ITW: Jacques Jähnichen, Business Intelligence Manager

Comment se lancer dans des projets web quand on est jeune, inexpérimenté et sans véritable budget ? L’expérience de mon ami Jacques Jähnichen, 28 ans, est l’un des nombreux exemples de cette jeunesse française à un fort désir d’entreprendre et de réussir, tout en se formant sur le tas.
Aujourd’hui travaillant dans l’informatique décisionnelle, il poursuit ses rêves d’entrepreneur notamment en étant le co-créateur du site de vente de produits de rasage traditionnel www.temps-dun-rasage.com

Quel est le parcours de ce jeune entrepreneur amateur ? Quels ont été ses écueils ?

• Peux-tu nous présenter rapidement ton parcours ?

jacques_jahnichen Après mon bac, j’ai pris une année sabbatique pour travailler et voyager en Amérique du sud. Cette année fut un véritable socle pour ma personnalité, et j’y ai compris la valeur du travail et des études. A mon retour j’ai obtenu un Bachelor en management et entrepreneuriat à l’école de commerce Novancia. Puis un Master 2 MIAGE à l’IAE de Paris. Ces deux parcours ont été réalisés en alternance, dans les ressources humaines puis dans la business intelligence (BI).A la fin de mes études j’ai développé pendant 1 an un réseau social mais sans succès. J’ai alors repris un chemin plus classique en travaillant 7 mois dans une SSII comme consultant BI. J’ai démissionné pour voyager 1 an en Australie et Asie du Sud-Est, et à mon retour j’ai rejoint le domaine public en devenant chef de projet BI dans une collectivité territoriale. J’avais réalisé une mission là-bas un an auparavant et j’avais découvert l’un des projets décisionnels les plus intéressants auquel j’ai pu participer.


• Avant d’évoquer l’entrepreneuriat, peux-tu nous en dire plus sur ces expériences et sur le domaine de la business intelligence (BI) ?

Le but historique de la BI est de consolider les informations disponibles en entreprise afin d’aider dans le processus de décision. Mes deux premières expériences étaient techniques. J’y ai découvert les outils existants et surtout les processus pour collecter, consolider et restituer les informations de manière fiable, réactive et sécurisée.

Mon travail actuel pour la collectivité territoriale, est plus fonctionnel, en relation étroite avec les différents services. Pour reprendre les mots de mon responsable :

« Nous contribuons à apprécier et à améliorer l’utilité sociale de nos politiques. L’objectif étant de mieux assumer nos responsabilités en répondant plus et mieux aux besoins économiques, sociaux, écologiques, éducatifs et culturels des habitants du département ».

• Selon toi, en quoi la business intelligence est un aspect stratégique dans la croissance des entreprises ou dans la gestion des collectivités en 2015 ?

En premier lieu elle permet de mieux cibler, comprendre le client. Le Big Data est vendu dans ce sens avec l’analyse massive des données pour cibler spécifiquement les besoins clients.

Néanmoins la BI peut avoir une action beaucoup plus large. Elle permet de créer un référentiel unique de données (c’est l’urbanisation des systèmes d’informations). La BI peut également décentraliser et répartir l’information entre les utilisateurs et les services. En croisant ces données des nouvelles possibilités peuvent émerger. On peut inventer des produits, améliorer les processus, optimiser la chaine logistique, fluidifier l’information etc.

Néanmoins, dans la réalité on est encore très loin de cet état. 70% des entreprises font de la BI qu’autour de la finance, notamment pour transformer leurs tableaux Excel financiers en rapports automatisés. 20% en font en plus pour gérer le reporting RH. Enfin une minorité essaie de sortir de ces pratiques pour en faire un véritable outil transversal, là où prend enfin tout le sens du décisionnel.

Alors oui cela devrait être un aspect stratégique, d’autant plus avec l’avènement de la data visualisation, des data scientists, du big data etc. Mais je pense que cela le sera plus à moyen terme, j’espère d’ici deux-trois ans.

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• Sortons un peu du domaine de la BI. Selon toi, quelles compétences faut-il pour réussir dans le domaine digital ?

Au minimum il faut être passionné. Avoir l’esprit « geek » de s’intéresser à tout, tout le temps. Le digital accélère le processus de création. Les technologies naissent chaque mois, des start-up proposent des nouvelles solutions, les géants recrutent des ingénieurs brillants, innovent et rachètent en permanence. Quand on s’intéresse à ce monde, il y a des possibilités, des opportunités sans cesse nouvelles. Je conseillerais de survoler tous les thèmes technologiques mais de se spécialiser dans seulement un ou deux domaines. En ce moment les sujets porteurs sont le big data, l’internet des objets, l’économie collaborative ou encore les imprimantes 3D.

La deuxième idée est la compétence technique. Même si vous avez de l’argent ou un très bon réseau, il faut s’intéresser un minimum à la réalisation technique de votre idée. Dans le domaine du e-commerce, qui commence à être un domaine stable je conseillerais d’acquérir des compétences pour créer des sites, être bien référencé et savoir travailler l’image.

