Révolution numérique : comment le digital accélère la transition énergétique ?

« La troisième révolution énergétique est celle combinée des énergies renouvelables, du digital, et des réseaux intelligents » Nicolas Hulot, introduction au Forum de la Transition Energétique, 28 mars 2018.  

Confrontée à l’épuisement des énergies fossiles et au dérèglement climatique, la France, comme de nombreux pays à travers le monde, a été contrainte de s’engager dans un processus de transition énergétique.

Au delà de la dimension environnementale, cette transition s’accompagne de mutations sociétales et technologiques. En effet, cette transition est énergétique mais elle est aussi numérique, avec l’émergence de nouvelles technologies qui modifient profondément nos modes de vie et de fonctionnement.

Dès lors, à l’heure de la révolution numérique, quels sont les défis et enjeux de la transition énergétique? Comment les nombreux acteurs du secteur de l’énergie s’adaptent-ils ? Quels sont les impacts de la transformation digitale sur le secteur de l’énergie?

 

La transition énergétique : définition, enjeux et objectifs

Née dans les années 80 en Allemagne, la transition énergétique est un concept qui désigne l’ensemble des changements à réaliser en vue d’adopter un modèle plus respectueux de l’environnement, tout en réduisant notre consommation d’énergie. Il s’agit de passer d’une consommation majoritairement basée sur l’exploitation des énergies fossiles (pétrole, gaz naturel, charbon…) à une consommation où les énergies renouvelables (solaire, éolien, biomasse, etc.) occupent une place prépondérante dans le mix énergétique.

Les enjeux de la transition énergétique sont nombreux :

  • Économique : réduire la dépendance énergétique, créer de l’emploi et gagner en compétitivité
  • Social :  contrôler le prix de l’énergie pour lutter contre la précarité énergétique
  • Écologique : réduire les émissions de gaz à effet de serre et diminuer l’ensemble des impacts environnementaux et sanitaires.

Le 17 août 2015, ce concept s’est concrétisé en France par la “Loi de transition énergétique pour la croissance verte”. Ce texte fixe les objectifs que la France doit atteindre à moyen terme sur le plan énergétique.

loi de la transition énergétique

L’idée est, petit à petit, d’aboutir à une consommation d’énergie plus raisonnée et efficiente, mais aussi de gagner en indépendance. Mais un tel changement de paradigme implique une prise de conscience de l’ensemble des acteurs : politiques gouvernementales, collectivités territoriales, grandes entreprises industrielles, PME, startups et consommateurs.


La transition énergétique bouleverse l’écosystème des énergies

La transition énergétique est à l’origine de profondes mutations, aussi bien sur le plan environnementale, sociétal et politique mais aussi technologique grâce aux innovations ayant pour objectif de favoriser cette transition. Elle s’est donc imposée ces dernières années dans l’agenda du secteur des énergies avec le développement croissant des énergies renouvelables (EnR) qui sont au cœur des stratégies des acteurs historiques et des nouveaux entrants.

Avec les EnR, on passe d’un système où l’énergie est produite en grande quantité et de manière constante par quelques grands groupes de manière centralisée à un monde dual intégrant un plus grand nombre d’acteurs. La tendance est d’ailleurs à l’autoconsommation, une possibilité ouverte par la loi de transition énergétique. Depuis peu, les particuliers, les entreprises et les organismes publics peuvent se regrouper pour produire de l’électricité, la consommer et vendre l’excédent à une clientèle locale.

Face à la mutation de leur secteur, les grands énergéticiens n’ont eu d’autre choix que de se réinventer et de s’adapter aux défis majeurs auxquels ils doivent faire face.

Les acteurs historiques

Les grands groupes énergétiques français s’intéressent de plus en plus aux énergies renouvelables et reconfigurent un marché en plein essor. Les acquisitions de PME spécialisées dans ce domaine vont croissant.

