L’intelligence artificielle suscite beaucoup d’interrogations auprès des français : est-elle dangereuse ? Va-t-elle nous voler nos emplois ? Va-t-elle prendre le pouvoir sur l’humain ? Des films cultes tels que iRobot et Matrix n’ont pas construit une bonne image de l’IA. Selon une étude réalisée par Odoxa, une entreprise de sondages française, 60% des français voient l’IA comme une menace en 2018.

Pourtant, elle contribue énormément à l’amélioration de notre quotidien et de notre vie en entreprise : elle personnalise nos contenus sur Netflix, elle rend nos données accessibles avec le Cloud, elle répond aux questions des clients à travers un chatbot et compte bien aller plus loin dans le futur. Faut-il alors en avoir peur ?

Pour répondre à cette question, j’ai eu la chance de rencontrer Ernest Nam Hee, architecte de solution chez Huawei lors de la Viva Tech 2019. Il travaille sur les services PaaS, Platform As A Service, qui englobent les services d’Intelligence Artificielle sur le Cloud de Huawei.

 

stand-huawei-viva-tech-2019-intelligence-artificielle🤖 Pouvez-vous me parler des services proposés par Huawei dans le Cloud ?

Ernest Nam Hee : Dans le Cloud, nous proposons un ensemble de services autour de l’intelligence artificielle. L’objectif étant de fournir des services d’intelligence artificielle aux entreprises qui en ont besoin généralement afin d’augmenter leurs efficacités opérationnelles sans pour autant vouloir dépenser trop d’énergie dans la mise en œuvre de l’infrastructure nécessaire à l’IA.

Nous travaillons également sur l’inclusion d’IA dans nos solutions destinées aux opérateurs télécoms afin de permettre l’optimisation, par exemple, de consommation d’énergie dans les Data Centers où sont hébergées les équipements télécoms.

 

🤖 L’IA est devenu un sujet très abordé dans les conférences, qu’est-ce que l’IA selon vous ?

Ernest Nam Hee : L’intelligence artificielle, alias IA, est un terme très généraliste et il peut désigner plusieurs choses. C’est avant tout une technologie qui permet à la machine d’apprendre. On parle aujourd’hui de Machine Learning et de Deep Learning.

Pour simplifier, on ne fait que s’inspirer de la manière dont fonctionne le cerveau humain au niveau des réseaux de neurones tout en l’appliquant à la machine. On enseigne donc à la machine, par exemple à détecter certains objets sur un flux vidéo, et ceux par le même principe d’apprentissage que l’on fait avec l’homme. Il s’agit d’un processus itératif.

 

🤖 Comment l’IA change nos vies ?

Ernest Nam Hee : Chez Huawei, nous considérons que l’intelligence artificielle permet de servir trois objectifs : le premier est de faciliter les tâches quotidiennes et s’affranchir des tâches répétitives laissées à l’IA pour gagner en efficacité.

Le  deuxième est le transfert d’expertise vers l’IA, détenu dans certain cas par des spécialistes de manière à pallier à la rareté de l’expertise. Je pense notamment aux spécialistes comme les cancérologues dont les compétences détenues sont très rares. L’idée serait d’entraîner l’IA de manière à ce qu’elle soit en mesure de faire une première étape dans l’analyse de détection de pathologie du cancer afin de décharger les cancérologues pour des analyses plus pointues.

Enfin, le troisième objectif concerne le développement de l’humain, il s’agit d’une intelligence artificielle qui nous aiderait à améliorer nos capacités.

 

🤖 Qu’est-ce qu’elle peut nous apporter ?

Ernest Nam Hee : L’efficacité au quotidien. Il faut comprendre qu’aujourd’hui l’intelligence artificielle est en train de se déployer partout ! Elle reste invisible car nous avons l’impression qu’elle va uniquement nous apparaître sous la forme d’une machine et échanger avec nous. Alors qu’en réalité, l’IA est protéiforme et n’apparaît pas uniquement sous la forme d’une machine ou d’une voix.

