En remplacement du seul pouce bleu levé « j’aime », ce sont 7 émoticônes Facebook qui pourraient prochainement permettre d’exprimer son sentiment en nuances.

Pourquoi ces 7 nouvelles émoticônes Facebook ?

       Fin 2014, un scandale éclate sur Facebook : un utilisateur avait vu s’afficher la photo de sa fille décédée dans les « meilleurs moments de l’année ». L’image, publiée au moment du décès, avait été aimée par un grand nombre de personnes qui voulaient témoigner ainsi de leur compassion.

Mais l’algorithme de Facebook l’avait interprété comme étant un événement heureux et important.

Cette grave erreur d’appréciation embrasa les réseaux sociaux, obligeant Facebook à s’excuser auprès de cet utilisateur.

       Ce malentendu remit la nécessité de l’ajout d’un bouton « dislike » au cœur des débats passionnés.

« Je n’aime pas » le seul bouton « J’aime »

       Les très nombreux partisans de l’ajout d’un bouton « Je n’aime pas » arguent que le bouton « j’aime » enferme les relations dans un monde superficiel, où les opinions sont uniques et où le désaccord ainsi que le désintérêt n’existent pas.

Un bouton « dislike » permettrait de s’exprimer face à des événements tristes avec empathie.

Enfin, La possibilité donnée aux utilisateurs d’exprimer leur désaccord et leur mécontentement sous les publicités permettrait ainsi aux marques de s’améliorer.

Le ni oui ni non de Mark Zuckerberg

       De son côté, Mark Zuckerberg avait déjà bien entendu cette doléance. Il avait d’ailleurs déclaré à ce sujet :

« Tous les moments ne sont pas de bons moments, et parfois vous voulez simplement pouvoir exprimer de l’empathie (…) et un j’aime n’est pas forcément la meilleure façon de vous exprimer ».

       Mais, Mark Zuckerberg est très attaché à la notion d’expérience positive sur le réseau et il considère qu’un bouton « je n’aime pas » y ajouterait du négatif :

« (…) nous ne voulons pas transformer Facebook en un forum où les gens votent pour ou contre les publications des gens ».

       D’autant plus que les annonceurs n’aimeraient sans doute pas risquer de voir leurs pages fans et leurs publicités affublées de « je n’aime pas ».

       C’est dans ce contexte, qu’est né un nouveau mécanisme, baptisé « Reaction ».

7 émoticônes Facebook pour nuancer le langage

       Pour ceux qui sont nés et ont grandi avec le développement des nouvelles technologies, les images s’échangent plus et plus vite que de longues phrases. Elles sont devenues centrales. Aujourd’hui, tout va très vite, le langage texto et les émoticônes sont largement utilisés dans les SMS, les commentaires et dans les applications de messagerie.

       Dans cette logique, Mark Zuckerberg et sa team ont planché sur un mode d’expression nuancé et imagé consistant en 7 émoticônes Facebook. A chacune d’entre elles, correspond un nom et une onomatopée : « love », « haha », « yay », « wow », « sad », « angry ».

émoticônes Facebook

         En plus, de permettre à l’utilisateur d’exprimer son sentiment d’une manière plus ajustée au post qu’il commente, « Reaction » permettra à Facebook de mieux identifier les goûts de l’utilisateur afin de lui proposer des contenus toujours plus sélectionnés.

Quant aux pages Facebook, les marques pourront ainsi mieux analyser la perception qu’ont leurs fans de leurs publications.

       Enfin du point de vue de la régie publicitaire Facebook, cette connaissance plus pointue de l’internaute permettra d’offrir aux annonceurs une audience mieux ciblée.

       Depuis le 9 octobre, les 7 émoticônes Facebook sont testées pour une durée inconnue en Irlande et en Espagne sur les appareils mobiles et de bureau. Ce, afin d’en analyser les retombées et d’améliorer rapidement « Reaction » avant de le déployer dans le monde entier.

Les risques de « Reaction »

         Les 7 émoticônes Facebook engendreront-elles le même réflexe instinctif et naturel que celui de l’unique bouton « Like » qui a fait tout le succès du réseau social ? Force est de constater que ces nouvelles émoticônes Facebook traduisent des émotions simplement et rapidement mais nécessitent une attention préalable particulière quant à leur sélection.

Que, par ailleurs, l’internaute pourrait, par pure préférence esthétique, choisir une émoticône plutôt qu’une autre tandis que l’auteur du post interprèterait ce choix en son sein en faisant la part belle aux rêves, aux fantasmes, à la paranoïa, aux quiproquos, etc.

       Par ailleurs, tel que l’exprimait le créateur du bouton like, Bret Taylor :

« Si vous n’aimez pas quelque chose, il est préférable justement que vous écriviez un vrai commentaire, car lorsque vous n’aimez pas, vous avez des choses à dire et des mots pour le dire ».

Nous pouvons dès lors nous interroger sur la possible disparition ou la diminution flagrante de commentaires écrits suite à la mise en place de « Reaction ».

       Et, du point de vue de la liberté de chacun ? Et de celle de la découverte de nos nouveaux centres d’intérêt due au hasard ? A ce sujet, Chris Toss, responsable produit chez Facebook avait expliqué à propos de « Reaction » que, si un utilisateur clique sur une des 7 émoticônes Facebook nommée « haha » devant une vidéo représentant des chats, alors le réseau lui proposera plus de vidéos et de publicités de chats.

Facebook_Emoticones

« Reaction » à ce post : intérêt pour les chats ou pour l’enseigne McDonald’s ?

Le risque est donc bel et bien de reproduire la mécanique de la « Bulle de filtres » reprochée à Google et autres moteurs de recherche qui isole l’internaute dans des résultats « trop » sélectionnés.

         Enfin, les annonceurs tireraient-ils profit de cette ultra-segmentation de marché ? Le rêve de tout marketeur est de trouver la bonne audience, au bon moment. Et de ce point de vue, « Reaction » semblerait être la réponse à ses attentes. Mais en même temps, nous ne pouvons écarter la quantité d’erreurs d’appréciation potentielles tant dans le sens que dans le contexte de la réaction à un post : une blague accompagnant une vidéo drôle de chats ne permet pas de recruter une audience aussi qualitative qu’une simple vidéo de chats.

         Au vu de tout ce qui précède, nous pourrions imaginer que, fort du succès unique lié à l’action unique sur un bouton unique, il pourrait être proposé à l’auteur d’un post de définir lui-même s’il souhaite remplacer le bouton « Like » par un bouton unique « Je compatis » ou « Sympathize », en anglais. Ainsi, Facebook continuerait de procurer une expérience positive à ses utilisateurs, en évitant le maximum de dérapages potentiels dus à la pluralité des émoticônes de « Reaction ».