Contribuer à la restauration de châteaux, tableaux, statues ou monuments sans sortir de chez soi, c’est possible grâce aux plateformes de crowdfunding !

Les châteaux tombant en ruine, les toiles de maîtres fanées par l’usure du temps et autres chefs d’œuvre du patrimoine en danger peuvent désormais compter sur les bienfaits du crowdfunding pour venir à leur rescousse.

Et pour sauver leur patrimoine, les Français se montrent généreux !

Crowdfunding : une formidable opportunité pour le Patrimoine

Depuis leur lancement, leur succès ne s’est pas démenti et les chiffres sont là : le crowdfunding représente une formidable manne financière pour le secteur culturel, qui collecte 45 millions d’Euros, ainsi que l’illustre le Baromètre Crowdfunding 2017, publié par KPMG et le Financement Participatif France (FPF).  

Source : Baromètre Crowdfunding 2017, publié par KPMG et le Financement Participatif France (FPF)

Préserver le patrimoine coûte cher et, les financements publics reculant toujours plus, les acteurs du secteur culturel ont dû rivaliser d’ingéniosité pour imaginer de nouvelles ressources, et le mécénat populaire est ainsi apparu comme un rempart, un complément de financement quand les collectivités publiques ont déjà donné.

Fort bien leur en a pris ! Selon une étude publiée par le Club Innovation & Culture CLIC France, la majorité des campagnes atteignent leurs objectifs, voire pour certaines, les dépassent largement. Et le succès étant souvent au rendez-vous, l’on a pu observer une multiplication des campagnes, avec un engouement réel et durable des internautes.

Célia Vérot, directrice générale de la Fondation du patrimoine a déclaré à ce propos :

“Le financement participatif est en plein essor, avec un fort potentiel de développement car de nombreux éléments ont besoin d’être restaurés. […] Chaque donateur devient acteur de la sauvegarde de son patrimoine en participant à la beauté et à l’intérêt du lieu où il vit. Au-delà des fonds mobilisés, chaque collecte est l’occasion de moments de partage qui fédèrent et dynamisent les territoires. Cela fait du bien à tout le monde car cela crée du lien social, du tourisme, de l’emploi.”

Le site Club Innovation & Culture a récemment publié un bilan des campagnes de crowdfunding en faveur des lieux de patrimoine français achevées en 2017.

En voici les principaux chiffres clés: 

-2 584 314 € ont été récoltés, soit 289,2% de la collecte de 2016 (893 562€),
-Le taux de réussite des campagnes est de 61%
-105 campagnes sont arrivées à leur terme, parmi lesquelles 64 ont atteint leurs objectifs

Notons que ce bilan n’intègre pas les résultats des campagnes des institutions elles-mêmes car les sites de financement participatif ne sont pas les seuls acteurs. En effet, les grandes institutions culturelles (musées et fondations) comme le Musée du Louvre, la Fondation du Patrimoine, le Centre des Monuments Nationaux, ou le Château de Versailles n’hésitent plus à faire appel à la générosité des particuliers, directement sur leur site Internet.

Source : Musée des Beaux Arts de Caen

Explication d’un phénomène et avantages de ce nouveau mode de financement

Comment expliquer ce succès grandissant? L’on peut avancer plusieurs explications :

Pour les porteurs de projets:

> c’est une façon alternative de trouver des financements, quand les banques ne sont pas une option…
> le coût pour solliciter des contributions est très faible : en cas de réussite, la plateforme prélève une commission
> c’est un rapport direct, plus humain avec le public, qui permet de démocratiser le mécénat, jusque là réservé aux fondations et entreprises

Pour les donateurs:

> c’est ouvert à tous, de par les petits montants demandés
> c’est une façon d’accéder à de multiples projets, nobles et ambitieux
> les donateurs sont des citoyens en quête de sens et d’engagement social, en participant à un projet collectif, ils se sentent utiles à la préservation de nos trésors français
> en contrepartie, ils peuvent obtenir une récompense (visite guidée, repas VIP…)

De multiples acteurs œuvrent pour le patrimoine. Parmi eux, de nouvelles plateformes spécialisées:

Le site de financement participatif ayant financé le plus grand nombre de projets est Dartagnans, startup crée en 2015.

