Monnaie digitale : le Bitcoin.

Le Bitcoin : une monnaie pour payer & vendre sans les banques

Pas un jour ne passe sans que le mot « Bitcoin » ne soit cité. Que ce soit de façon positive car innovant ou négative car générateur de fraude, d’escroquerie… Je vous propose de découvrir cette nouvelle monnaie qui circule sur Internet. Mais est-ce une monnaie ou une technologie ou les deux ? Devons-nous nous en méfier et quels champs du possible nous ouvre-t-elle dans une économie qui ne cesse de se digitaliser ?

Quelles sont les origines du Bitcoin ?

Le terme vient de l’anglais « coin », pièce de monnaie, et « bit », unité de mesure informatique binaire. Il désigne à la fois une monnaie électronique (donc ni pièces ni billets) ou crypto-monnaie (on en compte plus de 500 : Ripple, Litecoin, Ether…) et un système de paiement (Peer To Peer : c’est à dire géré par les utilisateurs eux-mêmes par opposition à une autorité centrale). Le symbole monétaire non officiel est ฿ (en langage html : caractère unicode 0x0243) et le sigle correspondant BTC. Il suffit de posséder une connexion internet pour accéder à cette monnaie qui est universelle c’est à dire valable dans le monde entier. Bitcoin doit son origine à un logiciel conçu en 2009 par une communauté d’informaticiens dont l’un d’entre-eux répond au pseudonyme de Satoshi Nakamoto. Il aurait été le 1er à publier un article de recherche sur ce sujet et à avoir lancé la 1ère transaction le 3 janvier 2009. Tout échange de communication de sa part a disparu.

Quelles sont les caractéristiques techniques de Bitcoin qui en font une monnaie ?

– C’est une Unité de compte : il représente la valeur d’un bien ou d’un service (ex. prix affichés en bitcoin sur des sites e-commerce ou dans des magasins)
– Elle sert d’Intermédiaire dans les échanges : en permettant de régler des transactions
– C’est une réserve de valeur : au sens où elle peut-être stockée sur un portefeuille numérique (hébergé sur un ordinateur, une tablette, un mobile) en vue d’achats futurs.

Qu’est-ce qui la rend différente des autres devises physiques telles que l’euro ou le dollar ?

Pas de système centralisé donc pas de supervision par une Banque Centrale telle la Banque Centrale Européenne qui surveille la valeur de l’euro et intervient pour en réguler la masse monétaire selon la politique monétaire définie. Dans un tel système, l’utilisation de la monnaie est soumise à des règles : les banques assurent la sécurité des avoirs et des transactions. Pas d’émetteur central de monnaie car la gestion de celle-ci est répartie sur tous les nœuds du réseau (le nombre d’ordinateurs connectés qui enregistrent en continu les transactions), le bon fonctionnement du système repose uniquement sur des codes informatiques cryptés échangés entre des ordinateurs. Pas de réseau bancaire classique donc en cas de « réclamation » sur une transaction, pas de possibilité de la contester voire de la récupérer. Une transaction Bitcoin ne peut être annulée. En outre, les frais de transaction comparés à une transaction bancaire classique sont très peu chers (commission inférieure à 1 centime d’euro à comparer aux 2-3% pour une transaction par carte bancaire). Moins d’intermédiaires donc moins de frais d’infrastructures répercutés sur le consommateur final.

Pas d’inflation possible car le système est programmé de telle façon qu’il ne peut y avoir, à terme, plus de 21 millions de Bitcoins en circulation (15,2 millions en Février 2016). Mais le Bitcoin est théoriquement divisible à l’infini. Il existera donc toujours assez de Bitcoins pour effectuer les transactions : on parlera alors de millièmes ou de millionièmes de Bitcoins. On peut comparer le Bitcoin à une monnaie « matière première » comme l’or. Tout dépendra du cours du Bitcoin.

Le Bitcoin n’a pas cours légal c’est-à-dire que nul n’est tenu de l’accepter comme moyen de paiement. Sa valeur dépend uniquement de l’offre et de la demande et de ce fait connaît des fluctuations conséquentes : au plus haut 1 Bitcoin valait 800€ en Décembre 2013 contre 363.80€ au 15 février 2016.

