Comme une « super » boutique, le site web de la marque de luxe se doit à la fois de porter haut et fort la marque en tant que telle et de poursuivre la part de rêve inhérente au luxe. Le site doit donc pouvoir rendre l’expérience de navigation inoubliable tout en proposant des services d’une qualité irréprochable, à l’image du prestige de ses produits.

Véritable vaisseau amiral online de la marque, les marques investissent de plus en plus dans leur flagship digital. Louis Vuitton, Yves St Laurent, Chanel ou Burberry proposent des sites web très remarqués dans le secteur, par leur réussite dans l’alliance entre luxe et digital, à l’origine de nombreuses best pratices. En France, Guerlain en novembre 2013 et Lacoste en août 2014 comptent parmi les plus beaux exemples récents de sites à la fois lucratifs et immersifs.

Quelles spécificités pour les marques de luxe sur internet ?

Des clients new technology addicts

On sait les acheteurs de produits de luxe exigeants, informés, pressés. Ils sont aussi « connectés ». Ils disposent en effet d’une multitude d’appareils connectés, ordinateur (50%), smartphone (18%) ou tablette (22%). 99% utilisent internet tous les jours ! New technology addicts, ils utilisent davantage internet que la moyenne nationale et sont suréquipés en appareils technologiques.

Adhésion au luxe sur internet

On sait à quel point il est compliqué de collecter les données clients en point de vente, notamment en luxe où le procédé peut paraître décalé voire intrusif.  A l’inverse, les internautes trouveront plus naturel de confier ces précieuses informations (e-mail, adresse, préférences…) sur un site marchand ou un programme de fidélité sur smartphone car ces pratiques sont entrées dans les usages d’Internet.

Ce « compte » créé lors d’un achat en ligne permet de pousser des newsletters au client, si possible personnalisées, afin de développer l’usage (nouvelles collections, recommandations) et récompenser la fidélité (ventes privées, chèques cadeaux).

Au cœur du chantier du CRM et axe de développement majeur pour les marques de luxe, la base de données clients permet de retrouver en boutique réelle ou virtuelle ses préférences, sa taille, ses historiques d’achat ou encore retrouver sa Wishlist.

Des acheteurs en ligne réguliers

Les clients « cible » des marques de luxe sont pour la plupart des CSP+ actifs urbains. Ils sont matures sur les nouvelles technologies. Acheteurs en ligne réguliers, ils s’attendent à retrouver les marques de luxe sur internet. Près de 80% des Français disposant d’un revenu supérieur à 4 500 euros par mois achètent régulièrement sur Internet, contre seulement 42% pour ceux ayant des revenus compris entre 1 500 et 2 300 euros.

Encore limitées aujourd’hui les ventes en ligne dans le luxe devraient croître de 20% par an jusqu’en 2015 pour atteindre un montant total de 11 milliards d’euros en France.

 Internet avant achat

Il est également un fait que acheteurs de produits de luxe utilisent internet dans leur processus de recherche. Ils sont 69% à le faire avant de convertir l’achat, que ce soit au travers du site de marque, des comparateurs de prix et surtout via les moteurs de recherches pour 58% d’entre eux (72% dans les pays émergents). Et pourtant, 91% des achats sont effectués en magasin…

Résistance du brick & mortar

Le premier frein à la digitalisation des marques de luxe, c’est la résistance du « Brick & Mortar », les boutiques en dur. Même si les clients luxe sont surreprésentés sur le web et ultra-connectés, le constat est sans appel : ils achètent peu sur le web puisque seuls 9% des achats luxe en France sont effectués en ligne.

Le canal de vente physique conserve un caractère immuable en luxe. Deux principales raisons à cela. Rien ne peut remplacer la dimension plaisir associée à l’acte d’achat luxe en boutique de marque. L’expérience physique directe avec les produits – voir, toucher, sentir – motive 65% de ce comportement. De plus, l’aspect pratique de l’opération – se renseigner sur internet et acheter sans délai en point de vente – est une justification supplémentaire pour 53% d’entre eux.

C’est pourquoi l’un des marqueurs fort de cette clientèle est le ROPO (Research Online, Purchase Offline). Or, si l’on isole le chiffre d’affaires généré par les acheteurs ROPOistes, il est trois fois supérieur à celui de la moyenne du e-commerce classique…

 Besoin de sécurité

Compte-tenu des sommes dépensées, rien ne peut mieux réassurer le client qu’un environnement 100% sécurisé, sentiment encore peu procuré par le web. Et en plus, un client sur trois cherche à se rassurer face à la contrefaçon qui pénalise le secteur.

