À l’occasion de l’adoption par le Sénat français du projet de loi pour une transition numérique écologique, il a été rappelé à quel point le digital est impactant pour l’environnement de par ses émissions carbone et sa  consommation en énergies (La totalité des activités internet équivalent à 2% des émissions de dioxyde de carbone). Pour autant, le digital représente également une formidable opportunité de développement d’une économie circulaire moins consommatrice et plus respectueuse de notre monde actuel.

L’économie circulaire, qu’est-ce que c’est?

L’économie circulaire est un modèle économique qui vise à dépasser le modèle linéaire actuellement prédominant et consistant à extraire, produire, consommer et jeter. Il a pour objectif de limiter le gaspillage des ressources et des matières premières et l’impact environnemental, en augmentant l’efficacité à tous les stades de l’économie des produits. Si l’anti-gaspillage avec la réduction des déchets est une partie importante de ce modèle économique, la préservation des ressources, de l’environnement, ou même de notre santé est tout aussi importante pour le développement de l’économie circulaire.

L’infographie ci-dessous récapitule sa définition la plus récente avec 3 domaines d’action et 7 piliers : 

Ademe domaines piliers economie circulaire

Si on considère que cette nouvelle démarche économique s’est véritablement développée dans les 15 voire 10 dernières années, on peut mettre en parallèle le fort développement des outils numériques et leur empreinte dans nos usages quotidiens comme dans celles des entreprises. 

Alors que de nombreuses start-ups à impact se sont développées autour de ces objectifs d’économie circulaire, on constate que le digital est devenu l’un des meilleurs outils pour stimuler cette transition et que la révolution écologique ne se fera pas sans la révolution numérique. 

Si le recours aux données et aux solutions numériques permet d’inscrire l’économie circulaire au cœur de nouveaux modèles commerciaux, le véritable levier sera surtout la force transformatrice exceptionnelle du digital, permettant de bousculer les acteurs en place et notamment les modèles dominants par l’optimisation de leur fonctionnement. 

For the SDGs [Sustainable Development Goals] and the search for sustainable growth models, the Internet of Things combined with big data and data analytics has the potential to turbocharge promising circular economy models, in part via the impact on the efficiency of use, maintenance and longevity of assets. 

This surely will advance us several steps towards growth models that allow for expanding prosperity while maintaining and augmenting the natural capital base of the global economy and our existence.

Michael Spence, Nobel laureate, 2001

1- Big data & partage des données

L’un des premiers apports du numérique est la somme infinie de données qui peuvent être collectées et mise au service de l’économie circulaire

Les technologies digitales permettent en effet d’assurer un meilleur accès à de plus amples informations et d’améliorer des liens entre les acteurs concernés tout au long de la chaîne de valeur, en identifiant les inefficiences et les pistes d’optimisation. 

    • L’accès à de nouvelles ressources 

Du côté des entreprises, l’accès à certaines données auparavant non-partagées comme des ressources disponibles peut permettre d’identifier des potentiels de synergies offre / demande avec un coût optimisé. 

Ainsi

👉 SUEZ a lancé en 2017 Organix une place de marché digitale qui permet de mettre en relation producteurs de déchets verts et exploitants de méthaniseurs. Les déchets peuvent ainsi servir comme sources d’énergie dans un modèle à grande échelle.

👉La start-up greentech HESUS a monté une plateforme digitale de revalorisation des déchets du BTP, secteur producteur d’environ 70% des déchets produits en France

La big data permet également de réduire la pollution grâce à une meilleure information des données logistiques tels que les stocks ou plannings de livraison. Ces données partagées et actualisées permettront d’ici quelques années à la majorité des entreprises de réorienter leurs flux en temps réel et d’organiser des livraisons plus efficaces et moins polluantes. 

En France, on peut citer des initiatives comme 

👉KARDINAL qui a développé une solution de livraison automatique et d’optimisation de tournées en temps réel via une IA et du machine learning

👉WINTICS qui via des algorithmes de trafic ambitionne de prédire la congestion routière et de mettre fin à la surconsommation qu’elle occasionne.

Kardinal optimisation tournees via IA-min

Pour toute entreprise, l’utilisation optimisée de la data via des outils numériques aide surtout à mieux connaître les besoins et consommations (en matière, biens, services, énergie…) : la géolocalisation et le suivi en temps réel permettent de mieux gérer les ressources qui sont utilisées pour ces besoins et donc d’éviter le gaspillage.

