Depuis plusieurs années, Google investit massivement le secteur de la santé. En mettant sa puissance technologique et financière au service des sciences de la vie, Google entend bien compter parmi les acteurs majeurs de la médecine de demain. Tour d’horizon des nombreux projets et partenariats de Google dans ce domaine. 

A l’instar de ses concurrents Apple, Facebook et Amazon, Google s’est lancé dans une stratégie de diversification étourdissante explorant des domaines parfois très éloignés de son cœur de métier historique de recherche et de publicité sur Internet. Dans cette stratégie, Google attache une attention toute particulière à la santé, au point de lui consacrer 2 filiales distinctes au sein de son nouveau conglomérat Alphabet: Verily et Calico.

V comme VERILY

V for VerilyCrée il y a 2 ans au sein de l’unité de recherche expérimentale Google[X] pour développer le projet de lentilles de contact connectées, l’équipe Life Sciences de Google a récemment pris son autonomie sous le nom de Verily.

Selon son directeur général Andy Conrad, « Verily veut utiliser la technologie pour passer d’une approche réactive de la médecine à une approche proactive et prédictive, permettant à terme de proposer des traitements individualisés basés sur une analyse complexe de données biologiques, génétiques, comportementales et environnementales. » Pour autant, la vocation de Verily n’est pas de fabriquer des médicaments, mais se positionne plutôt comme un partenaire de R&D pour les laboratoires pharmaceutiques.

Fidèle à la posture atypique et disruptive du groupe, la nouvelle entité de Google compte pour cela faire collaborer des équipes multidisciplinaires d’élite réunissant médecins, ingénieurs, chimistes, data scientists et – plus surprenant – des philosophes!

Comme souvent chez Google, les activités de ce laboratoire de recherche d’un nouveau genre sont menées dans le plus grand secret. Voici néanmoins les projets identifiés à ce jour (tous n’ont pas encore été rendus publiques):

  • Google a fait du diabète sa première priorité. Elle a déjà signé 3 partenariats dans ce domaine avec Sanofi, Dexcom et Novartis avec qui elle développe depuis 2014 les fameuses lentilles de contact connectées permettant entre autre de mesurer le taux de glucose dans les larmes des patients. Les études cliniques devraient débuter cette année mais sur des applications ophtalmologiques dans un premier temps. D’autres brevets ont récemment été déposés par Google pour un dispositif d’analyse de sang sans aiguille associé à une smart watch.
Google smart lenses

Google smart lenses

  • Les maladies cardio-vasculaires et la psychiatrie sont les deux autres grandes priorités de Google après le diabète sans beaucoup plus de détails pour le moment.
  • Google cible également la sclérose en plaques en s’associant en janvier dernier avec la société de biotechnologie Biogen, experte dans ce domaine. L’objet de ce premier accord porte sur le développement (encore embryonnaire) de capteurs visant à collecter des données patients pour mieux comprendre comment progresse cette maladie du système immunitaire. L’analyse de ces datas permettrait ensuite à Biogen de perfectionner ses propres traitements et de les moduler en fonction de la typologie des patients.
  • Les nano-diagnostiques est peut-être le programme le plus futuriste au sein de Verily. Google travaillerait en effet sur la création de minuscules nanoparticules magnétiques à avaler qui pourront d’ici plusieurs années détecter le cancer ou d’autres maladies dans le corps humain.
  • DNABaseline, un autre projet ambitieux visant à collecter les informations ADN de milliers de personnes (volontaires) afin de déterminer le profil type d’un patient en bonne santé. En collectant une masse importante de données, Google veut en effet tenter d’extrapoler via un algorithme « secret » des marqueurs à risque, pouvant déclencher des maladies mortelles et donc permettre de les anticiper. 
  • Liftware: En 2014 Google a racheté la startup Lift Labs qui développe des couverts destinés aux personnes souffrant de tremblements, principalement les malades atteints de Parkinson. Il s’agit à l’heure actuelle de la seule acquisition de Verily. 
Liftware starter kit

Liftware starter kit

  • Dernière annonce en date, la création il y a quelques semaines de la société Verb Surgical, spécialisée dans la chirurgie robotique en partenariat avec le laboratoire Johnson & Johnson.  

C comme CALICO

Logo Calico

Seconde entité dédiée à la santé au sein d’Alphabet, la société de biotechnologie Calico (California Life Company) crée par Google en 2013 est dirigée par Arthur Levinson, ancien CEO de Genentech et membre du conseil d’administration d’Apple. Contrairement à Verily présente sur de multiples aires thérapeutiques, Calico se concentre uniquement sur la lutte contre le vieillissement avec pour ambition de repousser les limites de la longévité et un jour peut-être « Tuer la mort« . 

L’immortalité, ou en tout cas le transhumaniste est un concept largement défendu chez Google, le groupe investissant depuis plusieurs années dans des entreprises issues des biotechnologies, de l’informatique et des sciences cognitives (NBIC) et de la généalogie génétique comme AncestryDNA23andMe ou Foundation Medicine.

Calico website

Calico a dors et déjà annoncé 6 partenariats avec des universités, des associations et des laboratoires pharmaceutiques comme AbbVie sur les maladies neurodégénératives. Leur investissement commun pourrait atteindre 1,5 milliard de dollars, avec notamment la construction d’un centre de recherche dans la région de San Francisco.

L’application Google Fit, trackeur d’activité fonctionnant sous Androïd – concurrente direct du Health Kit d’Apple et autres Fitbit – reste quant à elle dans le giron de l’entité Google.

google-fit

La stratégie de Google dans la santé est donc double.

D’une part, le développement d’algorithmes avancés et de dispositifs médicaux miniaturisés (capteurs, wearables) dont elle confie la commercialisation à ses partenaires (pharmaceutiques ou médical devices). D’autre part, la recherche médicale fondamentale et les études cliniques dans les domaines des biotechnologies et du séquençage génétique.

L’échec du programme Google Health (service d’archivage en-ligne des dossiers médicaux abandonné en 2012) n’aura donc pas eu raison des ambitions de Google dans la santé. L’intérêt de Google pour ce marché évalué à plus de 10 000 milliards de dollars par an en 2017 (selon Freedonia Group) est évident. La médecine est en passe de devenir une véritable science de l’information où la collecte et l’analyse de gigantesques quantités de données – grandes forces de Google – deviennent stratégiques. Mais sur ce secteur si convoité, Google devra composer avec Apple, Microsoft, Samsung ou encore IBM, bien décidés eux aussi à utiliser leurs technologies et leur puissance de calcul pour résoudre l’un des derniers grands problèmes de l’humanité.

 

Pour poursuivre sur ce thème, je vous recommande la lecture des excellents articles suivants:

« Médecine 3.0: L’homme immortel est déjà né » de Bruno Demay

« La Data au coeur de l’e-Santé » de Xavier Comte

« Le msanté: un secteur en bonne santé » de Vincent Hoellerer