Google medecine time« L’homme qui vivra mille ans est déjà né », affirme le chirurgien neurologue Laurent Alexandre dans son livre « La Mort de la mort ». Chaque jour, nous gagnons effectivement plus de cinq heures d’espérance de vie. La médecine est en pleine mutation. Google affirme vouloir repousser les limites de l’homme et faire reculer la date de sa mort : notre corps sera robotisé, notre conscience reprogrammée pour l’immortalité. « Google peut-il résoudre la mort ? », titrait le magazine Time. De son coté, le milliardaire russe, Dimitry Itskov a lancé un programme pour trouver la formule de la vie éternelle. Et il affirme même que cet objectif sera atteint en 2045.

Au-delà de ces annonces surprenantes qui nous interpellent,  le système de santé est en pleine transformation avec l’arrivée des nouvelles technologies. Au travers des innovations actuelles, nous pouvons déjà percevoir les contours de la santé de demain.

Un patient toujours plus connecté

Les analyses sont formelles, les objets connectés vont se multiplier (IoT) : ils seront, selon les prédictions, 25 milliards (Gartner), 50 milliards (Cisco & Ericsson), ou même 75 milliards (Morgan Stanley) à accompagner notre quotidien dès 2020.

Dans son rapport “Disruptive Technologies”, le cabinet de conseil McKinsey envisage que le secteur de la santé représentera entre 1/3 et la moitié de l’impact économique mondial des objets connectés en 2025. Les objets connectés vont mesurer nos données bien-être et santé pour évaluer notre santé et nous faire des diagnostics personnalisés. A l’hôpital ou chez nous, nous allons tous devenir des patients connectés.

Les principaux bénéfices de la santé connectée :

  • Le coaching qui va renforcer l’implication du patient à développer sa propre santé (le patient empowerment)
  • La coordination entre les différents acteurs dans le système de santé
  • L’aide au  diagnostic à travers la consolidation et l’analyse des données

Quelques exemples  qui mettent en évidence le développement de ces objets et l’impact pour le patient :

Proteus medecineLe premier médicament connecté : Après des années de recherche, d’essais cliniques et d’études, Proteus Digital, associé à Otsuka Pharmaceutical est sur le point de lancer le tout premier médicament connecté. Une version d’un antidépresseur, intégrant un capteur, est en attente d’approbation de la FDA (Food and Drug Administration). Les données récoltées par les capteurs intégrés dans ce nouveau médicament seront affichées sur le smartphone du patient et  pourront permettre aux médecins de faire un suivi en temps réel et ajuster le dosage.

wello medecine

Wello, une coque pour smartphone permettant de mesurer son rythme cardiaque, sa pression sanguine ainsi que le taux d’oxygène dans le sang et sa température par un procédé unique.

 


Scanadu medecineScanadu
, un petit scanner qui permet de faire un bilan de santé rapide et en toute autonomie.

 

 

Le docteur Big Data : premier intermédiaire santé

Vous habitez à Toulouse où circule une épidémie de grippe. Votre température est montée de manière anormale ces deux dernières heures et vous avez moins mangé que la normale lors de ce repas de midi. De plus votre souffle est anormalement faible. Vous avez une probabilité élevée (>95%) d’avoir attrapé la grippe. Nous vous conseillons les médicaments suivants…

L’ensemble de vos données remontées par vos objets connectés seront analysés par des algorithmes puissants et pourront évaluer la probabilité d’être atteint par une pathologie.

Ces  algorithmes décisionnels existent déjà . IBM a par exemple conçu le super calculateur Watson qui fournit un premier diagnostic à partir des remarques du praticien, des notes à partir d’entrevues avec le patient, des antécédents familiaux, des résultats d’analyse.

Idavatars associé IBM Watson donne déjà un aperçu de ce que pourrait être un pré-diagnostic: un avatar permet de  générer une discussion avec le patient, d’effectuer des tests dans certaines pathologies et d’établir un pré diagnostic à distance.

Watson est une « learning machine » . Outre sa puissance de calcul et sa mémoire, l’autre force de cet ordinateur est sa capacité à intégrer en permanence dans ses bases de données les nouvelles études sur lesquelles les médecins s’appuient pour proposer des traitements.  Ainsi L’hôpital Cedars-Sinai de Los Angeles a « engagé » Watson, pour effectuer  un travail d’évaluation en matière de traitement du cancer. Watson pourra suggérer aux médecins le traitement le plus adapté en quelques secondes. La base de données sur le cancer de l’hôpital californien, ainsi que les dossiers cliniques de patients en cours de traitement, vont être intégrés à la mémoire du supercalculateur. En utilisant les services de Watson, les autorités de l’hôpital veulent normaliser les traitements du cancer après avoir identifié les meilleures pratiques.

