppression des formations formelles, mais de mieux les cibler en assurant une meilleure diffusion des savoirs déjà présents dans l’entreprise.

Social Learning

Ainsi, le social learning présente de nombreux atouts :

  • Diffuser des savoirs élémentaires auprès de tous les salariés
  • Faire monter plus rapidement en compétences les juniors
  • Intégrer plus efficacement les nouveaux collaborateurs dans leur équipe
  • Créer de l’émulation, et préserver les talents en leur offrant un environnement de travail stimulant qui les challenge.

 

Le mobile learning, l’avenir de la formation ?

 

Le mobile learning, (ou m-learning, ou « apprentissage nomade »), combinaison des Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement (TICE) et de la technologie mobile des smartphones est un enseignement qui offre de belles promesses.

Mobile Learning

Ses formes sont multiples : simples textes, messages, images, infographies, ou encore de capsules vidéo. Bien sûr, cela suppose un équipement en smartphones et/ou tablettes des collaborateurs mais également un accès à internet à haut débit.  Le mobile learning répond parfaitement aux problématiques de la formation en entreprise avec des besoins très ciblés et à des moments précis. Pratique, efficace et économique, ce « just-in-time learning » permet aux salariés d’accéder rapidement à une information et d’acquérir des bases immédiatement applicables, par le biais de notifications push. Cela prend le nom de COOCs (« Corporate Open Online Course »). Très répandu aux Etats-Unis, le m-learning est en train de gagner du terrain en France.

 

M-Learning et réalité augmentée : vers une nouvelle forme d’apprentissage

 

L’un des principaux enjeux dans un futur proche du m-learning n’est autre que la réalité augmentée. L’utilisateur/acteur/apprenant peut bénéficier d’une expérience immersive enrichie d’informations en 3D. Outre les considérations techniques et pédagogiques, la réalité augmentée sur mobile offre des perspectives de développement économique tout à fait alléchantes pouvant représenter un marché potentiel de 200 millions de personnes d’ici 2018.

 

Le numérique sonne-t-il le glas du formateur ?

 

Pas vraiment comme l’explicite Denis Cristol, directeur de l’ingénierie de formation au CNFPT et chercheur à l’université de Nanterre, dans la vidéo ci-jointe,

 

 

Ces outils de formation numériques sont complémentaires au rôle joué par le formateur, qui devient un coach, un facilitateur, un médiateur et encore un organisateur de connaissances.  Sa mission est de permettre aux apprenants à franchir des étapes en cartographiant les bonnes sources d’information grâce aux outils numériques.

 

En conclusion, numérique et pédagogie font-ils bon ménage?

 

Le numérique fourmille de ressources qui motivent et redonnent confiance. Des enseignants, formateurs, accompagnateurs d’un nouveau genre, collaborateurs expérimentent une pédagogie collaborative, plus spontanée, qui s’appuie – en complément de l’enseignement traditionnel – sur des outils numériques. A l’heure de l’émergence des bots (robots), nous pourrions légitimement nous poser la question du remplacement de l’homme par la machine, y compris sur le champ de la formation. Cependant, l’homme possède encore quelque chose que la machine n’a pas : l’empathie.

Tirons profit du meilleur de la technologie et couplons-la avec l’émotion, les savoir-faire et savoir être humains afin que numérique et pédagogie forment la plus belle des alliances.