Pour séduire les jeunes et les inciter à soutenir les projets, Dartagnans qui revendique 80 000 abonnés à sa newsletter, 30 000 fans sur Facebook et 20 000 donateurs, adopte un ton ludique et renforce sa présence sur les réseaux sociaux.

En contrepartie des dons récoltés, la startup propose une “expérience culturelle” à l’instar d’une visite du château avec le propriétaire des lieux ou une invitation à une inauguration.

L’autre grand site de financement participatif dédié aux projets “culturels et citoyens”, est Commeon.

La startup Commeon propose un concept intéressant de portefeuille philanthropique qui consiste à allouer une somme par mois, de choisir les projets bénéficiaires, et d’en suivre l’évolution.

La plateforme a également proposé lors des dernières journées du patrimoine un dispositif inédit de “Matching”, consistant, pour le site et les caisses du Crédit Agricole, à doubler les dons, via l’opération “Je donne, ça double”.

N’oublions pas les plateformes généralistes et parmi les plus populaires, telles que KissKissbankbank (créée en 2009), Ulule (créée en 2010), et Kickstarter (créée en 2009), qui proposent de financer une grande diversité de projets.

Attention cependant, si l’objectif de la campagne n’est pas atteint, l’auteur du projet ne reçoit rien – contrairement aux plateformes Commeon et Dartagnans, qui versent la somme collectée au porteur du projet, et ce, même si l’objectif n’est pas atteint.

De même, ironie de l’histoire, ces startups sont en train de se rapprocher des réseaux bancaires traditionnels: KissKissbankbank a été rachetée par La Banque Postale et BNP Paribas a fait alliance avec Ulule.

Source : Club Innovation Culture: Unterlinden, j’aime l’art  

Le digital offre de formidables opportunités pour les acteurs du patrimoine de collecter des fonds en ligne pour soutenir des projets et susciter de nouvelles formes de générosité.

Alors, le numérique permet-il de réinventer le don ?

Romain Delaume, président de Dartagnans, explique:

“Le crowdfunding n’est pas élitiste. Tout le monde peut donner. On compte beaucoup de jeunes primo-donateurs qui sont sensibles à la préservation de leur patrimoine mais aussi aux contreparties proposées comme une visite à la bougie du lieu qu’ils ont contribué à sauvegarder. Ils recherchent des expériences nouvelles.”

Thérèse Lemarchand, CEO de Commeon, l’affirme:

“Le secteur de la générosité est vieillissant. 50% de la collecte se fait sur des personnes de plus de 70 ans. Le don en ligne est très peu représenté alors qu’il colle à nos usages actuels et c’est ce qui coûte le moins cher. Notre cible va des millenials jusqu’aux actifs de 50 ans mais également des « silver surfers » qui préfèrent aujourd’hui faire un don sur une tablette plutôt que d’envoyer un chèque dans une enveloppe. Notre plateforme permet aux donateurs de trouver des causes qui correspondent vraiment à leur sensibilité. Vous pouvez, par exemple, soutenir la restauration de l’église St Germain des prés ou adopter une étoile sur une nef numérique.”

Alors n’hésitez plus : devenez acteur de la sauvegarde du patrimoine, devenez mécène !

Sources:

Club Innovation et Culture: Les campagnes de financement populaire en France au profit des lieux de patrimoine
France Inter: Une nouvelle façon de sauver les vielles pierres
Le Parisien: Les français se mobilisent pour sauver le patrimoine
Journal du net: 336 millions d’euros collectés en France en 2017
Ouest France: Une alternative de financement aux divers visages