 

La médecine prédictive 

C’est l’évaluation d’un risque de maladie chez certains patients à partir du génome. Le développement extraordinaire de la génétique médicale au cours de ces vingt dernières années a reposé sur la contribution des malades et de leur famille. La recherche est en effet partie des phénotypes (les signes présentés pas les patients) pour identifier des génotypes (les caractéristiques génétiques qui en seraient la cause). Cette médecine repose sur 2 piliers, les données et la mise en place d’algorithmes puissants afin d’identifier les personnes en fonction de leurs risques à développer telle ou telle maladie.

Ainsi Calico, la filiale de Google, s’attaque au  défi de l’âge et du vieillissement  en identifiant des maladies par la génétique.  Flatiron health,  start-up américaine, qui collecte les informations sur le cancer,  revend sa base de données aux chercheurs pour identifier les meilleurs traitements pour leurs patients.

En France,  Genepred une start-up marseillaise qui propose des diagnostics génétiques pour prédire quels seront les patients qui ont le plus de probabilité d’être atteints d’une pathologie donnée. Les premières pathologies sont les cirrhoses et les cancers du foie et  à terme, l’entreprise souhaite étendre son champ de recherches à d’autres maladies  sur des organes tels que les poumons ou le cœur.

 

La donnée patient : Eldorado numérique

L’ensemble des données génétiques, des données issues du quantifed  self  consolidés, traités permettront d’adapter les diagnostics et les traitements. On peut imaginer qu’à l’avenir, on obtiendra le profil génétique d’une tumeur correspondant à un patient donné, et le médicament le plus adapté pourra être identifié. Sur la base de l’ensemble de ces données, on pourra améliorer également l’observance au traitement, les effets secondaires des médicaments pourront être connus et on sera en mesure de mieux les prévenir,.

open_data medecine

En France, en utilisant notamment les données enregistrées par l’assurance maladie, nous ouvrons de nouvelles perspectives pour la recherche pour développer de nouveaux services mais aussi pour faciliter le développement de l’innovation. Pour la seconde année consécutive, l’Assurance Maladie lance un hackathon autour de ses ouvertures de données. L’objectif est double : faire découvrir la richesse des données accessibles sur le médicament (disponibles au sein du système d’information de l’Assurance Maladie ou rendues publiques par d’autres organisations) et d’encourager leur exploitation à des fins d’intérêt public.

Après les échecs répétitifs du dossier médical partagé, Honestica start up francaise ambitionne de créer une plateforme numérique où médecins et patients pourront en toute confiance stocker, partager puis analyser les données médicales. En bref, fournir à chaque patient un carnet de santé en ligne qui réunirait un historique de ses visites chez le médecin, et compilerait ordonnances et résultats médicaux (sanguins, urinaires, radios…). Autant d’informations qui, accessibles au sein d’une même plateforme, permettraient de faciliter le suivi des soins d’un praticien à un autre, entre généraliste et spécialiste notamment, ou au gré des déplacements géographiques du patient. Selon Franck le Ouay, l’un des fondateurs issu de Critéo, « Nous voulons réconcilier un corps médical très fragmenté avec la technologie, depuis les hôpitaux jusqu’aux cliniques, en passant par les libéraux ».

Ces exemples mettent en évidence les enjeux autour de la donnée patient. Cependant, L’exploitation des données de santé et en particulier l’utilisation de données personnelles se heurte à des problématiques très concrètes : frontières réglementaires et éthiques, exploitabilité, sécurisation, problématiques culturelles et organisationnelles, adhésion et engagement des utilisateurs.

La donnée Patient, qualifiée parfois d’Eldorado numérique est au cœur des innovations de la médecine de demain. Il faudra impérativement trouver le cadre légal alliant la protection du droit du patient et le développement de  l’innovation au service du patient.

Médecine préventive avec des patients connectés voire ultra connectés, médecine prédictive et personnalisée, médecine curative, les fondations de la médecine de demain se mettent en place pour vivre mieux et plus longtemps. Maintenant, Immortalité, mythe ou réalité ? RDV dans  cent ans.