    • Une gestion publique des énergies plus circulaire

Du côté des collectivités publiques, de nombreuses utilisations de ressources peuvent désormais être mieux pilotées via l’accès à des données de consommation et des modèles prédictifs utilisant l’IA et le deep learning

Par exemple :

👉la gestion de l’eau et de l’électricité est aujourd’hui pilotée par des systèmes intelligents qui équilibrent en permanence l’offre et la demande (projet Greenlys par Enedis & Teleo de Veolia)

👉Total investit massivement dans l’IA afin d’analyser les historiques d’ensoleillement (projet Solar mapper) ou les circulations de courant éolien via les images satellites et ainsi d’établir des modèles de production optimisée d’énergies éoliennes ou solaires.  

La problématique de collecte et transport des déchets pourra elle aussi être massivement optimisée via de la collecte et du traitement de données à grande échelle. Les poubelles de demain seront équipées de capteurs qui pourront envoyer aux collecteurs des informations sur leurs poids, leur taux de remplissage ou encore leur composition (matières organiques, métaux, textile, etc.). De quoi maximiser le tri et donc la réparation, le réemploi ou le recyclage.

L’objectif – produire et organiser au plus juste et le plus localement possible pour éviter les pertes. C’est l’enjeu des “smart cities” de demain telles que Singapour, où la big data devra être au service du développement durable via une utilisation moins linéaire, plus connectée et surtout mutualisée. 

2- Blockchain & IA – traçabilité et recyclage


    • La blockchain pour plus de transparence

La blockchain est un système de registre numérique décentralisé et infalsifiable qui permet de valider et d’enregistrer des transactions ou des événements. 

L’utilisation de la blockchain a récemment pris énormément d’ampleur dans le développement d’outils de traçabilité extrêmement précis (origine, localisation, état, disponibilité) ou de certification qui bénéficient à des modèles de consommation plus vertueux. La blockchain peut ainsi être utilisée pour suivre les produits de leur fabrication à leur lieu de vente et aider à prévenir le gaspillage, la fraude et les pratiques non éthiques en rendant les chaînes d’approvisionnement plus transparentes.

Voici un exemple de modèle d’optimisation via la blockchain

activer economie circulaire- blockchain-transparence

👉Carrefour, qui utilisait déjà la blockchain dans le cadre de la traçabilité des aliments (Act for food), l’a récemment étendu à ses gammes textiles certifiées bio. 

    • Les technologies numériques au service du recyclage

Si la blockchain comme l’IA (intelligence artificielle machine learning) représente un énorme potentiel de développement de maintenance préventive et curative, elle sécurise surtout de nouvelles opportunités de recyclage. En effet, elle facilite de nouveaux échanges en donnant de meilleures garanties sur des produits ou matières dont la réutilisation était trop incertaine par le passé – par exemple les matériaux rares dans les objets électroniques ou les déchets volumineux du BTP. 

Enfin, l’eco-conception est un des axes importants du modèle de l’économie circulaire et l’IA sera un des principaux outils d’amélioration des processus de production, en permettant aux concepteurs de diversifier les matériaux, d’optimiser les structures et d’affiner les suggestions de conception. L’IA peut également aider à gérer la complexité d’utilisation des produits chimiques et les matériaux nocifs ou être utilisée pour suggérer de nouveaux matériaux et procédés, sur la base d’analyse du cycle de vie du produit.

👉ITECA propose une solution qui permet de concevoir une usine fonctionnelle en réalité virtuelle et l’analyser via un casque VR. On peut ainsi détecter en amont de la production les erreurs de conception ou les améliorations à apporter pour optimiser les déplacements & réduire les gaspillages.

Enfin, dans un objectif de réduction des déchets, l’une des premières technologie digitale à démocratiser massivement est l’utilisation de l’impression 3D pour faciliter les réparations mais aussi éviter d’investir dans des prototypes souvent onéreux. 

3- Économie collaborative et de la fonctionnalité

    • Plateformes numériques au bénéfice des consommateurs

Les technologies numériques ont eu un impact déterminant dans l’essor de l’économie collaborative grâce aux plateformes numériques, qui ont favorisé l’émergence de nombreuses communautés d’usagers. Ce modèle économique fonctionne principalement sur une base de pair à pair et met l’accent sur l’usage plutôt que sur la possession

Il a ainsi permis sur les quinze dernières années l’émergence de nombreuses  plateformes de partages, d’échange ou de revente entre particuliers, dans quasi tous les domaines :

