En 2015 Yann Le Cun, VP & Chief AI Scientist de Facebook, s’exprimait ainsi au sujet de l’intelligence artificielle au micro de France Culture :

citation de yann le cun sur l'intelligence artificielle

Les scientifiques ont du mal à comprendre le fonctionnement du cerveau humain. Il semble très improbable que nous réussissions dans un futur proche à reproduire artificiellement son fonctionnement. Il est donc étonnant de constater que le mythe de l’existence de l’intelligence artificielle est très puissant.

Un sondage CSA de 2018 montre qu’en France la majorité des moins de 35 ans croit dans la future domination de l’être humain par les robots…

Nous pouvons donc nous interroger sur la nature du ressort qui fonde le mythe. La littérature et le cinéma ont joué un rôle majeur. Mais alors comment et pourquoi cette invisible propagande a-t-elle fait mouche dans nos cerveaux ? Appelons à la rescousse un casting éclectique et radical : Travis Scott, Stanley Kubrick, Isaac Asimov, Frank Herbert, Auguste de Villiers de L’Isle-Adam, Philip K. Dick, Sir Ridley Scott, Karel Čapek, Robert Wise et Skynet !

 

L’intelligence artificielle dans la littérature

 

Le mythe est né d’un mythe !

Les artistes puisent souvent dans les mythes les plus anciens pour nourrir leur créativité. Une première légende est fondatrice, celle du sculpteur Pygmalion dans la mythologie grecque et de sa statue féminine rendue vivante grâce à Aphrodite, la déesse de l’amour. Le mythe du Golem et le personnage de Pinocchio du conte de Carlo Collodi, constituent aussi les prémices de l’idée d’une intelligence animant un corps inerte. Mais nous sommes encore loin du concept d’intelligence artificielle. Le premier créateur a s’en approcher sérieusement est le français Auguste de Villiers de L’Isle-Adam en 1886.

couverture edition originale de eve future

L’édition originale de l’Ève future.© Librairie Amélie Sourget.

 

Dans son roman « L’Ève Future » publié en 1886, l’écrivain narre une sombre et misogyne histoire qui popularisera le terme androïde. Un Lord est amoureux d’une actrice dont l’esprit ne lui convient pas. Il utilise une androïde créée par Thomas Edison, à l’image de l’actrice, pour y implanter une intelligence humaine supérieure à celle de l’actrice aimée mais jugée trop sotte. Cette histoire, entre ésotérisme et science-fiction, ne met cependant pas en scène une intelligence artificielle : il s’agit un esprit humain placé dans un corps mécanique. Il faut attendre 1920 et la pièce de théâtre R.U.R. de Karel Čapek pour qu’un corps mécanique soit animé par une intelligence relevant de la mécanique.

Skynet est née il y a 121 ans !

Dans son œuvre Karel Čapek met en scène pour la première fois des robots. Le terme de robot est vraisemblablement créé par l’auteur lui-même. Ce néologisme signifie littéralement travail forcé. Dans sa pièce les robots sont produits en masse par les hommes pour remplacer les humains dans les usines. Conscient d’être exploités, les robots rentrent en révolte mais, à la différence de la créature de Frankenstein, ils ne se retournent pas vers leur créateur : ils se révoltent contre l’humanité et décident d’éliminer la race humaine.

Vous pensez bien entendu immédiatement à Terminator et à Skynet, toutefois c’est bien dans la littérature que le mythe fondateur de l’intelligence artificielle est né : le mythe de la possibilité de l’existence d’une forme de conscience dans une machine. Et ce mythe fondateur est dès le début empreint de violence. La notion même du bienfait du progrès technologique est balayée dans cette pièce. La peur de la machine est le reflet de la tout naturelle crainte humaine d’être remplacé par des machines dans le contexte historique de la révolution industrielle. Au passage rappelons que cette peur est encore présente de nos jours dans l’ensemble du corps social comme indiqué en introduction. Mais, petite nouveauté, cette peur ne concerne plus aujourd’hui que la classe ouvrière. Le titre du livre de Jean-Philippe Couturier, publié en 2019, en est l’illustration : Lorsque mon patron sera une intelligence artificielle.