Pour des projets plus innovants, rien ne vaut le fait de se plonger dans le code, facilité par les nombreux tutoriaux du web, et surtout à utiliser des langages populaires et récents. Chaque domaine nécessite une compétence technique et il est nécessaire de faire une petite étude de marché avant de vous propulser directement sur la première technologie qui passe. Par exemple pour les applications web le Ruby on Rails ou le framework play 2 sont préconisés.

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• Quel est ton rapport à entrepreneuriat ?

Mon Bachelor en école de commerce a eu l’avantage de casser le mythe de la création d’entreprise. J’avais tendance à considérer l’entrepreneuriat à travers les Steve jobs, Xavier Niel avec un mélange de génie, des réussites éclatantes, du courage et du culot. Mais en réalité pour 99% des entrepreneurs, c’est une idée qui rencontre un marché, de l’organisation et beaucoup beaucoup de travail derrière. J’ai aussi appris que pour un jour un réussir il fallait avant tout essayer, se remettre en cause et parfois, même souvent, accepter d’échouer pour pouvoir progresser.

• Parle-nous de tes projets start-up.

Il y a eu dans un premier temps des petits projets assez courts avec la seule ambition d’essayer. Par exemple, j’ai créé un blog sur le développement personnel numérique, que j’ai fini par abandonner faute de temps car c’est un sujet qui demande une veille considérable. Le sujet était de savoir comment les nouvelles technologies reconsidèrent notre façon d’être, de communiquer, de penser et surtout comment s’en servir.
J’ai également développé un réseau social de voyageur Tripsid pour partager sur la route ses bons plans et découvrir d’autres voyageurs. Le projet était intéressant mais impossible à réaliser car avec mon associé de l’époque on était en plein voyage et dans des pays différents.

Et puis il y a eu Mivi, un réseau social sans publicité qui permettait de créer des e-bibliothèques de ce que l’on aime (musiques, images, textes, vidéos). Celles-ci pouvaient être privées, partageables, publiques et collaboratives. C’était un mélange de Dropbox, Facebook, Pinterest et d’un gestionnaire de favoris. Mais en 3 ans le marché à évolué très vite et les fonctionnalités au cœur de Mivi sont progressivement apparues chez les réseaux concurrents. A 25 ans, pour mon premier projet IT, j’ai voulu créer un réseau social, sans investisseurs, sans réelle équipe… Le projet était utopiste, le résultat trop amateur et sur internet cela ne pardonne pas. J’aurais dû me confronter plus tôt à des investisseurs, à démarcher une équipe, je pense que cela m’aurait aidé à ciseler le projet et à définir un business plan à court terme.

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• Sur quel projet travailles-tu actuellement ?

Je co-développe un site de e-commerce auquel je crois beaucoup : www.temps-dun-rasage.com. Avec mon associé, nous prônons un retour au rasage traditionnel car nous sommes convaincus que les hommes doivent prendre soin de leur peau. L’art du rasage traditionnel s’est perdu au fil du temps, mais revient en force aujourd’hui… et pour cause, cette pratique a tout pour plaire : un rasage au plus près, plus écologique, bien meilleur pour la peau et même plus économique car les recharges de lames ne coûtent presque rien ! A travers notre site, nous travaillons à rendre ce rituel simple et accessible à tous, avec notamment l’accès gratuit à des guides complets, des vidéos de démonstration et un contenu riche.

Je développe un autre projet mais de moins grande envergure : www.newscomments.net. Il a pour vocation de centraliser les commentaires de tous les journaux en ligne avec l’objectif de faire des commentaires un média à part entière. Comment les internautes réagissent à une actualité ? Comment les gens réagissent suivant le média ? Comment valoriser les meilleurs ? C’est un projet plus technique, toujours en développement et j’espère le sortir en février.

• Que retiens tu de toutes ces expériences ?

Pendant longtemps j’ai ruminé l’échec, notamment du réseau Mivi, je n’avais plus la même conviction pour créer des projets, ce qui est mauvais car l’entrepreneuriat demande beaucoup d’énergie et de confiance. Mais j’ai compris quelque chose… Je vais reprendre et déformer les mots d’un très grand livre que j’ai lu récemment et qui est en phase avec ma vision de l’entrepreneuriat. Il s’agit de La Horde du Contrevent de Alain Damasio :

« Notre grandeur, notre probité, elles se sont construites par le chemin, dans ce combat qu’on mène pour réussir ! Le combat vaut par lui-même, indifféremment du but. Le but est dans le chemin. »

Pour moi c’est exactement cela, on grandit dans le chemin, l’objectif ultime n’est que la conséquence du chemin parcouru. Et ce chemin quelque soit l’issue nous grandit. Ma personnalité et mes compétences se sont construites dans mes projets, et même si je n’ai pas eu pour le moment la réussite financière ou publique, je sais que mon travail actuel est dû à mes expériences. Je sais aussi que j’ai pu développer mes projets actuels car je me suis servi des compétences acquises lors de mes précédents projets. Si cela venait à marcher je sais que je le devrai à ces « échecs ».

Next_icon_status A suivre…
Rendez-vous ICI pour la suite de cet entretien, consacrée au développement du projet www.temps-dun-rasage.com

 

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