La saviez vous ? Si le gaspillage alimentaire était un pays, il serait le 3ème pays émetteur de gaz à effet de serre après la Chine et les Etats Unis. 1/3 de la production alimentaire mondiale est tous les ans perdue ou gaspillée.

Le défi du gaspillage alimentaire est un des défis majeurs du XXI ème siècle si l’on veut atteindre l’objectif fatidique de diviser par 4 nos émissions de gaz à effet de serre, auquel la France et l’Europe se sont engagées d’ici 2050. 

Sans attendre, certains se sont déjà mis au travail. C’est ce que je vous propose de découvrir à travers l’interview de Lucie Basch, CEO de Too Good To Go, start-up luttant contre le gaspillage alimentaire.

Pouvez vous nous décrire le principe de Too Good To Go, start-up dont vous êtes la fondatrice ?

Too Good To GO est une start-up que j’ai monté avec un groupe d’amis expatriés lorsque j’habitais en Scandinavie. Le principe est de lutter contre le gaspillage alimentaire en mettant en relations consommateurs et commerçants au sein d’ un réseau local.

lutte anti-gaspillage

Les commerçants partenaires proposent sur la plateforme leurs invendus à prix cassés que les consommateurs peuvent réserver et payer en ligne.
Les clients viennent ensuite chercher leur repas sur une plage horaire indiquée par le commerçant, souvent proche des horaires de fermeture..

Les site web et l’application ont ils été lancés au même moment ? L’un remplacera t’il l’autre dans les années à venir ?

Le site Internet a été lancé en Novembre 2015 et l’application mobile a suivi très rapidement car elle a été lancée au début de l’année 2016. Nous souhaitons pour le moment garder l’un et l’autre même si de plus en plus d’utilisateurs passent directement par l’application mobile. Pour le moment le site web nous permet de capter une audience spécifique qui n’a pas forcément basculée sur le mobile.

Dans combien de pays êtes vous présent aujourd’hui ?

L’aventure a débuté en Scandinavie et au vu du succès que nous avons rencontré, nous avons décidé d’exporter le concept dans nos pays respectifs. Ainsi nous sommes présents aujourd’hui au Danemark, en Norvège ( pays d’origine du concept), en Angleterre, en France, en Allemagne et en Suisse.. Les 6 pays participent tous ensemble aux besoins d’investissements.

Parlons justement de financement. Comment vous financez vous ? Votre solution est -elle reconnue comme d’utilité publique et à ce titre bénéficiez vous d’aide des pouvoirs publics ?

Nous fonctionnons pour le moment majoritairement en fonds propres. Nous venons de clôturer un dossier de financement pour obtenir de l’aide de la BPI. Concernant les pouvoirs publics, nous avons rencontré plusieurs élus de l’économie sociale et solidaire ou de l’économie collaborative. L’intérêt est souvent fort mais les choses n’avancent pas forcément aussi rapidement qu’on en aurait besoin. Certaines mairies ont relayé notre initiative sur leur site nous donnant un coup de pouce au niveau de la communication. Mais sincèrement, on ne compte pas vraiment là dessus. C’est un plus si ça arrive.
Au moment du lancement en France de la solution nous sommes passés par une campagne de crowdfunding via Kisskissbankbank, ce qui nous a permis de récolter une somme non négligeable.

Pouvez vous nous décrire le Business Model de Too Good to Go ?

Le principe est simple, nous prélevons une commission à chaque transaction, en fonction de la valeur du panier. L’objectif est de ne pas demander de l’argent au commerçant partenaire. Celui -ci peut s’inscrire sur la plateforme gratuitement et l’utiliser le service de suite sans sortir de trésorerie. L’utilisateur paie à la plateforme qui, chaque mois, rétribue le commerçant en ayant prélevé sa part de commission.

Avez vous des difficultés à recruter des commerçants partenaires ?

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Non, notre solution est plutôt bien accueillie. De plus nous veillons à ce qu’elle demande le moins de travail possible au commerçant. Une fois celui -ci inscrit, nous estimons ensemble le nombre de paniers surprises réalisables par semaine en fonction de l’historique de leurs invendus. Nous fonctionnons sous forme de « panier » pour que la flexibilité soit maximale. Par exemple pour un boulanger, il peut s’agir d’un assortiment de viennoiseries qui le mardi sera composé de 3 croissants et 2 pains au chocolat et le mercredi de 3 éclairs et 1 pain aux raisins. Les commerçants partenaires peuvent également programmer leurs jours de présence sur l’application. En effet, un boulanger qui commence sa production en début de semaine n’aura pas beaucoup d’invendus le lundi mais beaucoup plus sur la fin de la semaine.

L’un des biais possible que j’identifie assez rapidement, c’est l’utilisation de votre solution comme puissant réseau de communication pour les commerçants afin de faire découvrir leurs offres à une clientèle locale. Comment faite vous pour lutter contre ce phénomène qui serait contraire finalement à vos valeurs de bases ?