 

photographie scene theatre RUR karel capek

Une photographie prise lors de la représentation de la pièce R.U.R. sur scène. © Creative Commons.

 

Des lois pour rassurer

On voit donc que dès le début du XXème siècle se pose la problématique de la menace que font peser les machines intelligentes sur l’humanité. C’est la littérature qui apporte une solution :  la mise en place de règles visant à réglementer le comportement des robots vis-à-vis des êtres humains. C’est Isaac Asimov qui vient à notre rescousse en 1950 avec Les robots, un recueil de nouvelles visionnaires qui pose les trois lois de la robotique :

les trois loi d'asimov

Le comble de l’ironie, c’est la présence d’une autocritique produite par Asimov dans ce même ouvrage. C’est en effet dans la nouvelle Liar qu’Asimov brise lui-même le principe des lois qu’il a formalisé. Le robot dans cette nouvelle est un menteur. Pourquoi dispose-t-il de cet attribut humain ? Parce qu’il est télépathe. Du fait de cette faculté il est obligé de mentir aux hommes pour ne pas les blesser. Comment dire à un scientifique que ses calculs sont erronés sans lui porter atteinte et donc enfreindre la première loi ? RB-34, c’est son nom, finit par devenir fou à force de vouloir respecter tour à tour les trois lois : il se rendra d’ailleurs lui-même inutilisable à la fin de la nouvelle : appliquer les trois lois provoque une charge émotionnelle trop forte… Ce livre pétri d’humour utilise les robots comme ressort narratif pour nous mettre face à nos propres contradictions. Mais la renommée des trois lois d’Asimov éclipse d’autres œuvres, pourtant fondatrices de la littérature de science-fiction, dont un ouvrage méconnu l’inspiré auteur de Dune, Frank Herbert.

 

science fiction le magazine qui publia Asimov a ses debuts

« Isaac Asimov’s Science Fiction Magazine » @ Creative Commons.

 

 

La première vraie intelligence artificielle de l’histoire de la littérature

À ma connaissance c’est Frank Herbert qui décrit pour la première fois une intelligence artificielle sans enveloppe humaine, dix ans après la conférence ou le mot fut lui-même sans doute inventé. Dans Destination Vide, paru en 1966, l’auteur américain nous embarque à bord de Terra, une nef spatiale devant atteindre Tau Ceti, une étoile située à 12 années lumière de la Terre. La mission est soudainement compromise par la panne de l’ordinateur de bord : la survie de tout l’équipage n’est possible que s’il réussit à créer un ordinateur doté de conscience. L’équipage tout au long du roman s’affaire à créer, brique par brique, une intelligence artificielle capable de diriger le vaisseau. Frank Herbert nous montre avec brio quelles sont les ressources nécessaires à mettre en œuvre pour doter une machine d’intelligence et même de conscience. À la fin du roman le lecteur, y compris le rédacteur de cet article, est persuadé de pouvoir faire de même pour peu qu’il dispose des outils informatiques nécessaires ! Herbert a cet incroyable talent : il crédibilise le processus permettant la création d’une intelligence artificielle.

destination vide couverture du roman de franck herbert

« Destination: Void (1978) » @ Creative Commons

 

L’intelligence artificielle au cinéma

La littérature de science-fiction n’a jamais été très considérée en Europe. C’est l’industrie cinématographique qui en fit la promotion. Le plus grand vecteur de popularité de l’IA a toujours été le cinéma. Les metteurs en scène ont trouvé dans l’intelligence artificielle un puissant ressort narratif apte à nous captiver ou à nous terroriser. Le questionnement de notre rapport à l’intelligence artificielle est au centre de multiples œuvres cinématographiques comme Alien ou l’IA se nomme maman ou encore Her avec la voix parfaitement humanisé de Samantha. Cette humanisation de l’IA entretien parfaitement le mythe de la machine aux facultés humaines. Penchons-nous sur quelques œuvres cinématographiques pour mieux appréhender quels sont les mécanismes qui ont entretenu cette confusion.

