Le 8 mars prochain, ce sera, comme tous les ans, la Journée Mondiale de la Femme et le 9 mars, la cinquième édition de la Journée de la Femme Digitale. A l’heure où nous vivons une révolution anthropologique comme le dit Gilles Babinet, avec un tsunami de technologies 2.0 qui modifient profondément notre rapport à l’autre et au temps, le digital est-il une chance pour les femmes ? Cette 4ème révolution industrielle permettra-t-elle aux femmes de briser le plafond de verre ? Parviendront-elles  à s’imposer dans un univers où de nouvelles valeurs émergent telles que solidarité et partage? 2017 sera-t-elle l’année du changement, celle de l’avénement de la Femme Digitale?

Pour tenter de répondre à ces questions, j’ai tout d’abord souhaité aller à la rencontre d’une des ambassadrices de la Journée de la Femme Digitale 2017, Sandrine Delage, une femme et mère pétillante, bloggeuse, intrapreneur #EnjoyDigitAll et Deputy Head of Digital Services chez BNP Paribas.

Interview de Sandrine Delage

 

Femme Digitale Sandrine Delage JFD17 Ambassador

Sandrine Delage

Vous allez être l’une des ambassadrices de la #JFD 2017. Pouvez-vous nous rappeler rapidement la genèse de cet événement devenu incontournable en quelques années? Pourquoi avoir accepté ce rôle?

Créée à Paris en 2013 par Delphine Remy-Boutang et Catherine Barba en résonance avec la Journée internationale des femmes, la Journée de la Femme Digitale est un évènement inspirant mixant conférences, coaching, cas pratiques et favorisant le networking, le tout dans un format grand public et gratuit.

 

Lançant mon blog Mère et Fille 2.0 en 2013, j’ai grandi avec la JFD en mettant en pratique l’une des idées forces de la JFD à savoir oser. Je suis très heureuse d’en être l’une des Ambassadrices cette année. Participer aux coulisses de ce bel évènement est très enthousiasmant en particulier sur une  thématique universelle #forabetterworld. Ce qui est différenciant à la JFD , c’est que le bien-être et donc l’équilibre personnel/professionnel est toujours au centre des préoccupations, ce qui est assez rare. Et la JFD n’est pas réservée qu’aux femmes ! Le digital est l’affaire de tous, avec la présence d’intervenants défenseurs de la mixité, de l’entrepreneuriat et de l’innovation, comme Guy Mamou-Mani, Gilles Babinet ou encore Stéphane Richard qui sont intervenus dans les précédentes journées.

Quelle est la place de la femme dans le digital aujourd’hui? Les choses ont-elle évolué au cours de ces dernières années et pourquoi?

Le constat est assez alarmant. Un marqueur que j’aimerais partager avec vous et qui ne fait que renforcer ce triste constat : seulement 20 % d’ingénieurs femmes en 2016. Najat Vallaud-Belkacem, lors du lancement de la campagne #lesfillesaussi, a déclaré qu’ :

 

Portrait de la ministre Najat Vallaud Belkacem

Najat Vallaud Belkacem

 

« A ce rythme, il faudrait attendre 2080 pour atteindre la parité entre chercheurs et chercheuses au CNRS en sciences dures et 2075 pour les écoles d’ingénieurs ».

 

 

 

 

Femme Digitale Chiffres Clés

Femme Digitale Chiffres Clés

 

Cela veut dire concrètement que 80% des personnes qui travaillent par exemple sur les  objets connectés, sources d’amélioration de notre quotidien, sont des hommes. Avec une si faible représentation de femmes, le monde qui émerge aujourd’hui est construit selon un prisme masculin. Et c’est donc forcément réducteur de valeur pour la société toute entière.

Les femmes, de par leur double vie personnelle et professionnelle, ont  développé incontestablement une culture plus forte de l’attention et des usages, avec une dimension conversationnelle recherchée dans le monde digital. En d’autres termes, leurs qualités d’écoute, d’empathie et donc in fine l’attention portée à l’autre légitiment leur place.

 

Femme Digitale Portrait de Céline Orjubin

Céline Orjubin

« Cette compréhension de l’attention est au cœur du succès digital« 

comme l’a signalé avec beaucoup de justesse la co-fondatrice de My Little Paris, Céline Orjubin.

 De quelles qualités une femme qui se destine à une carrière dans le digital doit-elle disposer?

Au-delà de l’attention dont je viens de faire état, une femme a une approche centrée sur la connaissance des pratiques et des besoins. Il me semble que c’est un plus dans le monde digital. Cela se matérialise lors des pitchs de start-ups: souvent, son projet nait directement de son vécu concret. J’ajouterais qu’une femme (tout comme un homme) qui s’engage dans la voie du digital ne doit pas nécessairement être issue des plus prestigieuses écoles d’ingénieurs ou de commerce mais avoir de l’audace, être passionnée et elle doit apprendre à construire/cultiver ses réseaux (ce que les hommes font naturellement très bien).

Comment le digital révolutionne-t-il le monde et le rôle de la femme dans la société?

Incontestablement le digital a changé le rapport au monde. La mise en relation a été accélérée, nous sommes entrés dans un monde « peer to peer » grâce aux réseaux sociaux dans lequel la valeur fondamentale est la confiance et non plus l’argent. Des tribus émergent qui échangent, se prêtent, se financent entre elles, se conseillent…Le digital a changé la façon d’appréhender le vivre ensemble. Le pouvoir s’est totalement décentralisé ; désormais nous fonctionnons et vivons en réseaux. Le digital c’est bien plus qu’une révolution technologique ; c’est une révolution anthropologique.