L’économie circulaire a ainsi bénéficié de cette plateformisation en permettant au marché de la seconde main d’exploser, notamment dans la mode ou la maison grâce à des plateformes comme Vinted, LeBoncoin ou Beebs. Ces produits revendus sont autant de déchets en moins, d’autant qu’ils peuvent désormais être donnés encore plus facilement via des plateformes dédiées telles que Geev (don entre particuliers), Recyclivre (don pour revente solidaire) ou Tremma (don en financement de projet), la nouvelle plateforme d’Emmaus. Enfin, sur un marché particulièrement polluant comme celui des produits électroniques et électriques, bourrés de matériaux rares et potentiellement pénuriques à terme, des plateformes comme Backmarket ou Zack contribuent également à une approche de consommation plus circulaire. 

geev economie circulaire plateformes don-min

Un chiffre à retenir est que même si le critère financier reste l’aspect primordial, près de 50% des Français affirment acheter d’occasion pour des raisons d’ordre environnemental, dans une logique anti-gaspillage. Nous sommes donc sur la bonne voie. Si le cadrage juridique de toute l’économie qui s’est créée derrière ce modèle reste encore parfois à parfaire, il a en tout cas le mérite d’encourager la longévité, la réutilisation et le partage des produits, et donc de réduire la demande en matériaux et les externalités négatives comme les déchets.

    • Responsabilité du consommateur via plus d’information

Alors que les solutions numériques donnent accès à de nouvelles données et la possibilité de comparer les produits et services sous quasi tous les aspects, on doit aussi considérer qu’elles donnent de nouvelles responsabilités aux consommateurs d’aujourd’hui.

En contribuant à sensibiliser les citoyens sur des problématiques difficiles à appréhender individuellement, elles leur permettent de faire des choix durables, notamment relatifs à l’empreinte écologique des produits consommés.

De plus en plus d’applications permettent de lire des passeports numériques de divers types de produit, fournissant des informations sur les matériaux et ressources utilisées pour la production, ainsi que sur la durabilité, la réutilisation et la recyclabilité. 

👉clear fashion permet de connaître le bilan d’un vêtement par un simple scan, avec 4 critères que sont “environnement”, “humains”, “santé” et “animaux”

D’autre part, les consommateurs peuvent influencer les marchés lorsqu’ils demandent des solutions durables et fiables, et on observe aujourd’hui une véritable révolution dans la responsabilité sociale exigée par les consommateurs envers les entreprises. Une marque se doit désormais de porter une mission et ne peut plus ignorer les nouvelles exigences et attentes envers l’empreinte laissée par son activité. 

En ce sens, on peut apprécier l’élévation des standards d’information sur l’impact des déchets produits ainsi que l’indice de réparabilité permettant d’évaluer la durée d’utilisation d’un produit, établie dans le dernier projet de loi anti-gaspillage français.

👉FNAC DARTY est un des pionniers de cet indice avec leur lab qui établit une note basée sur la fiabilité et la réparabilité communiquée avant l’achat

Indice reparabilite economie circulaire

On peut donc valoriser positivement l’ouverture des données comme levier de choix plus éclairé en matière de consommation, tout en étant vigilant à l’utilisation qui en est faite afin d’éviter des travers liés à leur détournement ou commercialisation.  

CONCLUSION – le digital, l’un des meilleurs leviers de l’économie circulaire

Transformation numérique et transition écologique sont donc intimement liées et l’une ne se fera pas sans l’autre. Le numérique et sa myriade d’applications mobiles, de capteurs, d’objets connectés et de réseaux intelligents ouvrent de nombreuses opportunités pour répondre aux défis environnementaux, que ce soit par plus de transparence, moins de gaspillage, une meilleure adéquation aux besoins et une vision plus éclairée des impacts de nos choix économiques. 

Sources :

https://institut-economie-circulaire.fr/wp-content/uploads/2017/11/2017inec_focus_ec_numerique.pdf

https://activer-economie-circulaire.com/tribune/economie-circulaire-blockchain/

https://www.ademe.fr/sites/default/files/assets/documents/infographie-economie-circulaire-comment-ca-marche.pdf

https://www.livosphere.com/2020/12/07/strategie-rse-sobriete-numerique-numerique-levier-environnemental-digital-sustainability-digital-for-sustainability/

https://lehub.bpifrance.fr/economie-circulaire-levier-innovation-croissance-mobilite/

https://www.pourlasolidarite.eu/fr/publication/vers-une-economie-circulaire-20

https://www.journaldunet.com/solutions/dsi/1497199-l-intelligence-artificielle-face-au-defi-de-la-transition-energetique/?utm_campaign=Quotidienne_2021-01-28&utm_medium=email&seen=2&utm_source=MagNews&een=792cc097b9d5cf4f1273492be4592abc

https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89conomie_circulaire

https://www.ecologie.gouv.fr/leconomie-circulaire

https://www.ademe.fr/dechets-chiffres-cles