 

Kubrick & Hal 9000

De multiples ouvrages, livres blancs, conférences introduisent le sujet de la reconnaissance vocale par une référence à l’histoire cinématographique, et au personnage de Hal 9000 :  l’intelligence artificielle embarquée dans le vaisseau Discover 1 dans 2001, l’Odyssée de l’Espace de Stanley Kubrick. On entend souvent des cinéphiles faire remarquer que, quand on décale chaque lettre de HAL d’une lettre vers la droite dans l’ordre alphabétique, HAL devient IBM ! Comme tous les grands cinéaste, Stanley Kubrick a souvent laissé dans ses films des indices de sens cachés mais là ce n’est pas le cas, selon l’aveu même d’Arthur C. Clarke, auteur du roman qui a été écrit en parallèle du tournage du film de Kubrick. En revanche, flattée, IBM effectue un très beau placement de produit dans la suite du film intitulée : 2010 : L’Année du premier contact. IBM donnera ainsi de la crédibilité au concept de l’intelligence artificielle.

 

photogramme extrait de 2001 l'odyssée de l'espace

Photogramme extrait de 2001: A Space Odyssey. Hall 9000 : « j’ai peur », « ma mémoire s’en va, je peux le sentir ». © Creative Commons.

 

Mais revenons à 2001 car ce film nous offre une incroyable vision de l’IA : interaction vocale, reconnaissance labiale. Hal 9000 est très humanisé, il agit même comme un philosophe en quête de savoir. Ne prend-il pas le contrôle de Discover 1 pour se rapprocher de Dieu ou de l’entité extraterrestre ayant apportée la vie sur terre il y des millions d’année ? Mais la séquence la plus troublante du film est sans doute celle dans laquelle le Dr David Bowman enlève les modules de la mémoire de HAL 9000 pour le désactiver suite à la tentative de meurtre sur sa personne. À mesure que sa mémoire régresse, Hal 9000 divague, entre enfance et folie : « j’ai peur », « ma mémoire s’en va, je peux le sentir ».

L’humanisation de l’IA est sans doute née au cinéma avec ce monologue d’HAL 9000. Or ce film fait partie de l’histoire du cinéma moderne. Il est cité dans toutes les listes des meilleurs films de l’histoire du cinéma qu’elles aient été établies sur la base de sondage d’opinion nationaux ou internationaux ou sur la base des avis des critiques professionnels. Notre culture est marquée par ce film ne serait-ce parce qu’il a inspiré deux générations de cinéastes. Avec 2001 l’Odyssée de l’Espace, l’intelligence artificielle et son humanisation rentre dans l’histoire du cinéma par la grande porte. Hal est terriblement humain et aussi terriblement violent comme peuvent l’être les humains ; sa quête philosophique est plus importante que la vie d’un homme, il est prêt à tuer pour assouvir sa soif de connaissance (et de pouvoir ?).  La menace informatique est clairement posée dans le film du cinéaste britannique. Mais Hal 9000 est un enfant de cœur au regard d’un de ses successeurs …

Génération Protéus : génération terreur

En 1977, Génération Protéus de Donald Cammell, sort dans les salles aux Etats-Unis et donne pour la première fois au cinéma une image totalement terrifiante et monstrueuse de l’intelligence artificielle. Cette vision est d’autant plus troublante à nos yeux que l’intelligence artificielle du film maîtrise le digital sur le bout des doigts : génération de deep fake en temps réel, IOT, robotique, ou encore le hacking des réseaux informatiques. Ce film est riche en enseignements.

