La Digitalisation de l’Art : Quels enjeux pour l’Industrie ?

La digitalisation de notre société est un phénomène en croissance indiscutable, il s’applique à une multitude de domaines et l’art n’est pas épargné.

On vous parlait plus tôt de la mort des audio-guides au profit de la réalité augmentée , de Baxter le robot collaboratif et artistique et de Smart Tourisme.

Depuis l’apparition d’un art digitalisé, un paradoxe émerge. 

La digitalisation permet-elle un accès sans limite à des créations qui se veulent universelles ou entraine-t-elle la perte de valeur initiale en transformant l’expression matérielle du talent artistique en un format web standard et banalisé ?

Pour répondre à ces questions, je me suis intéressé à plusieurs scénarios artistiques qui se sont entremêlés au spectre du numérique. J’ai confronté ensuite ces initiatives aux contraintes de propriété intellectuelle que ces innovations endurent.

Un conflit d’intérêt : Transmission vs Revenus

« L’art se veut universel »

Tout d’abord, il faut rappeler quels différents intérêts rentrent en jeu. Premièrement, une problématique d’accessibilité se dessine. L’art se veut universel. Néanmoins, il n’est en essence pas accessible à tous quand les logiques de temps, de situation géographique et d’argent interviennent. De ce fait, l’accès numérisé et gratuit d’un visiteur virtuel lambda peut s’avérer être un axe intelligent. Au-delà de cet accès privilégié, on imagine cependant une simple expérience visuelle au détriment de véritables interaction et compréhension de la démarche artistique.

« Les droits moraux de l’artiste sont engagés »

Ensuite, lors d’une diffusion en ligne d’une création, les droits moraux de l’artiste, régis par le code de la propriété intellectuelle, sont engagés.

Sous-jacent à ces droits, une problématique de génération de revenu se dessine.

Dans le schéma classique, l’intérêt de l’artiste, d’une galerie d’art ou d’un musée et de générer un profit via :

  • la vente de tickets d’entrée,
  • la vente des oeuvres exposées,
  • la participation financière du privé ou via
  • la participation financière du public.

« Le web déjoue ces préceptes »

Néanmoins, le web déjoue ces préceptes à travers une multitude de sites gratuits d’accès (financés par la e-publicité). 

En offrant une possibilité d’exposition globalisée, le numérique appliqué au web garantie une visibilité accrue à l’art mais participe en même temps à une destruction de la chaîne de valeur ancrée aux oeuvres. De même, la numérisation des œuvres encourage la copie, portant atteinte aux droit moral de l’artiste qui « jouit du droit au respect de son nom, de sa qualité et de son oeuvre. » selon l’article L. 121-1 du code de la propriété intellectuelle.

« De nouvelles expressions de l’art »

Enfin, le numérique transposé à l’art permet l’émergence de nouvelles expressions de l’art, et bouscule les codes de composition des espaces entreposés. À travers l’oeuvre elle-même, ceux-ci recherchent l’attention du visiteur en stimulant ses sens, le faisant réfléchir, voir même participer. Cette fois à travers les dispositifs d’information (audio-guides, QR codes, tablettes, tableaux interactives, dispositifs tactiles…), la technologie privilégie l’intérêt des plus jeunes et stimule leur attention.

Les démarches disruptives de la digitalisation

Parmi les initiateurs emblématiques de la digitalisation de l’art, on trouve Google.

Avec son Google Art Project mis en ligne en 2011, le géant de la Silicon Valley entend démocratiser le patrimoine historique mondial en rendant les plus grandes galeries de musées et monuments (parmi eux le Taj Mahal, la statue de la liberté ou encore le musée d’Orsay à Paris) accessibles depuis les quatres coins du monde.

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Explorer le Musée d’Orsay en réalité virtuelle grâce à Google Maps

Dans la même lignée, Google a, entre autres, de même créé :

Au niveau National, le projet Joconde traduit la même volonté de partage des cultures grâce à la digitalisation.

Cette plateforme institutionnelle ambitionne « d’élargir l’accès aux collections vers tous les publics, d’une part,

[et] de stimuler et fédérer les bonnes pratiques professionnelles, d’autre part. »

Il faut néanmoins souligner que les oeuvres présentes en ce même registre sont limitées à celles tombées dans le domaine public ou celles dont les garanties juridiques d’utilisation ne concernent plus l’auteur.

De son côté, le Muséum of Modern Art (MoMA) à New York, a mis en ligne une vaste source de clichés répertoriant l’intégralité des expositions qu’il a intégré en son sein entre 1929 et aujourd’hui. 