EDF, le fournisseur historique sur le territoire français, reste largement le premier énergéticien de France puisqu’il couvre 84% de la population en électricité.

Porté par EDF Energies Nouvelles, sa filiale dédiée aux énergies renouvelables du Groupe, EDF vient de lancer son plan solaire et prévoit de déployer 30 GW de capacités photovoltaïques entre 2020 et 2035, multipliant par quatre la puissance électro-solaire du pays. Le groupe annonce également son Plan Stockage Électrique avec pour objectif de devenir le leader européen du secteur d’ici à 2035.

En septembre 2017, EDF lance sa pépinière à startups : EDF Nouveaux Business. A la fois fonds d’investissement et incubateur, la nouvelle entité prévoit d’investir 40 millions d’euros en 2 ans dans 10 start-up sur des projets ayant pour thème la transition énergétique.

ENGIE (ex-GDF Suez) est présente sur l’ensemble de la chaîne de valeur de l’énergie, dont le secteur de la production. Grâce à son héritage monopolistique, Engie détient encore 66% du marché du gaz.

Le groupe s’est donné comme ambition d’être le leader mondial de la transition énergétique, avec plus de production décarbonée et décentralisée, mais aussi plus de services, en particulier dans l’efficacité énergétique. Le digital est au coeur de cette ambition.

Le groupe Engie a ainsi acquis une participation de 95% du capital dans le producteur d’énergie solaire Solairedirect pour devenir le numéro un du secteur en France.

Par ailleurs, Engie renouvelle son partenariat avec Crédit Agricole assurances pour acquérir près de 500 MW de parcs éoliens et photovoltaïques d’ici fin 2018. Son objectif est d’atteindre une part de 25% d’énergies renouvelables dans son portefeuille de production en 2020, contre 18% en 2015.

Des nouveaux acteurs de plus en plus nombreux

Direct Energie, troisième acteur de l’électricité et du gaz et premier fournisseur alternatif de France, a déjà séduit 2,5 millions de particuliers en France depuis sa création en 2003.

L’entreprise est fortement engagée dans les énergies renouvelables : des centaines de millions d’euros sont investis dans l’éolien, le photovoltaïque et la méthanisation. Fin 2018, ce sont 800 mégawatts de renouvelable et 800 de gaz. Le fournisseur alternatif a d’ailleurs racheté en juin 2017, Quadran, l’un des premiers producteurs indépendants d’énergie renouvelable en France.

À côté des grands groupes énergétiques, les entreprises pétrolières aussi cherchent également à s’engager dans le renouvelable. En effet, si les accords de Paris sont respectés dans leur intégralité, il ne devrait plus y avoir de consommation de pétrole d’ici à 2050.

Total, le géant pétrolier et gazier, est donc contraint de concurrencer EDF et Engie. L’entreprise pétrolière française s’est déjà offert 60 % de SunPower en 2011, un producteur américain de panneaux solaires et en 2016 le fournisseur d’électricité belge Lampiris. En septembre 2017, le géant pétrolier a lancé Total Spring : une offre avec un prix inférieur à celui d’EDF avec une dimension « verte », puisqu’il s’agit d’électricité produite à partir d’énergies renouvelables.
Dernier coup d’éclat, mercredi 18 avril, Total a signé un accord pour acquérir 74 % de Direct Energie, pour 1,4 milliard d’euros. Le groupe nouvellement constitué annonce désormais vouloir viser plus de 6 millions de clients en France et plus de 1 million de clients en Belgique à l’horizon 2022. Avec cette acquisition, Total passe de 1 % de part de marché de l’électricité à 7 %.

Depuis 2017 et l’ouverture à la concurrence du marché de l’énergie pour les particuliers, des opérateurs alternatifs sont autorisés à fournir directement de l’énergie au consommateur final, professionnel ou particulier. Le marché de l’énergie est sorti de la logique de tarifs réglementés, pour entrer dans celle d’une concurrence en règle.