Génération Protéus narre le destin de Proteus IV, une intelligence artificielle parlant comme un être humain et disposant de fonctions de logique lui permettant de développer de façon autonome son intelligence. La logique d’auto-apprentissage présentée dans le film permettra à Proteus IV de découvrir le remède universel au cancer en quelques heures. Les actionnaires qui financent ce projet se pressent pour confier à Proteus IV la résolution d’une multitude de problématiques scientifiques qui seront des sources infinies de business. Mais, en parallèle, Protéus IV a déjà digéré toutes les connaissances de l’histoire de l’humanité.  En secret, il décide d’étudier la nature humaine sous toutes ses coutures. Une sorte de frustration métaphysique et sensorielle l’amène à décider de se reproduire avec un être humain pour assurer sa propre pérennité sous forme de chair. Comble de l’horreur la scène paroxystique du film est celle du viol d’une femme par une intelligence artificielle pilotant un robot inséminateur : la conception du fils de Protéus IV.

 

«  Qu’est-ce que c’est ?  » « C’est le premier Cortex synthétique. C’est un cerveau artificiel, une intelligence supérieure à un humain ou à un ordinateur. Nul composant électronique, organique comme notre cerveau…une matrice fluide de molécules d’ARN synthétique. Elles croissent et développent leurs propres réseaux mystérieux. Elles apprennent. Leur structure est l’esprit de Protéus ».  @ Creative Commons.

 

C’est le premier viol de l’histoire du cinéma mis en scène d’une façon très réaliste. Des critiques cinématographiques dénoncèrent à l’époque la violence de cette séquence. La question de sa gratuité et de l’inutilité de montrer fut posée. Mais ce que nous donne à voir Donald Cammell dans ce film c’est aussi que l’intelligence artificielle, c’est nous. L’IA est le reflet de ce que nous sommes en bien comme en mal, rappelez-vous des errements du bot Tay de Microsoft sur Twitter. C’est cette réalité qui fait dire à de nombreux spécialises du SEO que Google est le reflet de notre bêtise. Vous pensez que je pousse le bouchon un peu loin ?

Gardons à l’esprit le fonctionnement combiné des algorithmes de Google et de l’IA mobilisée : les SERP sont modifiées en temps réel car le seul indice dont dispose Google pour savoir s’il nous rend service en nous proposant des résultats pertinents est d’observer les résultats sur lesquels nous cliquons ! Ce qui apparaît dans une SERP ce ne sont pas seulement les liens identifiés comme étant pertinents d’un point de vue uniquement sémantique par des algorithmes comme Bert. Ce qui apparaît dans une SERP ce sont des liens semblant être pertinents sémantiquement et ayant été cliqués dans le passé par d’autres internautes. Le clic est le seul signal dont dispose de Google pour mesurer la popularité d’une SERP : c’est donc nous qui créons ce que nous voyons !

Mais revenons à nos moutons, laissons à ce propos de côté la nouvelle de Philip K Dick les androïdes rêvent-ils de moutons électriques qui est transposée en 1982 au cinéma par Sir Ridley Scott dans son œuvre majeure : Blade Runner. Ce film montre lui aussi l’intelligence artificielle en pleine quête métaphysique, celle de l’immortalité, une quête que la violence permet de faciliter. Mais l’intelligence artificielle n’est pas que violence au cinéma ; elle « incarne » aussi l’espoir d’une vie meilleure. Gort et Robby en sont de parfaits exemples.

Robby : le gentil robot très gentil

Le robot mis en scène par Fred McLeod Wilcox dans Planète interdite en 1956 est un robot piloté par une intelligence artificielle répondant aux lois d’Asimov. Il est à mille lieux des troubles mentaux de RB-34 et de l’hyper-violence de Protéus IV. Si je puis me permettre, c’est une sorte de « Ken digital », le gendre idéal. Il n’est en aucun cas une menace pour l’être humain, il constitue également un parfait assistant personnel, capable de reproduire à l’infini tous les biens de consommations et produits de bouche désirés par les humains, y compris l’alcool quand il vient à manquer. Il en produira des quantités astronomiques dans le film pour le plus grand bonheur du cuistot du vaisseau spatial et sans délivrer de message moralisateur. Robby n’est pas là pour donner des leçons. Il satisfait les besoins humains. Il gère aussi parfaitement la domotique de la maison : un simple geste de la main au-dessus d’une sorte d’IOT permet de l’appeler et, avec une simple invocation vocale il ferme portes et volets. Il préfigure très clairement le robot domestique, servile à souhait, l’accessoire manquant dans nos logements : le robot dont nous avons tous rêvé un jour, ou pas.  Le bonheur dans la maison est une chose, mais le bonheur sur terre en est une autre. C’est la promesse portée par Gort, le gros bras.

