Rêve des uns, cauchemar des autres, l’homme digital est en marche, et il avance vite, trop vite ?

Tuer la mort, tel est le travail de certains et le fantasme de nombreux autres. Aujourd’hui, médecins, chercheurs, militaires, milliardaires de la hi tech, tous sont en course afin d’atteindre le rêve ultime: la vie éternelle.

En 2013, les fondateurs de Google lancent Calico, la contraction de California Life Company, une entreprise consacrée à la recherche sur le vieillissement et les maladies connexes. Un an plus tard, Calico se rapproche de la société biopharmaceutique AbbVie, avec laquelle elle décide d’investir 1,5 milliards de dollars dans le développement de thérapies anti-vieillissement. En 2014, un million de dollars a été promis par la fondation race against time à l’équipe qui réussira à prolonger la vie d’un mammifère de 50%.

la fin de la mort par google

La silicon valley est en ordre de marche dans sa quête d’immortalité.

Ce fantasme devenant réalité porte un nom: le transhumanisme, il peut être défini comme La promotion de l’amélioration de la condition humaine à travers des technologies d’amélioration de la vie, ayant pour but l’élimination du vieillissement et l’augmentation des capacités intellectuelles, physiques ou psychologiques ainsi que l’étude des bénéfices, dangers et de l’éthique du développement et de la mise en œuvre de ces technologies.

« l’éternité, c’est long, surtout vers la fin » Woody Allen

Bienvenue dans un monde où la convergence entre les biotechnologies, l’intelligence artificielle; les nanotechnologies et les neurosciences se fait à grande vitesse.

 

I Les progrès médicaux, l’homme en kit pour bientôt ?

 


Que ne sera-t-il pas possible de remplacer dans le corps humain à l’avenir ? Telle est la question que l’on est en droit de se poser. La question n’est d’ailleurs en fait plus de se demander ce qui pourra être remplacé mais quand cela sera possible. Nous vivons en effet le passage de la médecine qui soigne à celle qui répare. L’homme devient peu à peu digital et non plus qu’organique.

Nous avions les greffes d’organes, les pacemakers, les prothèses diverses et variées, le coeur artificiel Carmat  nous aurons demain les cellules souches, les organes imprimés en 3D ou encore les prothèses intelligentes.

Après les meubles en kit, l’homme en kit.

 

La culture de cellules

En 2013 des scientifiques ont réussi à reconstituer un mini cerveau à partir de cellules souches. D’autres mini organes ont été créés depuis. A l’hôpital Saint-Louis Jérôme Larghero et son équipe fabriquent des œsophages artificiels, «Comme dans les greffes traditionnelles, nous prélevons l’œsophage d’un donneur, explique le chercheur. Puis nous enlevons toutes les cellules avec un détergent. Ne reste alors qu’une espèce de tuyau, constitué de fibres, qui va servir en quelque sorte d’échafaudage.» Ce dernier est ensuite ensemencé dans un bioréacteur avec des cellules IPS du receveur, pour reproduire un œsophage complet.

Ces techniques seront encore améliorées avec la technologie de l’impression 3D.

Des thérapies sont mises au point pour réduire l’oxydation des cellules, en laboratoire des souris ont gagné vigueur musculaire et 40% de vie en plus grâce à ces techniques.

Aller encore un peu plus loin dans la création, telle est la vision de 25 chercheurs qui ont annoncé le 2 juin 2016 leur volonté de créer un génome humain synthétique, le projet baptisé Human Genom Project Write (hgp write) repousse encore les possibilités de création d’organes ou de cellules résistantes à toutes sortes de maladies, dont le cancer ou les virus.

L’impression 3D

L’impression 3D d’organes humains est une réalité en devenir. Selon des travaux publiés dans le magazine nature en février 2016 des chercheurs ont réussi à imprimer un cartilage humain. Au Pays Bas en 2014 c’est une partie du crâne d’une malade qui a été imprimé à base de plastique. Demain la bio impression fonctionnera pour les organes simples comme les vaisseaux, des équipes de l’université de Sydney, du Mit, Harvard et Stanford ont mis au point un réseau vasculaire artificiel, la peau ou les cartilages. L’impression d’organes plus complexes n’est pas encore au point mais les scientifiques estiment que ce n’est qu’une question de temps avant d’y parvenir. Un petit foie a déjà été imprimé. Le coeur est l’un des prochains challenge de la bio impression.