De plus en plus d’acteurs tentent de bousculer les opérateurs historiques encore prédominants. Le crédo de ces nouveaux fournisseurs alternatifs : prix, énergie verte et digitalisation.

Pour en savoir plus sur les différents fournisseurs, http://www.energie-info.fr/En-savoir-plus-sur-l-energie-en-France

La nécessaire digitalisation du secteur de l’énergie

Dans ce contexte de plus en plus concurrentiel où chacun doit gagner en compétitivité, il était indispensable pour les nombreux acteurs de l’énergie de mettre pleinement en œuvre leur transformation digitale pour s’adapter rapidement aux nouvelles tendances du marché.

Les grands énergéticiens français s’engagent de plus en plus dans la digitalisation de leurs activités dans laquelle ils investissent de l’ordre de 20 % par an.

Sur un marché encore dominé par les monopoles historiques près de dix ans après sa libéralisation, la digitalisation est en passe de bouleverser cet ordre établis encouragé par l’évolution des attentes des consommateur. La transformation digitale impacte l’ensemble des pratiques du secteur : que ce soit les activités liées directement à l’outil industriel, à la relation client ou encore à l’acculturation des collaborateurs.

Une transformation structurelle

La digitalisation du secteur amène les différents acteurs à repenser leurs activités :

  • en proposant une nouvelle chaîne de valeur qui intervient de la production à la distribution d’énergie,
  • par la maîtrise et l’intégration d’outils numériques comme l’open innovation, l’IoT, le big data, l’intelligence artificielle…,
  • en identifiant et en testant de nouveaux business models par des investissements ou l’acquisition d’entreprises innovantes (cleantech, greentech, startups digitales).

Une transformation centrée sur la relation client

L’essor du digital a habitué les consommateurs, et notamment les “digital natives”, à des services très personnalisés : hyper connectés, ils sont mieux renseignés et pourraient plus facilement envisager de changer de fournisseur. La digitalisation de l’expérience client devient donc un enjeu majeur. Les clients souhaitent plus d’instantanéité, de conseil d’optimisation, et d’offres intégrées autour de la maison connectée par exemple.

 

Une transformation culturelle

La transformation organisationnelle se traduit par des enjeux managériaux majeurs :

  • l’évolution vers un modèle plus agile qui favorise les interactions désilotées,
  • le recrutement de nouvelles compétences (data scientist/analyst, UX designer, digital marketeur…)
  • et la diffusion de la culture digitale dans toute l’entreprise.

 

Smartgrids, IoT, Blockchain : ces innovations qui accompagnent la transition énergétique

La transition énergétique est indissociable de l’innovation. Les nouvelles technologies (smartgrids, IoT, blockchain) semblent apporter les solutions pour faciliter cette transition.

« Les réseaux intelligents ou « smart grids » jouent un rôle important dans la transition énergétique. Face à la multiplicité des besoins en électricité et la nécessité de maîtriser sa consommation, les réseaux d’électricité doivent s’adapter et devenir intelligent. Les Smart grids sont des technologies informatiques qui ajustent les flux d’électricité entre fournisseurs et consommateurs. En collectant des informations sur l’état du réseau, les smart grids contribuent à une adéquation entre production, distribution et consommation.

Les compteurs intelligents, tel Linky de Enedis et Gazpar de GRDF, permettent aux ménages de calculer et suivre en temps réel le niveau de consommation d’énergie et ainsi prendre les mesures nécessaires pour réduire leurs coûts énergétiques. Après avoir rencontrer une certaine résistance au début de leurs installations, les Français sont désormais assez familiers de ces compteurs nouvelle génération et de l’opportunité qu’ils représentent : ils sont 70% à estimer que les nouveaux modèles de compteurs leur permettront de mieux suivre leur consommation d’énergie grâce à un relevé de la consommation réelle.

