J’imagine qu’à la vue de ce titre, vous vous êtes demandé si je n’avais pas fait une erreur en associant le Bio et le Numérique, deux secteurs que tout oppose. Le Bio n’est-il pas un des secteurs économiques échappant à la révolution numérique ? Bio et numérique sont-ils compatibles ?
A l’heure de la COP21, je souhaitais faire un point sur le marché des produits bio en France et sur son évolution digitale.

Le Bio ne connait pas la crise

Dans un contexte économique tendu, le marché du bio connaît une croissance insolente et fait figure d’ovni.  Autrefois réservée aux ‘bobos écolos’, la consommation de produits bio séduit aujourd’hui de plus en plus.

Qu’est-ce qu’un produit biologique?

Les produits issus de l’agriculture biologique, sont des denrées végétales ou animales obtenues grâce à un mode de production exempt de produits chimiques de synthèse et respectueux de l’environnement.

Le Secteur du Bio en quelques chiffres

Les français cherchent aujourd’hui des produits dont les éléments ne nuisent ni à leur corps, ni à l’environnement.
Avec une croissance des ventes estimée à plus de 10%, ce segment a de quoi faire pâlir d’envie l’industrie conventionnelle.

A Rungis le CA du bio a augmenté de 20% et un nouveau hall dédié est en projet pour 2016.

Le Bio en quelques chiffres clefs

 

Une distribution physique en pleine réorganisation

Gamme Bio hypermarchés

Ce sont les GMS qui profitent le plus de l’essor du marché. Les enseignes ont développé des corners bio avec leur propre gamme (Carrefour avec ‘Carrefour Bio’, E.Leclerc avec ‘Bio Village’…). Leurs tarifs plus attractifs sont une stratégie gagnante sur un marché où les prix peuvent rebuter les nouveaux consommateurs.

Les magasins spécialisés offrent des produits exclusifs à une clientèle de connaisseurs. Ils misent sur leur capacité à conseiller des clients soucieux de la qualité des produits. Eux aussi créent leur propre gamme (La Vie Claire par exemple).

Par ailleurs, le succès de la vente directe témoigne de la volonté de proximité et de transparence chez les consommateurs.

 

Le Bio à l’heure du digital

Zoom sur les principaux e-commerçants du bio

Les e-commerçants du bio

 

 

La GMS intègre de plus en plus le commerce connecté dans le processus de vente de ses produits bio alors que les magasins spécialisés sont à la traine même si ils ont ouvert leur site de commerce en ligne.
Ils proposent la vente en ligne de produits non alimentaires et alimentaires dans une stratégie omnicanal entre site, magasin, VPC, tablette, smartphone…, en permettant le retrait de commande en magasin ou en point relais (Click and Collect) ou la livraison à domicile. Citons les initiatives actuelles en 2105 : La Vie Claire (système de Clic and Collect), Naturalia (livraison à domicile).

13% des produits biologiques sont vendus en ligne

En termes de e-commerce, tous proposent de l’alimentaire et du non alimentaire avec un référencement plus ou moins complet mais les différences semblent surtout se jouer au niveau :

  • du référencement de produits frais
  • de la livraison des produits frais
  • du coût de livraison

 

Comparatif sur les sites des spécialistes bio

Les sites en ligne des magasins spécialisés bio

 

Les enseignes physiques profitent donc de leurs magasins pour proposer des produits frais, crédo difficile à exploiter par les pure-players.

Mais dans l’e-commerce bio, les enseignes physiques ne sont pas les plus à la pointe : des pure-players sont sur le créneau du bio depuis une dizaine d’années et tirent leur épingle du jeu. Petit tour d’horizon :

Comparatif sur les pure-players du bio

Les pure-players du bio

Le magasin bio 3.0

La distribution de produits bio s’est largement diversifiée : e-commerce, magasins avec produits en vrac, distribution via les coopératives…Le cross-canal est un enjeu déterminant pour le magasin bio de demain, d’autant plus qu’aujourd’hui près de 13% des produits biologiques sont vendus en ligne. Le magasin bio doit s’inspirer de nouvelles pratiques déjà réalisées dans d’autres secteurs.