Clients exigeants

Enfin, n’oublions pas que les clients des grandes maisons de luxe, ne sont pas des clients comme les autres. Ils ont la spécificité de demander le meilleur en termes d’accueil et de services, ce que ne peut pas toujours apporter seule la relation client digitale.

Sources données chiffrées :

Google Think inside & Ipsos, les acheteurs de produits de luxe en France, septembre 2013

Article Healink partners, 28 décembre 2013

 

Comment la marque de luxe répond-elle au défi du digital ?

Pour répondre à cette clientèle aux caractéristiques atypiques, les marques de luxe soignent leur stratégie multi-canal, en capitalisant sur les synergies et complémentarités qui existent entre leurs différents points de contacts clients et leurs réseaux de distribution.

Le digital est un « service » dont les marques luxe ne peuvent se dispenser, compte-tenu de la facette « connectée » leurs clients. Son premier objectif est de répondre à la demande d’informations de clients ROPOistes. Et c’est devenu un axe de création de valeur : les clients du luxe cross-canal dépensent 2,1 fois plus que les clients non cross-canal et génère des revenus 6 fois supérieurs de par sa plus grande exposition et ses liens plus forts à la marque.

Les marques de luxe ont plutôt raté le train de la première vague du web 1.0. Jusqu’au début des années 2000, le secteur du luxe était traditionnel, quand le digital, moderne, ne semblait pas pouvoir répondre aux codes du luxe. A cette époque, les marques se montraient frileuses face à un Internet qui proposait des bons plans et des sites grands publics au graphisme qui n’avait rien d’onirique, sélectif ou rare.

Avec le web 2.0, la donne s’est inversée en réconciliant deux univers apparemment antinomiques. Déjà, les médias sociaux ont bouleversé la relation entre les cibles et les marques. Mais surtout, le web 2.0 a favorisé l’alliance entre luxe « traditionnel » et digital « moderne ». Il permet de proposer une expérience de marque augmentée à ses acheteurs, et de ce fait renouer avec les codes premiers du luxe. Même si l’expérience en magasin reste la plus forte sur le plan émotionnel, les nouvelles technologies permettent en plus en plus aux sites web de se rapprocher de l’expérience physique.

Maintenant, le site de marque toujours plus immersif dans l’univers propre et sublimé de la marque propose une relation privilégiée, agrémentée de services hauts de gamme qui renouent avec la sélectivité, la rareté. C’est finalement pour elles une façon renouvelée et modernisée de faire leur business !

En jouant la carte du digital, les marques de luxe ont tendance cependant à se démocratiser. De plus en plus, elles proposent des entrées de gammes « accessoires » et « cosmétique ». Sur les sites Web des marques fleurissent les options push d’« achat immédiat » et autres « quick shop ». Certains peuvent penser que le Web tire le luxe vers le bas, d’autres que c’est un effet de bord… il faut y voir surtout une adaptation des marques de luxe à leur temps, et leur capacité à aller à la rencontre de leur clientèle connectée d’aujourd’hui et de demain ! Pouvoir acheter immédiatement un produit d’entrée gamme brandé luxe n’en reste pas moins un service haut de gamme qui n’est pas à la portée de toutes les marques.

Au final, le site web d’une marque de luxe doit donc répondre à plusieurs objectifs en même temps, tantôt complémentaires, tantôt contradictoires :

> Etre LA vitrine de la marque, un flagship digital

> Faire connaitre sa marque, ses produits, ses valeurs, son histoire

> Porter l’image de la marque par un branding très travaillé

> Jouer sur le registre luxe et garantir le positionnement en répondant aux codes (rareté, sélectivité, privilèges, haut de gamme)

> Communiquer vers et avec ses cibles

> Commercialiser ses produits (e-commerce) comme un « super » point de vente

> Apporter des services web et web-to-sore de qualité irréprochable

Parallèlement, le point de vente se nourrit des codes du web : écrans tactiles, hologrammes, vendeurs équipés de tablettes connectées, e-CRM, QR Code, puces RFID… Augmenter l’expérience physique en point de vente permet d’optimiser la vente, la boucle est bouclée.

