Estonie : la nouvelle Silicon Valley européenne ?

E-citoyenneté, e-residency, transports intelligents, apprentissage du codage dès l’école primaire, l’Estonie fait figure d’exemple à suivre numérique. Le pays où Skype a été créé est devenu une référence mondiale. Quels ont été les éléments déclencheurs d’une telle transformation digitale ? Voici quelques tentatives d’explications avec l’analyse de deux domaines principaux.

Entrée dans l’Union Européenne en 2004, Tallinn a commencé sa profonde mutation en 2006. L’élection de l’actuel président, Toomas Hendrik Ilves, s’est accompagnée d’une forte volonté de transformer la société.

 

L’administration digitale de l’Estonie

 

Outre les papiers d’identités classiques, environ 95% des Estoniens possèdent dorénavant une « carte d’identité numérique ». Elle a été rendue récemment obligatoire dès l’âge de 15 ans et celle-ci rassemble plusieurs fonctionnalités. Elle sert à la fois de :

  • Carte Vitale
  • Permis de conduire
  • Titre de transports

De plus, elle permet, online, de :

  • Payer ses impôts
  • Voter

L’Estonie a été le premier pays du monde à intégrer un système de vote en ligne lors d’élections. Avec cette mesure, le taux de participation aux élections a considérablement augmenté.

Depuis, d’autres pays ont mis en place une carte d’identité online mais peu sont aussi utilisées. Car considérées comme moins pratiques.

D’autre part, dès le plus jeune âge, les enfants sont habitués à manipuler l’informatique. Ils reçoivent des cours de codage à partir de 7 ans. À l’inverse, les hauts fonctionnaires sont invités à prendre des cours de design thinking afin d’améliorer leur productivité. Toutes les générations sont intellectuellement stimulées afin de rester au courant des pratiques en vigueur.

 

L’évolution politique en Estonie

 

Cette mutation numérique n’a pas été de tout repos. Approfondissons l’histoire de ce pays de 1,4 millions d’habitants. Indépendant depuis 1991 et le morcellement de l’URSS, les Russes avaient cependant conservé une certaine autorité politique.

Déçus par l’élection de nouveau président et de leur perte d’influence progressive, les Russes ont commandité une des premières cyberattacks mondiales en 2006.
Le pays subit énormément de dégâts – certains hôpitaux ne fonctionnèrent plus – mais, grâce (à cause) de cet évènement, la cybersécurité est depuis une des priorités majeures du gouvernement estonien. Elle évolua jusqu’à en devenir une référence mondiale.

En 2009, suite à la crise économique, l’Estonie fut durement touchée :

  • Le chômage a explosé, passant de 4 à 19%
  • Le PIB a chuté la même année de 14%

Consécutifs aux départs des investissements étrangers et à un problème démographique récurrent : le pays chercha à attirer de nouveaux habitants.

C’est pourquoi, en 2014, le gouvernement créa le concept de e-residency. Cela avait pour but de simplifier les démarches administratives pour les non-résidents estoniens afin de créer son entreprise, profiter des infrastructures, ouvrir un compte bancaire et de faciliter le « paperwork ».
En 2016, plus de 10 000 personnes ont déjà bénéficié de cette nouvelle identité, dont le premier ministre japonais, Shinzo Abe.

Certains qui imaginent déjà une société ordonnée par le Big Brother et dans laquelle la notion de vie privée est détruite se fourvoient.
En effet, chaque utilisateur reçoit une notification lorsque son profil est vue par un fonctionnaire. Lorsqu’il la reçoit, il peut être informé du but de la démarche et par qui celle-ci a été accomplie. Il est même possible de contacter directement la personne concernée pour savoir pourquoi les données ont été vérifiées.

L’Estonie est un pays considéré comme extrêmement transparent.

 

Conclusion

 

La profonde mutation numérique de l’Estonie est venue d’un pari, réussi. Au départ imaginée pour lutter efficacement contre un manque des moyens publics, la décision s’est avérée extrêmement bénéfique pour le pays. Indiscutablement, il fallait que la population eut été d’accord avec ces changements et cela fut le cas. Cela permit plusieurs innovations :

  • Carte d’identité numérique
  • Statut d’e-résident
  • E-administration engendre des économies considérables (environ 11 000 journées de travail lors d’une élection par exemple)
  • Service de sécurité digital ultra-performant

A une échelle française, on peut se demander quel rapport notre société possède avec le numérique et si celui-ci peut avoir une influence sur l’échiquier politique national.

Tous ces changements seraient-ils possibles dans l’hexagone ?
Raymond Barre expliquait qu’un « avenir cela se façonne, un avenir, cela se veut ».

A nous de le vouloir !

À propos de l'auteur :

Digital Immigrant. "Oser, le progrès est à ce prix"

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