ArtStack, Artsper, et Artnet sont, quant à elles, des plateformes indépendantes qui répertorient les oeuvres d’artistes désireux de vendre à travers un catalogue en ligne légitime du monde artistique, des système de profils et de recommandation. 

Vers l’ère de la muséologie participative

Plus concrètement, on trouve d’autres outils de « muséologie participative », tant au niveau de la conception d’une oeuvre qu’à l’immersion virtuelle. En utilisant les nouvelles technologies, ces outils permettent la mise en place d’installations innovantes, de scénographies nouvelles et visent à transcender les codes artistiques.

Parmi les exemples concrets de digitalisation de l’art que le public a pu observer dans les musées se sont distinguées les expositions :

Cette édition permettait aux visiteurs de se transformer en oiseaux grâce à un système de capteurs, de découvrir la fabrication de sons pour effets spéciaux robotiques, d’interagir avec des lasers ou d’observer les installations de Google DevArt, initiative mêlant programmation et créativité.

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Cette expérience immersive, truffée d’appareils technologiques, proposait la découverte d’un univers peuplé de fantômes fantasmagoriques à travers des installations numériques et sonores. L’expérience pouvait même être prolongée grâce à une application mobile.

Parmi les pionniers de l’art digital, cette artiste présente des compositions virtuelles colorées obtenues à partir d’algorithmes complexes.

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Dans l’optique d’une expérience de visite améliorée enfin, nombreux musées ont mis à disposition des guides en réalité virtuelle. Cette démarche a non seulement pour but de sensibiliser le jeune public à l’art de façon ludique, mais aussi de permettre la compréhension de la démarche artistique.

De cette façon, c’est comme cela que le musée du Louvre à Paris a acquéri un « audioguide » accessible sur Nintendo 3DSTMXL et smartphones avec des plans interactifs en trois dimensions du musée. 

Quelle monétisation pour cet art ?

De multiples scénarios s’offrent aux passionnés d’art aujourd’hui. Du musée numérique au musée numérisé en passant par les marketplaces d’art, des nouveaux types d’expression artistique aux dispositifs « audioguides » novateurs, la scène digitale fait sa place dans nos musées, galeries et navigateurs !

Les règles strictes de la propriété intellectuelle protègent les artistes qui ont besoin de faire de leur art une activité lucrative, rendant alors des milliers d’oeuvres, non tombées dans le domaine public, inaccessibles au grand public.

La société actuelle voit se multiplier les modèles de partages en ligne grâce au financement de la publicité. Serait-ce là un axe au développement d’un art globalisé ou le catalyseur destructeur de l’uberisation de l’industrie des musées ?

Pour en savoir davantage…

1) Moral Rights and Digital Art: Revitalizing the visual artists’s act? Kristina Mucinskas

2) Musée et numérique. Quelles visions du participatif ? Florence ANDREACOLA, Marie-Sylvie POLI, Eric SANJUAN

3) Les musées des beaux-arts à la croisée des chemins : entre coeur de mission et adaptation zaux nouvelles clientèles touristiques. Michel Zins

4) Van Gogh vs. Candy Crush: How museums are fighting tech with tech to win your eyes. Lee Shu

Pour en savoir plus sur l’art digital à Paris…

Le cube 

La gaîté lyrique

La semaine numérique 

La fabrique d’art numérique

By | 2017-02-03T13:17:39+00:00 mardi, 10 janvier, 2017|Categories: E-commerce|

À propos de l'auteur :

Passioné par l'univers de l'économie numérique et du digital, mon parcours s'est toujours orienté vers la découverte de nouvelles pratiques et l'expérimentation de nouveaux challenges.Bercé depuis tout jeune par la passion des nouvelles technologies, j'ai la conviction qu'elles joueront un rôle majeur dans la société de demain. Plus concrètement, dans une logique d'économie numérique, j'aime voir évoluer de nouveaux médias et souhaiterai participer à leur processus de développement.À travers cela, c'est au sein d'entreprises novatrices et dynamiques que j'aurai le plaisir d'implémenter mon savoir et d'appréhender les facettes mutliples de leurs stratégies digitales.

2 Commentaires

  1. Nadège C. 11 janvier 2017 à 10 h 35 min- Répondre

    Très bel article, très complet sur un sujet qui n’a pas fini d’évoluer !

  2. Marjorie L. 12 janvier 2017 à 11 h 41 min- Répondre

    Les exemples choisis pour illustrer vos propos sont très parlants, merci pour cet article enrichissant, je partage !

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