En effet, elle permet aussi d’optimiser des processus au niveau de l’entreprise telle que des processus de vente ou de logistique. Aujourd’hui, ces processus font parties du quotidien des entreprises et peuvent être améliorés par l’IA. Par exemple, on peut déjà confier le calcul de trajet d’un camion à l’intelligence artificielle pour qu’elle en optimise sa course. L’optimisation fait partie des tâches que l’IA accomplit plutôt bien.

 

🤖 Qu’est-ce que l’intelligence artificielle peut faire et ne pas faire ?intelligence-artificielle-aptitude

Ernest Nam Hee : De nos jours, l’intelligence artificielle peut techniquement accomplir de nombreuses missions. Cependant la société est actuellement en phase de réflexion sur ses champs d’actions et sur ses limites. La réflexion est au niveau de l’éthique. Nous essayons de la développer de manière à toucher toutes les industries et tous les métiers.

Cependant, je pense que l’humain n’est pas encore prêt à laisser l’IA tout gérer en toute autonomie. En effet, l’IA ne peut pas exploiter tout son potentiel. Elle traite uniquement des problèmes d’ordre technique et technologique pour le moment. Il s’agit donc de savoir ce que l’humain est prêt à laisser l’IA faire en totale ou en partielle autonomie.

 

🤖 Comment est-elle utilisée par les GAFA et les BATX ?

Ernest Nam Hee : Ces entreprises utilisent l’IA pour analyser nos comportements. Etant donné que l’IA requiert énormément de données pour fonctionner et apprendre, les GAFA et les BATX ont rendu l’IA, une réalité possible en essayant d’analyser nos comportements par le biais des données récoltées sur les usages de chaque personne. Effectivement, depuis la création des GAFA et des BATX, nous n’avons jamais eu autant de données générées qu’aujourd’hui. Comme je l’ai mentionné précédemment, nous utilisons à présent, l’IA pour optimiser les processus de vente et de la logistique.

Je pense à Amazon qui utilise ce genre de technologie à l’intérieur de ses propres entrepôts et cela va très loin. L’IA sert à optimiser des processus internes de l’entreprise mais également à mieux comprendre l’usage et consommation des clients. Les GAFA et les BATX sont dorénavant, en mesure de  proposer des produits et services à la vente extrêmement pertinente par rapport à nos usages individuels car ils connaissent leurs clients mieux que leurs clients se connaissent eux même.

En dehors de ces géants qui ont fait de l’IA une réalité au quotidien, il existe encore des entreprises qui se posent la question de l’utilité de cette IA : “Est-ce-que l’IA peut vraiment m’aider ?”. En France, il est vrai que les entreprises sont généralement plus sceptiques quant à la question de l’utilité de l’IA dans leurs métiers, contrairement aux entreprises américaines et asiatiques. Les GAFA et les BATX, elles, n’ont aucun doute sur l’utilité de l’IA et elles la développent et l’utilisent depuis très longtemps. Mais les réflexions sont là : Encore en phase de découverte, les projets vont finir par se lancer en interne.

 

🤖 Que pensez-vous des assistants vocaux, Alexa et Siri ?

Ernest Nam Hee : Je considère que ce sont de très bonnes IA qui sont en phase d’apprentissage continue. Etant moi-même utilisateur de ces IA à domicile, je trouve que ces IA deviennent de plus en plus pertinente parce qu’elles permettent de réaliser des choses toutes bêtes du quotidien !

Au lieu de tapoter sur votre mobile ou sur votre ordinateur pour trouver une information, vous parlez directement aux IA qui vous donnent directement l’information que vous recherchez.  L’interaction vocale est intéressante lorsqu’on se trouve chez soi ou dans une voiture. Bien entendu, la voix comme mode d’interaction avec IA n’est pas adapté pour tous les cas d’usages ! Mais, je suis convaincu qu’ils vont continuer à évoluer pour une utilisation de plus en plus pertinente à domicile et dans la voiture.

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🤖 D’après vous, quels seront les futurs emplois liés à l’IA ?

Ernest Nam Hee : Il y en a beaucoup ! Les premiers métiers seront liés au développement de “code” pour  optimiser les algorithmes d’IA afin que la machine continue à apprendre et être plus intelligente dans certains contextes. En effet, nous n’avons pas suffisamment de talents qui soient capable de comprendre l’IA et de l’adapter pour tel ou tel cas d’usage.