Aujourd’hui plusieurs techniques de bio impression existent. Elles demandent des moyens considérables. Mais, comme toutes technologies, il est à parier qu’elles vont se démocratiser dans les années à venir. De là à imprimer nos propres pansements fait de tissus biologiques il n’y a sans doute qu’un pas à faire.

http://www.instructables.com/id/DIY-BioPrinter/

 

Vers des prothèses intelligentes

Les prothèses ne datent pas d’hier. Pour preuve la prothèse d’orteil égyptienne qui réside au British Museum et qui date de 2600 ans. Aujourd’hui l’ère de la jambe de bois est bien révolue. Jusqu’à il y a peu de temps les différentes prothèses devaient être mise en action par nos propres muscles, cela n’est plus nécessaire.

Comme souvent ces progrès sont initiés par des recherches issues de l’armée, et principalement de l’armée américaine.

Et la lumière fût !

L’oeil bionique est aujourd’hui une réalité. Des prothèses rétiniennes ont été implantées en 2015 sur des patients français. Mais le système est un peu gros, des chercheurs israéliens travaillent eux sur un implant rétinien autonome qui pourrait demeurer à vie dans l’oeil du patient.


Les prothèses myoélectriques s’attachent elles aux muscles qui restent accrochés au membre amputé. Un des premiers exemples civil est celui de Jesse Sulivan. Ayant perdu ses deux bras en 2005 il peut aujourd’hui saisir des objets grâce à deux bras activés par la pensée, pour cela la prothèse est reliée au cerveau par des électrodes.

Mieux encore, Nigel Akcland peut lui faire ses lacets ou bien distribuer des cartes.


Pouvoir manipuler des objets, remarcher ou voir c’est bien, certes, mais quid des sensations perdues ? Ne vous inquiétez pas, des sociétés travaillent déjà sur des peaux artificielles redonnant le sens du toucher aux membres amputés.

Mais ces prothèses sont encore chères. C’est pourquoi d’autres travaillent sur des solutions moins onéreuses mais cependant efficaces. Le japonais Exiii met ainsi à disposition la main bionique handiii; matériel nécessaire: une imprimante 3D et un smartphone. prix: 300$ !! Vous pouvez même choisir la couleur et la texture !

En cette année 2017 un nouveau pas est franchi. Un paralysé a pû faire l’expérience de bouger un membre, son bras, avec sa pensée. Cela avait déjà été réalisé en 2014 mais à cette époque le bénéficiaire du dispositif souffrait d’une paralysie moins sévère.

Le patient âgé de 56 ans, Bill Kochevar, tétraplégique, blessé au niveau de la 4e vertèbre cervicale, a 2 boîtiers sur la tête et 192 micro-électrodes implantées chirurgicalement dans son cerveau, qui enregistrent les signaux que sa matière grise envoie lorsqu’il imagine bouger le bras et la main.

dispositif bras artificiel contrôlé par la pensée

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Toujours plus fort, des exosquelettes permettent aujourd’hui à des paraplégiques de remarcher.

En 2012, Claire Lomas, paralysée suite à un accident de cheval, a fini les 40km du marathon de Londres grâce à un exosquelette.

Les exosquelettes comme celui de Cyberdine se portent comme des combinaisons et nécessitent l’utilisation de béquilles pour l’instant, mais les français de Wandercraft travaillent sur un produit qui abolirait l’utilisation des béquilles grâce à l’équilibre dynamique. Sortie prévue en cette année 2017.

 

N’oublions pas enfin les puces rfid qui permettent aussi de déverrouiller votre smartphone grâce à l’implant situé dans votre pouce, de badger dans votre société, de servir de carte d’identité ou bien encore les nanorobots qui luttent contre votre cancer et vous réparent de l’intérieur.