Le magasin 3.0

Le magasin 3.0

 

 

 

 

 

 

 

D’après Sauveur Fernandez, expert en marketing-innovation des écoproduits, une nouvelle génération de magasins bio, dite 3.0 est en train d’émerger. Selon lui, ces magasins seront un « mélange équilibré entre technologies digitales et liens renforcés, le tout propulsé par de nouveaux modèles économiques ».
Voici selon lui ce que pourraient être les principales orientations du magasin bio en 2025 :

  • Le consom’acteur au coeur du magasin 3.0
    Au cœur de ce nouveau concept ; les générations Y et Z, élevées avec les réseaux sociaux, fan de technologies connectées mais friande de naturalité et de DIY (Do It Yourself). La particularité de ces générations est aussi et surtout leur quête profonde du bonheur et de simplicité. Ces générations sont à l’origine de nouvelles demandes : liens sociaux, hyper proximité, consommation collaborative, communautés et bien sûr technologies connectées.Le nouveau consommacteur

 

  • Un vendeur coach de vie et des consom’acteurs
    Le vendeur aura un rôle beaucoup plus important au delà du conseil. Formé au développement personnel par exemple, il devient coach de vie empathique qui suit ses clients au quotidien au travers de blogs et de formations dédiés. De l’autre côté, le consommateur partage son avis sur les produits afin de faire bénéficier aux autres de son expérience.
  • Un commerce de précision
    Il sera adapté à une catégorie de consommateurs (familles monoparentales, seniors, célibataires) et à un lieu d’implantation. Il pourra même devenir dans certains endroits distributeur automatique ou casier de retraits. Le consommateur lui-même pourra devenir transformateur alimentaire épisodique (vente de confitures ou plats frais maisons).
  • Objectif ultralocal et logique du circuit-court
    L’approvisionnement ultra-court en agriculture urbaine fleurit, en association avec des initiatives locales. La majorité des produits frais sont transformés sur place (pain, pâtes fraîches, bières, pâtisseries, pizzas…) par des artisans œuvrant sous les yeux des clients.
  • Le vrac nouveau est arrivé
    Place au flat store, une nouvelle race de magasin « sans-sans ». Objectif : zéro déchet et lutte contre le gaspillage alimentaire. Simplicité d’achat, minimalisme, références réduites et consignes pour les boissons par ex. On constate déjà un peu partout en France ces ‘jeunes pousses’.
  • L’ère des magasins DIY (Do It Yourself)
    Donner son avis ne suffit plus, le consom’acteur veut également fabriquer lui-même ses produits.
    Le magasin proposera, comme l’on commence déjà à en voir, des ingrédients de base en vrac ou en kit pour réaliser chez soi cosmétiques, produits d’entretien et produits alimentaires (comme le beurre, la moutarde…)
  • Le nouveau consom’acteur salarié et chef d’entreprise
    De la tendance DIY (Do It Yourself) à la tendance PIY (Produce It Yourself)
  • Un design et merchandising 3.0
  • Un commerce solidaire
  • Une approche holistique du magasin 3.0
    Le nouveau consom’acteur attendra bien plus de son magasin que des produits ou du conseil.

 

La communication sera aussi très relationnelle s’appuyant essentiellement sur les réseaux sociaux. L’objectif : la création d’un lien relationnel authentique grâce à l’organisation de rencontres, animations et moments festifs. En France la coopérative alimentaire l’Indépendante à Paris organise des journées avec des lectures, concerts, repas en commun, soirées musicales, …

Longtemps en retard, le magasin bio va devoir se connecter et intégrer les nouvelles habitudes d’achats digitales. Ainsi voir les informations produits directement sur son smartphone, commander dans la rue sur son mobile, bénéficier d’une promotion d’un magasin proche grâce à la géolocalisation et retirer en magasin, en point relais, ou se faire livrer directement chez soi sont devenus courants. Cependant, loin des commerces digitalisés à outrance où les écrans remplacent les vendeurs, le secteur bio réussit l’union salutaire entre relation humaine vivante et nouvelles technologies.

Whole Foods Markets,plus grande chaine de distribution de produits bio aux Etats-Unis, a ouvert en octobre 2014 le 1er magasin bio digitalisé de la planète conçu par une chaine. Il comprend un système de livraison à domicile, un mix d’écrans d’informations projetant des images en temps réel de champs agricoles de producteurs, un mur digital interactif connecté aux réseaux sociaux, etc.

Whole Foods Market Store

Whole Foods Market Store

Afin de mieux cibler et comprendre les consommateurs, l’enseigne est omniprésente sur les réseaux sociaux, avec 1,7 million de fans sur Facebook, 3,8 millions de followers sur Twitter et 290 000 sur Instagram.

Whole Food Market

 

En Allemagne un magasin, « Le petit fils d’Emma » (avec une partie de son assortiment en bio), réinvente l’épicerie traditionnelle de quartier avec un agencement néo-rétro qui mixe les codes de convivialité du commerce d’antan (vente au comptoir, relation personnalisée), avec les dernières innovations omnicanal qui placent le smartphone au coeur de l’expérience d’achat: mur virtuel extérieur numérisé de shopping avec QR codes, commandes online de 17000 références non exposées en boutique, point retrait, livraison à domicile, etc

 

Les nouveaux modèles du bio, du local et/ou de l’achat responsable

Les concepts qui jouent la carte du bio, du local et/ou de l’achat responsable attirent de plus en plus les entrepreneurs à la recherche de marchés porteurs.
Et avec l’arrivée du numérique et des nouvelles technologies, de nouveaux modèles économiques ont vu le jour en surfant notamment sur la tendance du circuit-court et de l’économie collaborative. Cette dernière s’implante dans le secteur du bio avec la location, le partage, l’échange, l’achat groupé de produits ou de services.