Le recrutement de nouveaux commerçants est pour nous très chronophage car nous les rencontrons tous individuellement pour leur exposer nos valeurs et notre motivation collaborative. Pour nous, il est très important qu’il s’agisse réellement de lutte anti-gaspillage car c’est la promesse que nous faisons à nos utilisateurs. Nous sommes aujourd’hui présents uniquement dans 2 villes en France , Paris et Lille. A l’échelle de 2 villes, le contrôle est encore possible mais lorsque nous serons implantés dans plusieurs autres villes, il faudra en effet être très vigilants pour que cette pratique ne s’installe pas et qu’elle reste très marginale.

Pouvez vous nous donner quelques chiffres sur le nombre d’utilisateurs , le nombre de repas vendus par mois… ?

Au Danemark, pays de lancement du service, nous avons atteints cette année plus de 300 000 utilisateurs et nous avons plus de 300 commerçants partenaires.
En France, nous nous sommes lancés en février 2016. Nous sommes actifs pour le moment dans seulement 2 villes, Paris et Lille. Nous en sommes aujourd’hui à 30 000 téléchargements et 100 commerçants partenaires. Si nous appliquons le succès du Danemark à la population française, le potentiel reste énorme pour les années à venir. Nous enregistrons en France une progression de +40% entre juillet et Août. Ce qui correspond à 1500 repas par mois environ sur le mois d’août. Depuis le lancement du Too Good To Go, c’est 200 000 repas que nous avons sauvés de la poubelle!

Une chose m’a surprise en explorant votre application mobile, aucune grande chaîne de restaurants n’est présente. Dans un contexte où le développement durable devient une préoccupation de tous, il me semble surprenant de ne pas voir de grands groupes partenaires … ?
Avez vous pensez à développer un macaron, type un label, à positionner physiquement devant les restaurants ou boutiques partenaires ?

Effectivement, nous sommes très intéressés par le développement de partenariats avec des grands groupes de restauration. Mais comme nous l’évoquions avec les pouvoirs publics, les rapprochements mettent du temps à s’établir. Nous sommes actuellement en relation avec des grandes entreprises du secteur. Même si les partenariats prennent du temps, ils ne sont néanmoins pas impossibles. Prenons encore l’exemple du Danemark où nous avons signés un accord avec la chaînes de café Starbucks. Lorsque nous signons des partenariats avec ces grands groupes nous commençons souvent par tester notre solution sur un point de vente pilote avant de déployer.

Avez vous analysé les profils de vos utilisateurs ? Est-ce par conviction anti-gaspi ou par gain de pouvoir d’achat qu’ils utilisent To Good To Go ?

Comme nous sommes très vigilants sur la sécurité des données, nous collectons que très peu de données sur nos utilisateurs. Nous savons qu’il s’agit en majorité de femmes . Si nous creusons via notre page facebook, nous pouvons penser qu’il s’agit en majorité de femmes âgées entre 18 et 24 ans mais ces statistiques sont sans doute largement biaisées par les caractéristiques de l’audience même du réseau social. Par exemple, nous savons qu’une de nos principales utilisatrices et une des plus actives sur le réseau a 63 ans !
Nous ne pouvons pas nier que dans certains pays l’attrait principal de la solution reste financier. Par exemple en Angleterre, la majorité des paniers achetés tourne autour des 2,50 pounds alors qu’il n’est pas rare en France par exemple que les transactions atteignent les 8 euros.
A ce prix là , la motivation du gain de pouvoir d’achat est secondaire. On est plus sur une logique de consommer « responsable ».

 

En février dernier est passée une loi anti-gaspillage visant à empêcher les grandes surfaces de jeter de la nourriture et de rendre leurs invendus impropres à la consommation.
Voyez vous une opportunité de développement dans ce contexte réglementaire de plus en plus favorable à la lutte anti-gaspillage ?

En effet, cela peut représenter pour nous de nouvelles opportunités de partenariats. On peut tout a fait imaginer le sac surprise potager ou le sac surprise boulanger issu des grandes surfaces. Le modèle est duplicable.

Le digital semble être au cœur de votre solution. Quels sont selon vous ses forces pour une solution comme la votre ?application mobile, exemple concret

Le digital est au cœur de notre solution via notre site et surtout notre application mobile. Sans numérique nous n’existerions pas. Là où certains pensent que le numérique détruit la relation humaine, je pense qu’il est pour nous tout le contraire. Il nous permet LOCALEMENT de mettre en relation des individus pour une bonne cause et de retisser un lien social entre commerçants et habitants. Pour les commerçants que nous rencontrons, ce rapport social est très important et la rencontre avec le client nécessaire. Généralement , comme les échanges se font en fin de journée, les parties prenantes ont plus de temps pour dialoguer. Le moment est vécu comme un moment privilégié autour d’une cause partagée. Le digital joue dans ce cas là un rôle social et éducatif important.
Le numérique nous permet également de réagir en temps réel et d’offrir une solution géolocalisée. Le digital a pour force de simplifier au maximum et pour toutes les parties la réalisation de la bonne action. C’est ce qui permet sans aucun doute de faire grandir la communauté d’utilisateurs mais également de commerçants d’une façon exponentielle.

Quels objectifs en terme de déploiement sur le territoire français visez vous dans 1 an ?

Nous visons une présence dans 15 villes de France.

Un grand merci à Lucie qui a pris du temps pour répondre à mes questions !

N’hésitez pas à télécharger l’application :

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Il ne me reste plus qu’à vous souhaiter un bon appétit !