Une marque de luxe doit proposer aux acheteurs non seulement l’information nécessaire à la maturation et à la préparation de leur achat, mais également des passerelles rapides pour le transformer. Le site rempli donc l’exercice compliqué de faire la synthèse de cet historique, de répondre aux codes du luxe, d’apporter les informations nécessaires, et de générer une relation de marque privilégiée au moyen d’une expérience de marque augmentée. Pour cela, la marque de luxe s’appuie sur un site web au branding immersif et de services premium orientés web-to-store.

 

Le web-to-store, un must pour les marques de luxe

Pour le luxe sur le Web, pour s’adapter aux exigences de ses acheteurs mais aussi pour se démarquer des sites e-commerce ordinaires, un très bon levier est de proposer des services web & web-to-store toujours plus premiums. L’acheteur luxe, dont le réflexe est de rechercher d’abord sur internet, peut ainsi accéder sur le site de marque à des services privilégiés, complémentaires aux produits, l’invitant à se rendre en point de vente s’il ne souhaite pas finaliser son achat en ligne. Ces services « drivent to the store » !

Ces services proposés sur le site Web permettent de construire un trait d’union entre l’univers digital et le réseau physique de distribution. Ils permettent d’offrir un haut niveau de service, et l’attention portée à une clientèle toujours plus exigeante reste le fer de lance des marques. En faisant ce lien, ils permettent d’améliorer l’expérience utilisateur dans le site et plus globalement l’expérience de marque. Ils contribuent à rendre les produits « uniques » et personnaliser la relation de marque. Ce qui finalement est « luxe », en répondant aux codes de rareté, d’exclusivité. Et cela reste « digital », puisque sous-traité directement sur le site web. Et certains services y sont entièrement.

A noter qu’avant tout, le premier service apporté par le site marchand est de proposer une boutique ouverte 24/24h à une cible aux agendas très remplis qui n’a pas toujours le temps de passer en point de vente avant la fermeture, ou encore habitant loin des magasins (province, pays étrangers). C’est aussi une boutique accessible à tous : le site web est un moyen de désacraliser le rapport possiblement intimidant avec l’univers du luxe : pouvoir consulter à l’abris des regards les produits convoités.

En matière de services, dans l’univers du web, les possibilités sont multiples. Un tour d’horizon permet d’identifier les principaux services que les marques de luxe choisissent de mettre en place.  Chacun constitue un outil qui a son niveau contribue à sublimer l’expérience utilisateur en ligne.

Les indispensables services de « base »

Toute l’info : accès direct et intuitif à toute l’information utile, c’est à dire infos pratiques, descriptifs produits techniques, données contextuelles, imagerie branding… et surtout accès à l’ensemble de la gamme, des collections, des univers produits. Et pour les marques, une très bonne occasion de faire du cross-sell ou de l’up-sell ! On peut en voir une très bonne illustration le shop online Chanel Beauty !

Store locator : identifier depuis le web le magasin le plus proche, boutique de marque, distributeur, point de livraison (proposé par la plupart des marques) .

Disponibilité en magasin : vérifier si le produit sélectionné sur le web est disponible dans la boutique près de chez soi par système de géolocalisation (proposé par la plupart des marques).

Livraison gratuite : bénéficier de la livraison gratuite des produits achetés en ligne, à partir d’un montant minimum d’achat. La Grande Epicerie de Paris (Le Bon Marché) livre gratuitement les produits achetés en ligne à partir de 150 euros.

Echange en boutique : échanger au point de vente de son choix le produit commandé en ligne. (proposé par la plupart des marques).

Echange cadeaux : échanger un cadeau offert depuis le site web en boutique. Exemple, service mis en avant sur la boutique en ligne de Tiffany & Co.

Les services « plus » 

Essayage virtuel : du nuancier pour choisir les couleurs, à la cabine d’essayage virtuelle, les marques rivalisent d’ingéniosité pour proposer à leurs clients internautes de tester leurs produits. Exemple : application color shade d’Yves St Laurent, nuancier de teinte maquillage sur le site de Guerlain.

Programme de prêt : tester un produit sélectionné sur internet et le rapporter en boutique (ou le payer !), par exemple pendant 24 heures.

Livraison express : Livraison par coursier d’un produit acheté en ligne dans des délais rapides. Par exemple, Hermès livre une cravate achetée en ligne sous 3 heures.

Gift Card : Offrir une carte cadeaux commandée en ligne pour une séance shopping en boutique. Exemple : Le Bon Marché, « Burberry Gift Card ».