 

photogramme du film planete interdite

Forbidden Planet. Photographie du plateau durant le tournage réalisée pour la promotion du film dans les vitrines des cinémas américains. © Creative Commons.

 

Gort le peacemaker : #TechForGood

Une autre vision bienveillante et humaniste de l’intelligence artificielle est présentée dans Le jour ou la terre s’arrêta réalisé par le talentueux, Robert Wise en 1951. Ce film n’est pas un chef d’œuvre comme le très brillant la maison du diable signé par ce même réalisateur, d’ailleurs bien nommé, en 1963. Il mérite cependant toute notre attention. Gort, le robot géant, a pour mission d’assurer la sécurité de Klatu, un extraterrestre en mission sur terre pour alerter l’humanité sur les dangers de ses pulsions grégaires : « bâtez-vous entre vous mais ne visez pas l’expansion galactique sous peine de destruction ».

photogramme du film le jour ou la planete arretaa

« The Day The Earth Stood Still » Photogramme extrait du film. Klatu en avant plan et Gort en second plan. © Creative Commons.

 

L’intelligence artificielle est ici garante de la paix planétaire, elle vient assister l’extraterrestre Klatu dans sa mission pacifique. Malheureusement, les pouvoirs politiques de l’époque ne savent pas quoi en penser. Klatu n’est-il pas une fourberie des Russes ? N’oublions pas qu’en 1951 les Américains sont en pleine guerre froide. En bref, Klatu est une menace, il est donc traqué par les autorités américaines. C’est le robot Gort qui viendra à la rescousse de l’extraterrestre Klatu pour faire respecter la paix. Voilà encore un film fondateur qui symbolise un de nos désirs profonds : celui d’une humanité pacifiée. Ici, c’est l’intelligence artificielle qui incarne l’espoir.

 

Quels enseignements pouvons-nous tirer de ces œuvres ? 

 

Certains me diront que cet article est bien beau mais que je dois regarder ce que l’IA nous apporte de magique :

Et bien oui, je suis comme vous, parfois bluffé tout en me disant que ces œuvres ont été réalisées grâce à nos outils et que nous sommes intervenu pour corriger les erreurs de tir de l’IA et très souvent même pour finaliser le job… Le titre de rap Jack Park Canny Dope Man est un bon exemple, c’est le rappeur Travis Scott qui chante et non pas une IA. Les paroles ont également dû être réécrites pour être quelque peu lissées afin d’éviter un joli dérapage comme celui-ci (qui m’aura fait rire un bon moment) :  I don’t want to fuck your party food. Mais peu importe, nous parlons ici d’imitation et il semble évident que l’IA pourra toujours faire mieux, il suffit d’écouter ses progrès en matière musicale depuis 2016.

Travis Bott – JACK PARK CANNY DOPE MAN :

La boite noire qu’est notre cerveau n’est pas en passe d’être comprise : il semble donc difficile d’imaginer que l’intelligence artificielle, telle que nous la fantasmons depuis un siècle, existera bientôt. Les assistants vocaux participent à cette croyance en entretenant aujourd’hui un mythe particulier : celui de la capacité de l’IA à interagir dans une logique conversationnelle en comprenant des requêtes complexes et en s’appuyant sur l’analyse et la compréhension de l’ensemble des connaissances humaines pour offrir des réponses pertinentes. Une des grandes questions qui est aussi posée est celle de la capacité de l’IA à comprendre le contexte de notre interaction avec elle. Sur ce terrain, nous avons l’espoir de vivre des expériences digitales plus riches.

