Alors que les premières voitures autonomes devraient être commercialisées autour de 2030, les experts expriment des avis mitigés quant à leur degré de connectivité. En effet, au moment où la 5G a été lancée en France et dans la plupart des pays développés, et que le rapport d’examen des demandes de permis de conduire et de transport 5G prévoit qu’il y aura 41 millions de véhicules connectés à la 5G ou la DSRC (Wifi) d’ici 2030, il est moins sûr que la voiture sans chauffeur soit connectée (à son lancement).

Dans notre précédent article, nous expliquions ce qu’est une voiture autonome (connectée). Cependant, certains experts estiment que la voiture autonome ne sera pas connectée en V2I ni en V2V à son lancement. À cet effet, nous avons eu un échange avec Jeremy Agulnek, docteur en trajectoire des voitures autonomes chez HAAS Alert.

Que pensez-vous de l’avenir de la voiture autonome ? Auriez-vous une estimation de l’année de son lancement ?

 

Jeremy Agulnek : Nous sommes à une période cruciale de la voiture autonome, car nous commençons à bien maitriser certaines technologies comme le suivi automatique sur autoroute, et d’autres options qui plaisent aux automobilistes, qui fonctionnent très bien mais qui sont de l’ordre du niveau semi autonome, autrement dit relativement simples à faire ou en tout cas pas très complexes et limitées à des routes à sens unique. Pour les niveaux suivants, c’est plus laborieux car cela nécessite des capacités d’investissement beaucoup plus importantes. Nous faisons le pari sur 2030.

Le consommateur est-il préparé pour la voiture autonome sur le plan psychologique, et sur le plan des infrastructures ?

 

Jeremy Agulnek: Nous faisons face effectivement à de nombreux défis, notamment un défi légal, nous ne savons pas grand-chose des lois autour des voitures autonomes qui vont être mises en place dans les années à venir. L’infrastructure reste un défi de taille, certes mais moins difficile à relever.

D’autre part, nous pensons que le covoiturage et la démocratisation des voitures de transport avec chauffeur (VTC), a joué un rôle majeur quant à la préparation psychologique du consommateur à la voiture sans conducteur, car il est devenu habitué à ne plus prendre le volant systématiquement pour se déplacer aussi bien pour les petites que les grandes distances. Il y aura très certainement un facteur de confiance à installer, mais je ne pense pas qu’il s’agisse d’un saut aussi important que si le covoiturage n’existait pas.

 

 

La voiture autonome sera-t-elle forcément connectée ?

 

Jeremy Agulnek: A priori, la voiture autonome ne sera pas connectée pour plusieurs raisons ; d’abord car les infrastructures ne sont pas encore prêtes, a fortiori dans les zones rurales, à moins que les autorités ne décident de définir un champ d’action pour les véhicules, qui n’auront dès lors pas la liberté totale de circuler et qui, en conséquence, deviendront beaucoup moins intéressants. Ensuite, il est des raisons économiques qui entrent en considération car les infrastructures (routières et télécommunication) dépendent des municipalités et des opérateurs téléphoniques respectivement. Les constructeurs automobiles n’ont aucun intérêt à dépendre simultanément de deux autres acteurs (au moins) sur lesquels ils n’ont aucun contrôle ni moyen de pression.

Ainsi, la voiture autonome sera capable de se reposer sur ses trois fonctions nécessaires pour circuler : la perception (la détection, reconnaissance et analyse de son environnement grâce aux différents radars, capteurs, lidars…), la planification (à travers les algorithmes) et l’action (grâce à l’intelligence artificielle intégrée).

Si le débat autour du niveau de connectivité de la voiture sans chauffeur reste, jusqu’à ce jour, partagé, d’autres sujets, tels que la sécurité des informations échangées sur le cloud, suscite à son tour une polémique. En effet, si les constructeurs automobiles mettent en avant les avantages du stockage des différentes informations de trafic collectées dans le cloud, la notion de cybersécurité des données privées rassemblées demeure sans réponse claire.