C’est donc une opportunité pour tous ceux qui avaient moins de facilité à exprimer leurs voix. Beaucoup de femmes organisent encore tout ce qui tourne autour de la famille : vacances, activités, achats…Aujourd’hui elles peuvent gérer à distance en multi-tâches. Le digital leur a ainsi permis de libérer du temps et aussi leur parole, améliorer leurs réseaux, augmenter leur cercle d’influence.

Si l’on en croit les dernières lignes de cette interview, il s’agit davantage d’ un message porteur d’optimisme et signe de progrès pour les femmes. La révolution digitale est-elle en train de changer la place de la femme dans la société, notamment à travers l’accessibilité des femmes à des postes d’influence?

La révolution numérique marque-t-elle la fin du plafond de verre?

Pas si sûre car malheureusement, force est de constater que dans le numérique,  il y a encore 10 % d’écart de rémunération entre les hommes et les femmes.  Et même si le tournant du numérique ne s’imagine pas sans diversité, les effectifs sont encore majoritairement masculins avec 27% de part de femmes dans le monde du numérique comme le confiait Delphine Remy-Boutang lors de la conférence Financi’elles le 31 janvier dernier. Le pourcentage de femmes dans les écoles d’ingénieurs est également faible, comme le soulignait Sandrine Delage lors de son interview. S’ajoute enfin le manque de reconnaissance qui pousse souvent les femmes vers d’autres secteurs.

 

Femme digitale infographie chiffrée

Femme digitale infographie chiffrée

On se rend compte que les stéréotypes à l’encontre de la gent féminine ont la vie dure dans la sphère professionnelle. Ils entretiennent de nombreuses inégalités. Même la publicité semble encore être un terrain favorable à la diffusion de stéréotypes. Ce qui a justifié en fin d’année dernière, comme le montre la vidéo ci-dessous,  l’organisation d’un colloque avec la Ministre Laurence Rossignol et le réseau « Toutes femmes, toutes communicantes » de Communication & Entreprise, avec un atelier de créativité pour une communication non sexiste.

 

Charisme, combativité, confiance en soi et sens de l’action seraient le propre de l’homme tandis que créativité, rigueur, écoute et empathie relèveraient davantage des compétences féminines. Alors que les premiers attributs permettraient d’occuper une fonction de leader, les seconds seraient surtout associés à des fonctions d’assistance ou d’appui. Pour faire simple: l’homme Manager aux manettes de la stratégie  et la femme Assistante à l’écoute, diplomate, et organisatrice

Comment lutter définitivement contre les stéréotypes?

Pour déconstruire les stéréotypes, au-delà d’une nécessaire prise de conscience et de changement de mentalités , il faut agir à trois niveaux :

  • au niveau de l’organisation, promouvoir une vision, une volonté interne d’aspirer à plus de diversité, source d’efficience. Cela n’est plus à prouver, l’équité des genres est porteuse en termes de productivité et de performances économiques ;
  • au niveau de l’équipe avec la mixité qui conduit à de meilleurs résultats en raison de la multiplicité d’idées, d’approches et de styles, conduisant à plus d’innovation;
  • au niveau individuel, faire en sorte que les femmes qui atteignent les sphères du pouvoir, trop souvent victimes d’une forme de masculinisation  et quelquefois hostiles envers leurs homologues, adoptent des logiques distributive et intégrative.

Quid de la femme digitale 2017?

Si du chemin reste à parcourir pour briser le plafond de verre et renforcer la parité dans le digital, l’espoir est bien là et le secteur du numérique montre l’exemple. En atteste la première promotion d' »Ambition féminine »de la Web@cadémie en France lancée par Microsoft France, Zup de Co et Epitech. Comme le dit Sophie Viger, Directrice de la Web@cadémie,

 

Femme Digitale Sophie Viger à la Soiree du Numerique

Sophie Viger

«  Le  manque de parité  dans le milieu du web est aussi un handicap pour l’économie et pour le code ». Plus de diversité enrichirait la production.  « Les femmes étant câblées différemment, elles peuvent apporter autre chose, comme davantage documenter le code. C’est la même chose dans le milieu de l’Intelligence Artificielle, qui n’évolue qu’avec 5% de femmes, alors qu’elles pourraient apporter beaucoup ».

 

 

On le voit : les lignes sont en train de bouger, avec des messages mais aussi des actions concrètes.

 

Paris Pionnières

 

Jamais Sans Elles

Paris Pionnières, l’incubateur au féminin lancé en 2005, en est une belle illustration. Ce qui est également bon signe, c’est que plein d’acteurs ne veulent plus participer à des événements 100% masculins et se sont regroupés sous le mouvement #JamaisSansElle.

 

 

 

Pour conclure : cassons les codes!

 

Femme digitale 2017

Le digital a le pouvoir d’accélérer le progrès pour l’égalité femmes/hommes. A l’heure où la majorité des métiers de demain n’existe pas encore, il est crucial que les femmes s’approprient ce nouveau secteur pour être présentes à l’avenir. C’est donc une opportunité pour les femmes, d’une part avec l’émergence de nouvelles compétences mais aussi grâce au soutien d’hommes emblématiques. N’oublions pas que les pionniers du numérique étaient en réalité des pionnières, à l’instar de Margaret Hamilton. Les femmes doivent donc retrouver leur place originelle dans l’écosystème digital et casser les codes. Plutôt que de chercher à s’adapter à un modèle conçu par les hommes pour les hommes, elles doivent créer l’entreprise de demain et pourquoi pas inspirée de l’entreprise libérée. Pour reprendre des valeurs forces des fondatrices de la JFD,  « Osez » et « Innovez » mesdames!