 

Et si certains chercheurs s’occupent du corps, d’autres pensent à votre esprit, à votre personnalité. Science oui, mais plus fiction.

 

II l’intelligence artificielle, vers un soi digital ?

 

Welcome to the machine.

C’est un fait, l’intelligence artificielle est parmi nous, elle ne cesse de progresser, de s’améliorer. Jusqu’où va-t-elle aller ?

L’IA de demain ne va pas se contenter de raisonner logiquement, mathématiquement, elle va avoir des émotions, des sentiments, elle va devenir plus humaine, jusqu’à quel point ?

Qui n’a pas aujourd’hui  utilisé un assistant personnel comme siri, google ou encore cortana ? Qui n’a pas eu à faire avec un chatbot lors d’une discussion en ligne ou téléphonique ?

Le but étant de rendre ces systèmes plus humains on peut se demander dans quelle mesure ils ne peuvent pas remplacer l’humain.

Aujourd’hui les robots conversationnels aspirent à approcher l’humain. Microsoft, Facebook, Google, Amazon, Apple, tous travaillent sur ce sujet. Et si certaines compagnies veulent que ces ia restent “neutres”, d’autres, au contraire, veulent que celles ci aient une personnalité.

Le deep learning permet ainsi à une ia d’apprendre à imiter l’humain, certaines imitent John Lennon ou encore Donald Trump. Comment font elles ? Elles se fondent sur les citations de leur modèles.

Pourquoi donc ne pas l’appliquer à tout un chacun ? Après tout, ne peut-on pas apprendre qui vous êtes en étudiants vos phrases, votre vocabulaire, votre façon de parler, de bouger, vos expressions, vos centres d’intérêts, vos vidéos, vos photos et quoi d’autre encore.  Facebook, Twitter, Whatsapp ou encore Wechat sont des mines d’informations vous concernant.

Microsoft a tenté l’expérience avec Tay, avec pertes et fracas certes, mais le processus est en marche.

Il est tellement en marche que la société Eternime vous propose la vie éternelle: “what if… You could live on forever as a digital avatar?” Telle est une des promesses de cette société.

What if you could live on forever as a digital avatar ?

La réalité rattrape la fiction. Le film transcendance l’avait anticipé, la silicon valley va le faire !


Autre exemple, Eugenia Kudia. Cette jeune femme a créé un chatbot avec pour base de données les textos, photos, e-mails et interactions sur les réseaux sociaux de son meilleur ami Roman Mazurenko, mort à 34 ans percuté par une voiture à Moscou. Depuis mai 2016 le bot parle avec des amis et proches du mort. La jeune femme va plus loin puisqu’elle vous propose aujourd’hui de réserver votre nom et bientôt créer votre propre “self bot » au travers du site Replika.

Au Japon c’est un auteur du nom de Soseki Natsume, mort en 1916, qui donnera des cours universitaires sous la forme d’un robot a son effigie.

Le chinois Huawei travaille sur une intelligence qui permettrait de parler avec les morts dans le futur via des applications de messagerie.

Ray Kurzweil futurologue et directeur de l’ingénierie chez google depuis 2012 nous explique » J’ai rassemblé, et je conserve, de nombreuses archives sur mon père. Ses lettres, sa musique, ses films 8 mm et mes souvenirs de plus en plus lointains. Il sera possible d’en créer un avatar très réaliste, dans un environnement virtuel ou une réalité augmentée. Et quand on sera face à l’avatar, il passera le test de Turing, ce qui signifie qu’il sera impossible à distinguer de nos souvenirs du véritable Frederick Kurzweil.« 

Petit à petit nous nous dirigeons vers un transfert des données de notre cerveau vers un ordinateur ou une capacité de stockage. Le Docteur Hannah Critchlow de l’Université de Cambridge, a affirmé qu’il serait possible de vivre éternellement dans un ordinateur avec notre cerveau sous forme de programme, à condition qu’il soit en capacité de reproduire les 100 trilliards de connections du cerveau.

Cela tombe bien, la loi de Moore prévoit que les ordinateurs auront la capacité de calcul du cerveau humain en 2040.