– La « monnaie » est détenue directement par les utilisateurs eux-mêmes, sans que le processus de paiement ou de transfert d’argent ne fasse appel à la moindre banque.

– Les transactions effectuées sont à la fois anonymes (pas de noms de personnes, mais des adresses numériques) et totalement publiques (le site blockchain info  donne accès en temps réel aux transactions ). Elles sont stockées sur une base de données ou livre des comptes. Chaque unité de Bitcoin est tracée depuis le début à partir de ses propriétaires successifs. En effet, une transaction indique le montant versé à une autre adresse bitcoin et elle intègre aussi la transaction précédente qui elle-même intègre également la transaction précédente … Cet historique est nécessaire pour justifier que les fonds nécessaires sont effectivement possédés. Cette transaction est publique mais l’adresse bitcoin est protégée grâce aux procédés cryptographiques (clé publique-clé privée). Une transaction est un message comprenant le numéro d’identification de la transaction précédente, le montant, la clé publique c’est à dire l’adresse bitcoin de l’émetteur, la signature du message par la clé privée de l’émetteur, et l’adresse bitcoin du destinataire. Ces systèmes de clé sécurisent la transaction car la clé privée doit correspondre à la clé publique avec laquelle a été créée l’adresse bitcoin en sortie de la transaction précédente. Il est toutefois nécessaire de valider cette transaction pour s’assurer qu’elle est réelle. Cette transaction est intégrée à « un bloc de transactions » lui-aussi crypté qui contient également l’empreinte du bloc précédent.. sur le même principe que celui des transactions. C’est à ce stade que les mineurs interviennent pour valider les transactions et inscrire le bloc dans la base de données.

– La monnaie est créée par des « mineurs » appelés ainsi en référence à la période de la ruée vers l’or. On pourrait dire d’eux qu’ils creusent -informatiquement parlant- pour trouver non pas de l’or mais de la monnaie numérique (citation tirée du livre de Philippe Herlin « La fin des banques? »). Ce sont des utilisateurs ou pas du réseau Bitcoin -financièrement intéressés- qui via leur matériel informatique très puissant et coûteux (matériel plus consommation d’énergie) font tourner 24/24 des programmes informatiques contenant des calculs mathématiques pour valider les transactions. Toutes les « pièces » Bitcoin sont tracées par le réseau depuis leur création. Quand un utilisateur A envoie une « pièce » à un utilisateur B pour le payer, les ordinateurs des mineurs retracent les mouvements de fonds antérieurs à cette transaction pour éviter la fraude. Dès que la transaction a été validée, elle est archivée dans un fichier très lourd qui retrace tous les mouvements de fonds du réseau. Pour valider définitivement la transaction, les ordinateurs des mineurs doivent tenter de résoudre un nouveau problème cryptographique pour lequel il n’y a qu’une seule réponse. Le premier ordinateur qui y parvient permet à son détenteur de recevoir une récompense en bitcoins (25 bitcoins en Décembre 2015 par bloc de transactions validé). Cette rémunération sera divisée par 2 tous les 4 ans comme prévu par l’algorithme.

Ci-dessous des illustrations de la Chaîne de blocs ou « Blockchain ».

      blockchainblockchain2

 

Pour mieux comprendre ce qu’est le Bitcoin, je vous invite à visionner cette video avec la participation de la Maison du Bitcoin.

 

Avant de vous décider à utiliser cette monnaie, citons quelques-uns de ses avantages et inconvénients :

  1. Avantages :
  • Pas de frais de transferts
  • Des transferts quasi-instantanés (moins de 5 secondes). Il faut toutefois attendre un délai de 10 minutes en moyenne pour que le transfert soit confirmé
  • Une couverture mondiale
  • Des frais de paiement inférieurs à celui des cartes bancaires (5 à 6 centimes d’euros/transaction à comparer aux 2-3%)
  • Pas de limite minimale ou maximale dans le montant transféré
  • Des transactions irréversibles donc avantageux pour le commerçant car une fois les bitcoins de la vente reçus, pas de remboursement à effectuer
  • Des transactions anonymes : pas de trace de vos coordonnées sur les sites marchands qui pourraient être ré-utilisées contrairement aux paiements par cartes bancaires. Pas d’obligation de révéler son identité pour envoyer ou recevoir des bitcoins.
  • Pas d’intervention d’intermédiaires lors du stockage ou du transfert de bitcoins
  • Tout le monde peut utiliser le Bitcoin moyennant un accès à Internet.
  1.  Inconvénients :
  • Niveau d’utilisation du Bitcoin : c’est une monnaie qui n’est pas connue de tous (commerçants et utilisateurs)
  • Cours encore très volatile qui pourrait se stabiliser lorsqu’il y aura plus de transactions mais le Bitcoin subit encore les évènements de marché
  • Transactions irréversibles : pas de possibilité d’annuler une transaction ou de revenir en arrière en cas d’erreur
  • Mode de stockage des Bitcoins (ordinateur, portefeuille en ligne ou sur une clé usb).