A l’avenir, les chaines de magasins bio pourraient elles aussi diversifier leur modèles économiques, et devenir places de marché Internet (marketplace), fermes urbaines, services à la personne, fournisseurs de restauration collective, micro-usines (brasseries, conserveries, composts de quartier…)…

Voici plus en détails quelques-un de ces nouveaux modèles économiques :

Les nouveaux modeles economiques du bio et du commerce responsable

 

  • La Ruche qui dit Oui
    Ce nouveau modèle économique surfe sur la consommation de proximité. Il s’agit d’un réseau de distribution sans intermédiaire (circuit court) entre les producteurs et les consommateurs. Le consommateur passe commande de produits frais  (viandes, beurre, légumes, céréales…) sur une plateforme internet qui les met en relation directe avec des producteurs. Ces derniers livrent leur marchandise dans une « ruche » (point relais) dans lequel les consommateurs viennent les chercher.  Ils ne livrent que ce qui a été prépayé sur Internet afin d’éviter tout type de gaspillage. Les ruches sont généralement ouvertes une fois par semaine voire tous les quinze jours, à un horaire et une date donnés. La Ruche ne paie ni les locaux ni les responsables des ruches qui tirent leur rémunération de leur client.

CA de 2,3 millions d’euros en 2014
A permis à des producteurs locaux de réaliser près de 20 millions d’euros de ventes
Présence dans 6 pays européens
745 ruches (dont 657 en France) en mai 2015
Près de 5000 producteurs (4355 en France), et quelques 140 000 clients inscrits (129 165 en France)
71% des Français déclarent préférer acheter des produits locaux

La Ruche qui dit Oui

  • La Louve
    Pour pouvoir acheter des produits à prix réduits, les clients de ce supermarché «collaboratif» devront y travailler 3 heures par mois. À ce jour, ses créateurs ont réussi à lever plus de 150.000 euros auprès de 1114 adhérents.

La Louve

 

  • La Recharge
    La Recharge est la première épicerie de quartier à fonctionner sans emballages jetables. On y propose en vrac tous les bons produits locaux du quotidien. Chacun est libre d’y apporter ses propres contenants pour les remplir à sa guise.La Recharge
  • La Fourmi
    La Fourmi est l’épicerie anti-gaspillage. Elle offre une seconde vie aux produits des supermarchés du coin, en les revendant à des prix dérisoires, plutôt que de les jeter. Il s’agit uniquement de produits déstockés donc forcément moins chers, qu’il s’agisse de produits invendus, aux packaging abimés ou dépassés mais toujours comestibles. Les trouvailles varient au gré des livraisons (produits d’hygiène et de beauté, biscuits, bonbons, conserves, pâtes, riz, boissons…)
  • L’indépendante
    Il s’agit d’une coopérative alimentaire sociale et solidaire. Les clients décident ensemble des achats, mettent en rayon et encaissent eux-mêmes. Cette épicerie autogérée permet à ses adhérents d’acheter des produits sains à des prix abordables tout en expérimentant collectivement une alternative au supermarché.
  • La Maison PlissonLa Maison Plisson

 

  • L’Epso
    L’Epso est une épicerie solidaire urbaine où les personnes en difficultés peuvent trouver en libre-service les produits de la vie courante. Les prix y sont dérisoires: entre 10 et 30 % du prix grandes surfaces. Mais on n’y vient pas que pour acheter. Différents ateliers sont proposés (gestion de budget, cuisine, couture, café des parents, journée esthétique, alphabétisation…) et un service d’aide aux devoirs intergénérationnels est animé par des étudiants et des séniors.
  • La Super Halle
    La Super Halle
    Mais aussi :

  • L’Eco Centre
    Lieu d’informations, de démonstrations, d’expérimentations et de formations concernant les techniques écologiques dans différents domaines.
  • O Bocal
    Le supermarché entièrement sans emballage
  • Hisbe
    Supermarché anglais pronant le ‘Happiness before profits’
  • O’Tera
    L’enseigne, qui a fait le pari de produits frais proposés majoritairement en circuit court. Elle travaille surtout avec les agriculteurs locaux.
  • Day By Day
    Première chaîne d’épiceries en vrac pour faire ses courses au quotidien à la demande et sans emballage.