Connectés vous dites ?

 

Améliorer nos capacités physiques, développer des ia qui reproduisent nos personnalités, le digital révolutionne notre vie, notre monde, va-t-il aussi révolutionner la définition même de ce qu’est un homme ?

 

III Et demain ? la convergence ?

 

Nous avons l’homme réparé, l’homme augmenté, à quand l’homme qui n’en est plus un ?

Allons nous vers une hybridation ou mieux (ou pire je vous laisse juge) vers une abstraction ?

Déjà des travaux font état de la capacité d’uploader des informations dans un cerveau humain, mi homme mi robot est-ce là notre futur ? Sera-t-il de finir en courant électrique dans des barrettes de mémoire ainsi réparti sur le cloud ? Elon musk y croit puisqu’il vient de créer la société Neuralink qui a pour but de construire une interface homme-machine qui vous permettrait d’uploader des infirmations vers votre cerveau.

L’excellente série britannique black mirror nous offre une vision de ce que pourrait être notre futur dans son épisode be right back


Et si la plupart d’entre nous ne veulent pas finir comme l’officier murphy en robocop, certains comme Elon Musk pense que “nous sommes déjà des cyborgs”, “Nous avons une version partiale ou numérique de nous-mêmes dans nos mails, nos réseaux sociaux et les autres activités que l’on fait. Et nous avons des super-pouvoirs avec nos ordinateurs, nos smartphones et leurs applications”.

Elon Musk: nous sommes déjà des cyborgs

Il est certains que les progrès technologiques vont modifier ce que nous sommes. Si au départ les progrès visaient à nous réparer il ne fait nul doute que le fantasme du surhomme émerge, à des fins militaires dans un premier temps, très vite ensuite à des fins idéologiques. Il ne faudra plus nous réparer mais nous sublimer, nous rendre plus forts, plus intelligents, nous dépasser en somme.

Ray Kurzweil voit l’homme se rapprocher de dieu « Donc, en évoluant, nous nous rapprochons de Dieu. L’évolution est un processus spirituel. Notre monde est plein de beauté, d’amour, de créativité et d’intelligence, et tout cela provient du néocortex. Nous allons donc développer le néocortex, et nous rapprocher de la divinité »

Ray Kurzweil: Nous allons nous rapprocher de la divinité.

Puis viendra le cyborg, le robot doté d’une intelligence, la machine dotée d’une personnalité, peut être vous, peut être moi.

Le projet hgp write évoqué avant permettrait aussi  la création d’êtres humains sans parents biologiques. Nous ne sommes pas loin de la chaîne de fabrication d’êtres humains, avec toutes les questions éthiques que cela entraîne.

A quand ensuite le robot a votre effigie, doté de votre apparence et de votre personnalité ? 2045 selon  si l’on en croit Theodore Berger, George Church ou encore Ed Boyden. Ces experts en neurobiologie et génétique soutiennent le projet Avatar 2045, dont l’ambition est de transférer un esprit humain dans un hologramme humanoïde d’ici 2045

 

La vie éternelle selon certains…

Si le fantasme de la vie éternelle est bien en ligne de mire, le futur de l’homme tel que nous le connaissons est la réelle question.

Comment pourrons nous définir un être humain dans quelques années, quid d’une personne dont le corps sera constitué à 80% ou plus de muscles et autres parties synthétiques, artificielles ? Est ce notre personnalité, notre pensée et nos émotions qui nous définissent en tant qu’être ? Dès lors une ia dotée d’un corps bionique et de notre capacité de penser, de nos souvenirs, de nos émotions sera-t-elle une personne, un être a part entière ? Notre morale, notre habilité à discerner le bien du mal, notre capacité à aimer ou détester pourront-elles être reproduites ?

 

Au final le transhumanisme pose énormément de questions, tant légales qu’éthiques ou encore philosophiques. Sans doute faudra-t-il dans un futur proche redéfinir ce qu’est un homme et appréhender que peut être les progrès de la science annoncent la fin même de l’espèce humaine telle que nous la connaissions.