Si après ces explications, vous souhaitez devenir utilisateur de Bitcoin, découvrez ci-dessous les étapes de votre parcours 

Etape 1 : Choisir votre portefeuille ou porte-clés
Ceci vous permettra d’obtenir une adresse pour recevoir des Bitcoins. Cette monnaie ne permet que d’émettre des virements. Vous aurez le choix entre différentes formules selon l’usage que vous souhaiterez en faire (porte-clés logiciels comme Bitcoin Core, porte-clés en ligne, applications pour téléphone mobile, hardware wallet, porte-clé papier (QR code, adresse et clé privée).
 Etape 2 : Générer une adresse de réception
Ce sera l’équivalent de votre RIB (Relevé d’Identité Bancaire) en ligne ex. 152NgAnsDFwr41yagwwuvRk1mr9gZx7ThA. C’est cette adresse publique qu’il vous faudra communiquer à votre correspondant pour recevoir des Bitcoins. Le mode prélèvement n’existant pas, communiquer cette adresse dans un mail ne présente aucun danger.
 Etape 3 : Se procurer des Bitcoins
Selon le mode de paiement que vous choisirez (virement bancaire, carte, espèces, retrait DAB) et en fonction des services offerts, vous aurez à régler une commission pour convertir vos euros en Bitcoin. Citons notamment :
  • Les places de marché : soit des plateformes de trading qui doivent être adossées à un établissement de crédit, de paiement, ou de monnaie électronique validé par l’ACPR (Autorité de Contrôle Prudentiel et de Résolution) : Kraken, Paymium… soit des plateformes de séquestre mettant en relation acheteurs et vendeurs (bitboat..), soit des changes physiques par distributeur automatique (La Maison du Bitcoin 35 rue du Caire 75002). Au comptoir de la Maison du Bitcoin il vous faudra acquitter une commission de 10% si vous achetez des Bitcoins avec des espèces. Pour un achat par carte bancaire, la commission variera entre 10% et 6% selon le montant de vos achats. Vous pouvez également ouvrir un compte d’achat en ligne sur leur site  Coinhouse.
  • Les sites publicitaires : ces sites (freebitco.in, bitvisitor.com…) vous offrent gratuitement des fractions de bitcoin moyennant du « temps de cerveau humain » que vous consacrerez à la publicité.
  • Les programmes d’affiliation : bitboat, freebitco…
  • Le minage de bitcoins
  • La vente de biens par petites annonces : aubitcoin.fr…

Etape 4 : Utiliser vos Bitcoins 

Sur des sites marchands en ligne : Plus de 100.000 sites d’e-commerce dans le monde acceptent le Bitcoin. En France, les plus importants sont expedia.fr et showroomprivé.com. On y trouve aussi des sites de jeux en ligne, de vente de matériel informatique et de services Internet, tel que l’hébergeur de blogs Word Press. Aux Etats-Unis : DELL, Overstock….

Dans des magasins physiques : restaurants, magasins de vêtements… Plus d’adresses.

Mais aussi pour du crowdfunding, des micro-paiements, des dons : auprès d’ONG comme la Croix Rouge ou Greenpeace…Des sites web permettent de donner des pourboires en échange d’un article ou d’un commentaire intéressant.

Le Bitcoin : Où en est-on? 

Une position entre le : « je t’aime moi non plus » et « … plus si affinités ».