Packaging : proposer un emballage spécifique,ou spécial cadeau, avec possibilité de personnalisation du message. Exemple, Net-à-porter propose trois types d’emballages possibles, packaging basique, packaging signature ou packaging mariage.

Personnalisation produit : possibilité de personnaliser en ligne le standard du produit convoité (couleur, matière, dimensions, accessoires…), voire une personnalisation plus poussée. Par exemple, on peut saisir un texte (son nom, ses initiales) dans le champ dédié du site pour personnaliser sa bagagerie Vuitton commandée.

Services d’aide à la décision d’achat

Wishlist : surfer dans le site, repérer les produits convoités, les mettre de côté dans un espace de sélection dédié pour pouvoir y revenir ou les acheter plus tard. Elle peut être personnalisée par e-CRM. Facilite le processus d’achat en levant les freins. (Proposé par la plupart des marques).

Conseils en ligne : bénéficier de conseils en ligne avant achat, du formulaire de prise de contact au chat direct avec un conseiller en ligne. Exemple : le nouveau flagship de Lacoste propose un chat direct en mode pop-in.

RDV expert : Prendre RDV avec un expert en point de vente, pour bénéficier de conseils en direct sur place avant achat. Sur le site du joaillier Fred, par exemple, l’internaute peut prendre rendez-vous dans la boutique la plus proche.

Personnal Shopper : Réserver sa séance shopping en ligne et bénéficier d’un accompagnement individuel en point de vente avec un conseiller dédié. Par exemple, le Service Personal Shopping du Printemps accueille ses clients dans son salon privé, confidentiel et exclusif.

Services push e-commerce

Mode invité : Ne pas décourager les internautes motivés par l’achat mais pas par la création d’un « compte client », laisser la possibilité d’acheter directement le produit convoité très simplement et sans procédure. Service mis en place dans le flagship de Lacoste.

Recommandations personnalisées : sur la base du e-CRM, et encore mieux pour les clients identifiés via le compte client, le site peut pousser les produits les plus susceptibles de plaire à l’internaute sous forme de recommandations, personnalisées selon l’historique de navigation et/ou des données clients. Chantier stratégique très étudié par la plupart des grandes marques actuellement.

Ventes exclusives : des ventes d’articles en séries limitées uniquement sur le site web aux ventes privées réservées à un panel de clients spécifiques, ces ventes permettent de développer la notoriété de la marque de luxe sur le web et augmenter la performance de son flagship digital.

Services e-commerce on + off

e-réservation : faciliter l’achat en permettant de réserver le produit en ligne, gratuitement et sans obligation d’achat. Puis se rendre en magasin afin de voir le produit et finaliser son achat. Exemple : service proposé dans le nouveau flagship de Lacoste.

Click & Collect : commander en ligne puis retirer l’article dans un magasin de proximité. Ce service permet de garantir la mise à disposition au client en lui réservant un produit du stock. Exemple : service proposé par l’e-store Armani, Marionnaud.

Ces deux services sont des leviers particulièrement intéressants pour les marques, car ils permettent de jouer une influence sur le tunnel de consommation à différentes étapes, tout en proposant un service personnalisé qui améliore la satisfaction client. Ils servent la stratégie de marque en facilitant le processus d’achat. Leur atout est de créer un lien fluide entre commerce et site web, en s’appuyant sur l’interaction entre les deux canaux de vente, envisagés comme complémentaires et non concurrents.

Ils capitalisent totalement sur le comportement des acheteurs luxe majoritairement ROPOistes, dont les nouveaux modes de vie et de consommation évoluent sans qu’ils se posent la question de la frontière entre online et offline. Et leur apportent des réponses concrètes :

> souhait d’immédiateté, pas de délai de livraison

> réassurance par la présence physique d’un vendeur au moment de la finalisation de l’acte d’achat

> impression d’économie réalisée, en l’absence de frais de livraison

> besoin de comparaison et d’expérience physique avec les produits

> praticité, en adaptant son emploi du temps avec les plages d’ouverture du point de vente

Devenus le fer de lance du web-to-store, l’enjeu est de proposer ces services parfaitement intégrés au site de marque et dans l’organisation de l’entreprise, favorisant une expérience utilisateur globalement satisfaisante.