Cela nécessite d’être à la fois un peu mathématicien, un peu statisticien, et un peu « codeur » pour traiter la partie Big Data. On parle beaucoup de « Data Scientist » comme métier en souffrance de talent. Les métiers de demain autour de l’IA sont encore en création et en devenir. Peu de gens sont capables de prévoir à coup sûr quels seront ces métiers de demain dans IA mais c’est en tout cas en foisonnement et la demande se manifeste dès aujourd’hui.

 

🤖 Que pensez-vous des gens qui disent que l’IA est dangereuse ?

Ernest Nam Hee : Je pense que toutes les technologies disruptives portent leur part de peur et d’inconnu. On a deux manières de voir les choses : Soit les gens pensent que l’IA va détruire des emplois et qu’elle va tout régir à l’instant donné, soit on peut la voir comme créatrice d’opportunité. C’est une technologie de rupture où on doit mettre de l’éthique. Quand l’ordinateur est arrivé, les métiers liés à la dactylographie ont disparus et on ne les regrette pas forcément. C’est pourquoi, toutes les technologies de ruptures impliquent nécessairement de rebattre les cartes au niveau des métiers, des écosystèmes et il faut pouvoir les démystifier. Il est relativement important d’en discuter parce qu’il y a trop de mythes autour de l’IA aujourd’hui.

Si on en a peur, on doit être en mesure d’en parler et d’en débattre, notamment au niveau public pour en connaître les risques potentiels et les opportunités. Ce qui est certain, c’est que l’on emprunte le chemin de l’IA. Mais si nous n’arrivons pas à l’adopter dans des pays comme la France, nous risquons de prendre du retard. Ceux qui n’y vont pas aujourd’hui seront ceux qui perdront demain. L’IA est devenue une réalité dans laquelle il faut continuer à investir.

 

🤖 L’Europe a-t-elle pris du retard par rapport aux Etats-Unis et à la Chine ?

Ernest Nam Hee : La Chine et les Etats-Unis sont indéniablement des pays qui ont beaucoup investi dans l’IA et qui ont des plans nationaux très ambitieux sur le plan de l’IA. Les pays d’Europe ont encore besoin d’être convaincus sur son utilité et ses bénéfices. Les entreprises américaines et chinoises sont convaincues, que l’IA est le présent de demain et donc elles sont sûres qu’il est nécessaire d’emprunter cette voie.

En France, je pense qu’il faut qu’on s’en rende suffisamment compte pour que l’on fasse des plans d’investissement autour de l’IA. D’ailleurs je suis certain qu’on est en train de le faire ! C’est important parce que l’on peut voir ce que les GAFA et les BATX ont réalisé grâce à leur exploitation des technologies Big Datas. Toutes les entreprises n’ont pas pris ce train-là et on peut déjà constater le « gap » avec les entreprises qui n’ont pas pris ce tournant technologique.

 

🤖 Et pensez-vous que l’IA pourra avoir des émotions et une conscience dans le futur ?

Ernest Nam Hee : C’est une question qui est difficile… Je sais qu’il y a des gens qui y travaillent au niveau R&D. Récemment, un robot nommé Sophia, a obtenu la nationalité Saoudienne. Lorsque vous êtes en interaction avec elle, vous avez l’impression qu’elle éprouve des émotions et vous pensez parler avec une personne humaine plutôt qu’à une IA…  Alors, je pense qu’on y est déjà.

Mais la notion de sentiment va bien plus loin, c’est ce qui nous permet entre autre d’établir la différence entre la notion de bien et le mal. C’est une question qui mixe la technologie et la notion d’éthique. Il faut pouvoir en définir les frontières, pour construire une IA avec des sentiments à l’avenir en accord avec la notion de bien et de mal que nous appliquons en tant qu’être humain.

 

Pour aller plus loin : Intelligence Artificielle: opportunité ou menace? Mythe et réalité  / L’intelligence artificielle, les enjeux d’une technologie révolutionnaire

Source : Odoxa/ LaboFnac / Citizencall / VIUZ / Answerthepublic / Digimind