La digitalisation des PME et TPE françaises, un enjeu global.

Quand j’ai intégré la société familiale en 2009, comme tout bon fils qui vient épauler son père, j’étais prêt pour le challenge. Le profil correspondait parfaitement à la tâche. Fraîchement diplômé trois années plus tôt de l’Ecole de Management Léonard De Vinci et en plus, un double diplôme de l’université San Pablo CEU de Madrid.  Trois années d’expérience chez Marriott en tant que commercial, puis Team Leader. Tout était là me semblait-il. Je disposais de toutes les bases nécessaires pour reprendre la société familiale. Il ne manquait plus que la petite coupe de cheveux du premier de la classe et le tableau aurait été parfait. La petite société créée en 2001 par mon père faisait alors un peu moins de 4 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 9 salariés. Digitalisation? ok, si j’ai le temps, on verra…

8 ans après… Nous sommes 17 personnes, et cette année on en recrute trois ou quatre de plus. Le chiffre d’affaires est juste en dessous de 8 millions d’euros. Peut-être 10 million d’euros d’ici la fin de l’année. Challenge accompli ? Non… pas vraiment. Même si maintenant, j’ai la coupe de cheveux adéquate.

Un match à jouer, et à gagner, sans entraînement.

Je suis venu dans cette société en pensant que mon travail était de poursuivre le développement du chiffre, tout en préservant l’esprit paternel mis en place par mon père envers ses employés. C’est vrai, c’était, c’est, et cela restera toujours mon travail. Mais ce n’est pas l’essentiel. Après 8 ans passés, c’était la partie la plus simple en fait. Stratégie commerciale, business plan, partenariat, restructuration… tout était dans mes bouquins de fac. Donc rien de très complexe.

Ma formation m’a bien préparé à la gestion d’entreprise, à comprendre et améliorer le flux de travail qui la traverse quotidiennement. Sauf que le modèle sur lequel ma société s’est construite est en train de devenir obsolète, à très grande vitesse. A la même vitesse en fait, que celle du développement du digital. La vraie problématique, vitale, sera de réussir la transformation digitale de ma société. Sans cela, toutes les années passées à la développer vont disparaitre au fur et à mesure. Sans une digitalisation saine et adaptée, un déclin lent viendra fatalement clôturer les débats. Il n’est plus question d’avoir juste un site vitrine ou de jolies campagnes emailings pour pouvoir continuer. Le débat est bien plus profond. Toute la structure et l’organisation de la société doit se moderniser. Je dois me moderniser.

Une situation à risque

Ma société est un cas parmi beaucoup d’autres. Beaucoup, beaucoup d’autres. Si les PME françaises ratent leur transformation digitale et n’arrivent pas à conserver leur place sur un marché européen de plus en plus compétitif, alors imaginez l’impact sur l’emploi et l’économie de notre pays. Les sociétés de notre taille ne peuvent pas externaliser ce passage au digital, le coût serait trop important. Et puis, si la survie de la société en dépend, comment pourrait-on laisser une charge aussi lourde à une tierce personne ? Beaucoup trop risqué. Alors, la transformation digitale doit se faire de l’intérieur, et le premier élément à digitaliser est le patron lui-même. Pendant mes études, il nous était demandé de lire le livre de J-M Peretti Tous DRH, car il est inconcevable qu’un patron ne dispose pas de compétences nécessaires à la gestion de ses ressources humaines. Nous avions également lu, débattu et pratiqué le célèbre STRATEGOR, Grand Livre Sacré de la stratégie et de la gestion d’entreprise. Car tout gérant, se doit d’être bon stratège, s’il souhaite survivre dans le temps. Il nous fallait aussi comprendre la base de la comptabilité générale et analytique d’une société, pour comprendre les chiffres et déterminer la santé d’une entreprise. Aujourd’hui, le digital en est exactement au même niveau. Indispensable. Il en devient même une nouvelle nature pour les sociétés.

infographie: source Exact France

Evoluer pour survivre

J’ai mis du temps à comprendre ce que voulait dire «la digitalisation d’une entreprise». Pourquoi est-ce qu’ils parlent de «transformation», d’«ère», de «transition» ? Des mots très forts pour un sujet qui ne semble parler que de nouvelles technologies…même les politiques s’en mêlent jusqu’à en nommer un secrétaire d’Etat chargée du numérique. Et bien justement, voilà ! Ce n’est pas qu’une question de connaitre les dernières tendances. Le digital bouleverse entièrement l’économie actuelle. C’est une façon de penser le business qui est complètement différente du mode de fonctionnement des entreprises actuelles. Le digital va vite et n’attend pas. Si le digital accélère tout et qu’il est indispensable à la survie des entreprises, alors cela veut dire qu’il va aussi accélérer la chute des entreprises non digitalisées…l’équation est simple. D’un coup, on comprend les millions dépensés par les grands groupes, les projets d’aide d’états aux entreprises et toute l’effervescence autour de ce concept. Ce n’est plus une histoire d’image, de site internet et de belles photos. C’est un nouveau mode de vie, de consommation, de réflexion.

Le vrai challenge qui m’attend n’est pas comment intégrer le digital pour développer les ventes ou faire du marketing, mais comment digitaliser le fonctionnement interne de ma société. Comment chaque fonction de mon entreprise va utiliser les outils du digital pour travailler mieux. Les ressources humaines, la comptabilité, la logistique, la face interne de la vente et du marketing, tout y passe. La digitalisation est un processus autant interne, qu’externe.

Cette transformation forcée se présente aujourd’hui comme un obstacle qui se dresse devant nos PME et TPE. Un obstacle que l’on ne peut franchir qu’à travers une évolution de nos compétences et mentalités. La théorie évolutionniste de Charles Darwin fait un bon rappel à ce sujet : « les espèces évoluent dans le temps, engendre progressivement de nouvelles espèces ou disparaissent ». A moi maintenant d’évoluer pour survivre…au moins jusqu’au prochain challenge.