Cette présentation des principaux services web-to-store mis en place par les marques de luxe n’est pas exhaustive. Du reste, les marques ne mettent en place qu’une sélection qui leur est propre. Mais c’est la mise en œuvre de son « cocktail » gagnant dans le site web qui va définir la teneur de la relation privilégiée que la marque veut entretenir avec sa cible. L’objectif est de proposer une expérience particulièrement soignée, qualitative, sans sacrifier aux impératifs d’ergonomie et de rapidité. C’est la valeur ajoutée qui va contribuer à offrir une expérience de marque augmentée, marqueur propre à chaque marque et véritable avantage concurrentiel. Et finalement constituer un facteur clé de succès de son développement stratégique.

L’expérience utilisateur (UX) : la valeur ajoutée site web de marque de luxe

Compte tenu du profil des acheteurs luxe et de la stratégie mise en œuvre par les marques, le site web fédère des objectifs multiples. Afin de conserver une image de prestige et délivrer des services de haute qualité, il est primordial d’offrir la meilleure expérience utilisateur.

Pour les internautes, tous les enjeux et contraintes des marques de luxe doivent être transparents. Pour eux, ce qui compte est de voir un beau site avec un graphisme qui sublime la marque et ses produits, une ergonomie fluide, une navigation intuitive. Pour la marque, il s’agit de proposer une expérience utilisateur qui influence le tunnel de conversion, non seulement en attirant l’internaute dans son univers, mais en poursuivant la séduction jusqu’à l’amener vers ses produits. Et les lui vendre.

Au-delà de la beauté des créations et du savoir-faire artisanal de la marque, c’est le branding au travers du story-telling qu’elle construit qui pousse les consommateurs à s’offrir un produit de luxe : sa capacité à créer une connexion émotionnelle avec les produits en leur donnant du sens et en les inscrivant dans un univers centré sur l’ADN et les valeurs de la marque. Et le digital est un terrain de jeu sans limite pour cela. Le site Inside Chanel illustre l’art de la marque de faire rentrer les clients dans son intimité. Le joailler Van Cleef & Arpels offre une visite virtuelle à 360° de ses ateliers de création sur son site.

Branding ou performance : un dilemme

Pour répondre à cet enjeu dans leur site web, les marques magnifient donc le branding, les collections et les produits, à l’aide d‘éléments graphiques, de visuels et même des vidéos, le tout ultra-travaillé avec force agences de communication. Si cela est indispensable pour matérialiser l’univers de marque et faire vivre l’expérience client, l’enjeu consiste aujourd’hui à trouver le bon niveau du curseur dans la déclinaison du branding dans le site. Pas assez de branding risque de ne pas répondre aux attentes des internautes quant à la marque, mais trop de branding peut se faire au détriment de la performance, avec du brand content consommé, mais des taux de conversion bas.

Les marques de luxe se trouvent donc face à un dilemme : proposer un site vitrine ou un site orienté e-commerce ? Cela s’observe dès la page d’accueil où l’on peut voir trois types de propositions :

1) Un grand visuel immersif qui incarne la marque et occupe toute la zone de visibilité, il faut scroller pour voir le reste de la page. C’est l’option branding avant tout. Exemple : Chanel, Yves St Laurent.

2) Un système de blocs avec des boutons d’appel au clic, qui proposent des pushs produits, des opérations promotionnelles et du brand content (story telling). Il s’agit multiplier les portes d’entrées vers les produits pour plus d’efficacité e-commerce. Exemple : Mauboussin, Net-à-porter.

3) Un slideshow avec un ensemble de 4 à 8 sliders qui poussent tour à tour visuels de branding, pushs produits, promos ou story telling. C’est l’option intermédiaire qui allie branding et efficacité. Exemple : Guerlain, le Bon Marché.

Afin de trouver la meilleure solution entre branding et performance, les marques de luxe cherchent à comprendre quel est le comportement des internautes sur leur site, afin d’apporter des solutions opérationnelles en phase avec leurs attentes. Qu’est-ce qui est vu ? Quelles sont les portes d’entrées sur le site, les principaux parcours de navigation ? Quels sont les éléments cliqués ? Quelles sont les informations recherchées par les internautes ? Mais aussi, quels sont les éléments non compris, les freins à la navigation dans le site ? Savoir répondre à ces questions est devenu décisif dans la construction d’une expérience client optimale, et conduire les ajustements du site web indispensables.

Pour en revenir à l’exemple de la home page, les performances sont contrastées selon l’option retenue. Les études de l’agence Web Content Square sur ses clients du secteur nous en donnent l’éclairage.

