Intrapreneuriat, un outil de transformation interne ou un enjeu business?

Les programmes d’intrapreneuriat se développent depuis quelques années au sein des grandes entreprises françaises : »20 projets pour 2020 à La Poste », « Internal startup call » à la Société Générale, « Orange Intrapreneurs Studio »…  

L’objectif? Développer l’innovation en s’appuyant sur les collaborateurs pour attirer et faire émerger les talents.

Mais quel est le réel impact de ces programmes d’intrapreneuriat? Les projets développés vont-ils concurrencer les accélérateurs de startups et autres incubateurs?

D’où vient l’intrapreneuriat? 

L’intrapreneuriat est un concept développé par Ginford Pinchot en 1976 aux Etats-Unis. 

Selon Antonicic et Hisirich, « l’intrapreneuriat est un processus qui se produit à l’intérieur d’une firme existante, indépendamment de sa taille et qui ne mène pas seulement à de nouvelles entreprises, mais aussi à d’autres activités et orientations novatrices, telles que le développement de nouveaux produits, services, technologies, techniques administratives, stratégies et postures compétitives. ».

Lorsque des entreprises mettent en place des structures favorisant l’intrapreneuriat, elles donnent les moyens à leurs salariés de développer des solutions innovantes comme en étant responsables de leur activité, tout en restant financés par leur employeur. 

Un outil de transformation pour les corporates 

En France, c’est dans les années 2000 qu’on voit apparaître ces initiatives chez des grands groupes, comme France Télécom ou encore dans le secteur bancaire et dans l’industrie. 

On voit depuis 3 ans, une accélération de ces projets au sein des grands groupes comme le montre le graphique ci-dessous.

Evolution du nombre d’entreprises intrapreneuses (cumul par année)

 

Ces démarches contribuent à l’accélération de la transformation de l’entreprise. 

 

Elles sont mises en place pour répondre à 3 enjeux majeurs des entreprises : le développement de l’innovation, l’engagement des collaborateurs et l’identification des talents.

Ces initiatives permettent de transformer l’entreprise en élargissant les sources d’innovation et en poussant les collaborateurs à développer leur esprit d’initiative. 

A quoi sert l’intrapreneuriat selon les managers (étude Pulse-On):

Pour 40%, il sert à développer l’esprit d’innovation et de créativité, pour 22% à faire émerger des talents majeurs pour l’entreprise, pour 14% à faire confiance aux salariés au-delà de leur fiche de poste, pour 8%, il sert à développer le business.

On le voit dans les chiffres de l’étude menée par Pulse-on, ces démarches sont plus perçues comme une source d’innovation et de reconnaissance des talents que comme une source de développement de business.

Ces démarches permettent également de développer la marque employeur pour rendre les entreprises plus attractives. Selon une étude menée par Allianz France en partenariat avec l’Ifop : “67% des étudiants interrogés affirment que lorsqu’ils chercheront un emploi, ils seront plus sensibles aux entreprises proposant une démarche d’intrapreneuriat.”

Les salariés qui mènent des projets d’intrapreneuriats les mènent en général en mode startups. Ils sont souvent accompagnés par des ressources externes avec des méthodologies issues de l’entrepreneuriat comme le Lean Startup. Le Lean Startup est une méthode qui permet notamment de développer rapidement un produit avec des fonctionnalités minimum pour pouvoir tester l’intérêt des utilisateurs. 

Google depuis plus de 10 ans propose à ses salariés de passer 20% de leur temps sur un projet de leur choix dans le digital. Ils s’organisent entre eux pour gérer ces projets, même si dans la réalité, c’est souvent en plus de leur temps de travail. Si ces projets nécessitent un budget, ils sont soumis à un manager qui peut leur accorder ce financement. Les projets sont ensuite lancés en mode “bêta” en interne. Gmail et Google Maps sont issus de ces initiatives. Cette liberté d’entreprendre au sein de Google fait partie des arguments de recrutement pour attirer les talents.

A la Société Générale, le programme d’intrapreneuriat lancé en 2017 et appelé “Internal Startup Call” a permis de créer 60 startups. Les 36 startups qui sont toujours existantes ont été intégrées aux Business Units pour une partie d’entre elles ou sont soutenues par SG Ventures, un fonds transverse d’innovation au capital de 150 Millions d’euros. 

Le projet d’intrapreneuriat Big Factory de Natixis

Natixis a créé une structure appelée la Big Factory pour héberger ses projets d’intrapreneuriat. L’objectif de ce programme était double : développer de nouvelles activités et diffuser la méthode agile dans l’entreprise. Chaque filiale proposait une équipe et un projet répondant à ses enjeux stratégiques, un jury validant les projets réalisables. Les salariés qui souhaitaient participer à ses projets étaient détachés à plein temps sur une période déterminée (6 mois à 1 an pour la plupart d’entre eux). Le but était pour chaque équipe sélectionnée de réaliser un MVP (minimum valuable product). Les équipes étaient composées d’environ 5 à 10 personnes avec à chaque fois un modèle owner, un growth hacker, une personne en charge du développement technique et une personne en charge de la conformité (réglementaire et juridique). Tous les 15 jours, les équipes présentaient l’avancement de leur projet aux équipes dirigeantes (responsables des filiales) avec un go/no go sur la poursuite du projet.    

Ce projet a permis de casser les silos en favorisant les échanges entre les différentes filiales et les différents métiers. Les salariés ayant participé à ces projets, diffusaient ensuite les nouvelles méthodes de travail dans leurs services.

Ce programme a depuis été absorbé par la BPCE, maison mère de Natixis qui a développé un projet pour l’ensemble des Caisses d’Epargne et des Banque Populaires appelé 89C3.

L’intrapreneuriat un enjeu business?

Il est difficile aujourd’hui de voir à l’échelle des grands groupes si les startups internes créées vont générer une valeur significative pour elles. Très peu de projets dépassent aujourd’hui 1 Million d’€ de CA.

Néanmoins, du point de vue transformation des entreprises, le bilan est souvent très positif. Au niveau des collaborateurs, cela permet de les mobiliser et de créer une dynamique au sein des équipes. Les méthodes agiles de travail, acquises lors de ces projets sont ensuite diffusées dans l’entreprise comme le montre le cas de Natixis avec la Big Factory.

L’intrapreneuriat peut-il engendrer de futures licornes?

Même si ce modèle est intéressant du point de vue de la transformation d’une entreprise, il ne peut donner les mêmes résultats de développement qu’une startup créée en dehors de ce type de structure :

  • Au niveau du financement, il ne peut accéder qu’à celui octroyé par son entreprise, ce qui restreint ses possibilités de développement. 
  • La motivation des salariés peut être plus limitée car ils n’accèdent souvent pas ou peu au capital. 

Un autre frein est lié à la condition même cet intrapreneuriat qui n’évolue pas dans le même environnement d’incertitude qu’une startup : le sentiment d’urgence habite les créateurs de startups qui jouent la survie de leur entreprise. C’est un moteur fort pour la développer rapidement et c’est peut être la condition pour qu’elle ait un jour le potentiel de devenir une licorne.

 

Sources :

https://start.lesechos.fr/emploi-stages/reseau-carriere/comprendre-le-boom-de-l-intrapreneuriat-en-3-infographies-15137.php

https://group.bnpparibas/tempsforts/intrapreneuriat/pitch

https://www.latribune.fr/entreprises-finance/banques-finance/avec-ses-startups-internes-soc-gen-industrialise-la-culture-de-l-innovation-et-de-l-echec-817103.html

La fabrique des start-up de Jean-François Caillard et Thomas Paris

https://mbamci.com/?s=start-up+licorne