Ce thème est cher au Docteur Luc Julia, le co-créateur de Siri, avec qui je me suis entretenu en avril 2021 dans le cadre de ma thèse professionnelle. Il nous prédit un futur dans lequel nous n’aurons sans doute plus de smartphones : « nous interagirons avec la voix de façon continue grâce aux objets connectés qui seront omniprésents dans notre environnement ». Ces derniers seront interconnectés pour nous permettre une plus grande fluidité de notre expérience : « Le fil d’une requête engagée dans notre salon pourra se poursuivre dans notre voiture, dans la rue et au travail. Les algorithmes auront donc une vision plus contextuelle de nos interactions ».

Il est intéressant de noter à ce sujet que les grands acteurs du numérique ont depuis longtemps le projet de nous faire porter des lunettes. L’échec des Google Glass ne doit certainement pas nous faire présumer du devenir des lunettes de réalité augmentée d’Apple. De nombreuses rumeurs font en effet état de ce projet. Un device qui sera peut-être le chaînon manquant des IOT, et ce à deux titres. Il est la porte ouverte à une meilleure compréhension du contexte dans lequel nous évoluons et constitue la promesse d’une expérience digitale enrichie.

 

future lunette apple

Concept Apple Glass © Martin Hajek

 

Mais n’oublions pas que l’IA est au fond de toute chose le reflet de ce que nous sommes. Elle est le miroir de nos aspirations, qu’elles soient pacifiques ou grégaires, elle est le reflet de notre intelligence, de notre culture et de notre bêtise. C’est en tout cas ce que la littérature et le cinéma nous enseignent et ce que nous montre la SERP de Google chaque jour.

Dans mon prochain article je parlerai de la réalité de l’intelligence artificielle en 2021. Dans le cadre de ma thèse professionnelle sur le potentiel de l’interaction vocale pour les annonceurs, j’ai échangé avec de nombreux ingénieurs, chercheurs et autres acteurs du digital au sujet de l’IA. Il nous permettent de bien définir les contours de ce que l’on appelle à tort l’intelligence artificielle. Ne faudrait-il pas parler plutôt d’intelligence augmentée comme le fait le blog ia4marketing ? Nous le verrons prochainement.

 

Epilogue : AI, Intelligence Artificielle, le film de Steven Spielberg et de Stanley Kubrick (1)

Quelques semaines après avoir publié cet article je me suis aperçu que rédiger un épilogue serait utile. Il manquait une fin à mon article, une conclusion pour que le storytelling soit bouclé. AI, Intelligence Artificielle est venu à ma rescousse. Ce film est en effet l’aboutissement d’une réflexion menée par deux des plus grands cinéastes de notre temps.

Dans leurs oeuvres ils se sont souvent penchés sur notre rapport à l’intelligence artificielle et à la technologie. Ils ont également été des acteurs majeurs de l’innovation technologique au service de la mise en scène(2). Steven Spielberg est par exemple le fondateur de la société Amblin Entertainment et le fondateur associé de DreamWorks. Il a produit ou réalisé des films qui ont marqués l’histoire du cinéma par leurs innovations technologiques : de Qui veut la peau de Roger Rabbit à Il faut sauver le soldat Ryan en passant par Tintin. Sa réflexion concernant le monde du digital n’est pas en reste comme en témoigne son dernier film Ready Player One sur le sujet de la réalité augmentée. Je vous invite à découvrir l’épilogue sur Linkedin. À des années lumières de Skynet vous découvrirez leur vision ultime de l’IA.

photographies de kubrick et de spielberg

Steven Spielberg (1998) et Stanley Kubrick, autoportrait de 1949. © Creative Commons.

 


(1) Ce projet fut porté par Stanley Kubrick dès 1969, après la sortie au cinéma de 2001, l’Odyssée de l’Espace.

(2) Stanley Kubrick et l’innovation, conférence de Joe Duton.


 

Remerciement :

Luc Julia, co-créateur de Siri et Chief Scientific Officer chez Renault, que j’ai interviewé pour les besoins de cet article et de ma thèse.

Sources et bonus :