1) Un bouton call to action placé sur un grand visuel de branding attire en moyenne 8% des clics dans la page, ce qui est indicateur d’une bonne performance relativement aux outils de navigation comme le menu qui cannibalisent habituellement les clics. Tout en étant « branding », l’option constitue une bonne porte d’entrée vers la découverte des collections.

2) La somme des clics des calls to action des blocs « e-commerce » poussés dans la zone de visibilité (au dessus de la ligne de flottaison) à l’arrivée sur la home page agrège de 7 à 10% des clics dans la page. Ils constituent également de multiples portes d’entrées vers la découverte des produits et restent l’option la plus performante en termes de e-commerce.

3) En revanche, un slideshow attire de l’ordre de 0,5 à 3% des clics sur le call to action selon le slider. L’intérêt des internautes se porte davantage sur les flèches de défilement des sliders : ils jouent avec le slideshow pour découvrir les contenus, mais entrent moins dans le site. C’est une option qui va servir le branding mais peu la performance.

Ainsi, les options graphiques et ergonomiques retenues impactent directement la performance du site et l’expérience utilisateur. Selon la stratégie marketing voulue par la marque, les éléments poussés sur le site vont davantage servir le branding ou la performance e-commerce. Il convient donc de définir au préalable clairement ses objectifs, afin de savoir comment les servir et ainsi optimiser l’expérience de ses utilisateurs.

Quels points d’attentions dans le site pour l’UX ?

Les problématiques opérationnelles se déclinent de façon différente selon le type de page ou l’angle l’analyse. Pour la Home Page, l’attention va donc se porter sur la taille des visuels en zone de visibilité, l’affordance et l’efficacité des boutons (call to action), et le rôle des menus plus ou moins riches, afin de déterminer si la page joue bien son rôle de porte d’entrée dans le site.

Pour les pages produits, ce qui est observé est la longueur de la page et son taux de scroll, les visuels (qualité, nombre, disposition en bloc ou en colonne) et la visibilité, le rôle et l’efficacité du cross-selling. Ici, le besoin est de savoir si la page est comprise et permet de transformer vers l’achat.

Et en prenant un peu de recul, il faut aussi évaluer si la cible client adhère au format flagship digital de la marque et le comprend ? L’objectif de branding est-il rempli, efficace ou contre-productif ? In fine, comment fixer des objectifs et mesurer la performance des pages de contenu ?

Les éléments de navigation, parfois très (trop ?) novateurs – menu, filtres, nuanciers, carrousels… – permettent-ils d’aboutir aux bonnes informations ? Permettent-ils de faire le lien entre les univers produits parfois très étanches ? Quelle est la performance du bridge produit (vente) et l’efficacité du story telling ?

Enfin, l’expérience de navigation se décline-t-elle de la même façon sur les différents devices (desktop, mobile, tablette) ?

La marche est lancée

Peu d’acteurs sont spécialisés dans le domaine de l’UX et la Web Optimization. Plusieurs grandes marques travaillent avec l’agence web Content Square, partenaire privilégié dans de type de problématiques. L’agence a pu répondre à des problématiques concrètes :

> Grâce à l’audit de navigation générale de son site, Chanel Beauty a mis en évidence un branding très bien consommé par ses internautes, mais peu performant en terme de e-commerce.

> Lacoste a cherché à comprendre pourquoi son nouveau flagship digital, faisant également la part belle au branding, a vu s’effondrer son taux de transformation lors de sa mise en service en août 2014.

> Yves St Laurent Beauty a ainsi pu analyser pourquoi la marque perdait des internautes à chaque étape de son tunnel de conversion.

Autant de marques et de problématiques spécifiques qui peuvent trouver des solutions opérationnelles, que ce soit des quickwins dans le site, comme des refontes plus profondes, disruptives. Dans tous les cas, il est possible d’approfondir l’analyse en direct par A/B testing, afin de faire émerger les options préférées par les internautes et les plus performantes.

Avec une expérience utilisateur optimisée, les marques de luxe disposent de leur meilleure carte pour répondre aux attentes de leurs clients sur le Web, au service d’une performance e-commerce optimisée.

 

Pour retrouver une présentation sur la digitalisation de la distribution dans l’industrie du Luxe, rendez-vous sur mon article Luxe 2.0 et digitalisation de la distribution !