Vous l’aurez compris, « Bitcoin est à la banque ce que l’e-mail est à la Poste ». Si l’on s’arrête au fait que sa  finalité est de se « passer » de banque centrale et du réseau bancaire classique : certains de ses détracteurs sont identifiés. D’autres lui reprochent également d’échapper aux contrôles (en raison de l’anonymat des adresses, anonymat qui dans un secteur aussi réglementé que celui des moyens de paiements, peut conduire à des écarts dans la lutte contre le terrorisme, le blanchiment, la fraude documentaire) permettant ainsi l’existence d’une économie parallèle voire criminelle (reproche avéré à l’encontre du site américain Silk Road utilisé pour vendre de la drogue en échange de Bitcoins et fermé par le FBI en octobre 2013) et d’échapper aussi  aux manipulations inflationnistes… Selon les événements de l’histoire (crises financières, affaires sulfureuses sur le Darknet) et les intérêts suscités par des entreprises telle qu’e-bay, le Bitcoin a été de nouveau autorisé dans certains pays mais reste banni dans d’autres. Dernière affaire en date en défaveur du Bitcoin : la disparition de la plateforme d’échange de bitcoins Mt Gox, sur laquelle des milliers de clients ont perdu leurs Bitcoins suite à des actions de hacking.

 

Que manque-t-il au Bitcoin pour s’imposer à côté des monnaies officielles ?

Davantage de sites marchands qui afficheront des prix en bitcoins à côté des prix en euros, en dollars … il faudra pour cela que son cours soit stable ce qui n’est pas encore le cas.. ainsi que la présence d’acteurs de référence pour amener la confiance auprès des investisseurs et des consommateurs.
C’est dans cette logique et aussi animés par cette volonté d’inscrire la Blockchain dans leur stratégie digitale que 42 banques dont BNP Paribas, La Société Générale, Natixis, Axa, BBVA, HSBC….ont rejoint le consortium Blockchain de R3 (entreprise créée en 2014 et basée à New York, spécialisée dans le technologie Blockchain). Les objectifs visés : simplifier l’infrastructure bancaire, renforcer la sécurité, l’intégrité des systèmes tout en réduisant le coût des transactions (une économie annuelle des frais de fonctionnement estimée entre 15 et 20 Milliards $ sur les 6 prochaines années selon une étude de la Banque Santander) sans perdre de vue un meilleur service au client final. Mais les Banques vont-elles accepter de perdre tout ou partie de leur autorité ou vont-elles « miner » l’esprit libertarien, l’une des écoles de pensée à l’origine de la création du Bitcoin en modifiant la Blockchain?

Conclusion :

Plus de 6 ans après sa création, le Bitcoin en tant que monnaie doit encore convaincre pour améliorer sa notoriété, rassurer et dépasser le stade de monnaie complémentaire. Le Bitcoin n’est toutefois qu’un exemple des très nombreuses possibilités d’application de la Blockchain. La plupart des blockchains créées servent à transférer de l’argent mais leur système d’archivage entre-autre pourrait également permettre d’y conserver un contrat ou tout autre précieux document. L’avenir du Bitcoin se trouve davantage dans le développement de la technologie sur laquelle il repose c’est à dire la Blockchain. De nouveaux usages de cette technologie permettraient d’ouvrir la voie à des applications dans des domaines très variés tel que la santé, l’assurance, l’immobilier, l’éducation… jusqu’aux gouvernements (certificats officiels, vote en ligne…) et donc venir « disrupter » notre vie quotidienne.
 Sources :

 

 

Par | 2016-02-26T12:44:47+00:00 lundi, 15 février, 2016|Catégories : E-Business, E-commerce|Mots-clés : , , , , , , |

À propos de l'auteur :

Solide expertise dans le crédit aux particuliers : vente, lancement de produits, gestion de partenariats, relation clients, conduite de projets, rétention clients, animation d'équipes X-sell/Up-Sell, CRM. J'ai exercé ces fonctions en étant centrée sur le client et animée par une culture du chiffre et de l'objectif. J'effectue ce MBA Marketing & Commerce sur Internet pour être mieux armée face aux transformations digitales des entreprises et pouvoir les accompagner.

Un commentaire

  1. Eric VAN HOUTTE 20 février 2016 à 8 h 56 min

    Grand merci Isabelle pour cette synthèse très didactique- Bravo

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