L’essor des objets connectés profite à la transition énergétique. Thermostat intelligent, ampoule connectée… ces objets jouent un rôle important dans la maîtrise et la réduction de la consommation en énergie.

objets connectes maison

La technologie Blockchain permet d’effectuer des transactions (vente/achat, contrat) sans contrôle centralisé (par des banques ou tout autre intermédiaire), tout en diminuant les coûts et en accélérant la vitesse des transactions. La Blockchain appliquée à l’énergie est lié à l’échange d’électricité en « peer-to-peer » : en évitant les intermédiaires, elle permet de vendre directement de l’énergie à d’autres consommateurs, de manière fiable et sûre, en s’affranchissant des distributeurs. Avec les communautés d’énergie et le développement de l’autoconsommation, des expérimentations françaises sont désormais en cours avec le déploiement du Sunchain ou du Solarcoin.

Au-delà des consommateurs individuels ou industriels, cette révolution digitale de l’énergie offre aux villes et aux territoires de nombreuses opportunités d’amélioration de leur gestion de l’énergie. C’est l’un des premiers leviers du développement des Smart Cities. L’émergence de ces villes intelligentes est corrélée à la volonté des territoires d’engager la transition énergétique dans les politiques locales et les opportunités offertes par la révolution numérique et les smart technologies.

 

Aujourd’hui, le constat est unanimement partagé : bon gré mal gré, le paysage énergétique français évolue à une vitesse extraordinaire. Nous assistons à l’émergence d’un tout nouvel écosystème énergétique construit autour de quatre piliers :

  • Renouvelables,
  • Décentralisation,
  • Digital,
  • Agilité.

Autant de défis à relever pour les acteurs traditionnels de l’énergie, qui peuvent saisir les opportunités de la mutation en cours s’ils mettent en œuvre de nouveaux business models, intègrent les nouvelles technologies et adaptent leur outil de production.

Mais l’évolution n’est plus seulement indispensable, elle devient urgente. Le cabinet IDC prévoit que d’ici 2020, 2,5 GW d’électricité seront générés par 20% des 500 plus grandes entreprises mondiales…donc pas des entreprises énergétiques traditionnelles. En d’autres termes quand les géants du web (GAFAM, BATX ou NATU) se réveilleront, il sera peut-être déjà trop tard…

Pour aller plus loin :

 

Par | 2018-06-27T16:39:16+00:00 dimanche, 22 avril, 2018|Catégories : E-Business, E-commerce|

À propos de l'auteur :

Après plus de 10 ans d'expérience dans le domaine de la communication, j’ai souhaité suivre l’évolution du marché en poursuivant une formation de Manager du Marketing Digital. Grâce au MBAMCI, j'ai pu acquérir de nombreuses compétences : # Stratégie, #GestiondeProjet, #InboundMarketing, #ContentMarketing, #SEO, #SocialMedia. Mes centres d'intérêts : transition énergétique, économie circulaire, transformation digitale.

Un commentaire

  1. DRIS Amine 15 novembre 2018 à 0 h 27 min - Répondre

    Bravo pour votre vision sur la transition énergétique accouplée à la digitalisation, les smart grids, smart cities, les compteurs intelligents etc…

    Votre regard porte loin, et je souhaite pour l’humanité, après le crépuscule des énergies fossiles, une aube nouvelle tel que vous la décriviez et dont je partage entièrement vos opinions .

    Dans mon pays, l’Algérie, je me bats depuis des années pour réussir notre transition énergétique. Ce n’est pas facile mais je ne perd pas espoir. Les mentalités commencent à évoluer positivement. Reste un passage à l’action plus réfléchit et efficace. Nos idées ne manquent pas mais la volonté politique réelle est encore faible.

    Je suis M. DRIS Amine, ingénieur mécanique à Sonatrach spécialisé dans les économies et les efficacités énergétiques (Port: 0550 136 007).
    Je me tiens à votre disposition pour un échange d’idées sur ce sujet.

    Cordialement.

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