Applications dédiées aux enfants de moins de 3 ans : opportunité ou danger ?

La révolution numérique a totalement bouleversé les habitudes de vie et les interactions. Les applications pour les tout-petits se multiplient sur les stores : pour développer le langage, l’imaginaire et la mémoire, apprendre à compter, à dessiner, découvrir les formes, les couleurs, s’endormir plus facilement…Elles paraissent inoffensives voire éducatives.
Pourtant, le 20 novembre dernier, le Sénat a adopté une proposition de loi visant à lutter contre la surexposition précoce et massive des enfants aux écrans.
Et en janvier de cette année, deux investisseurs ont même demandé à Apple de travailler à réduire l’addiction des enfants aux smartphones.

Faut-il donc s’inquiéter ? Le numérique représente-t-il une formidable opportunité éducative ou un véritable enjeu de santé publique pour les tout-petits ?

Du côté des enfants

Qui ne connait pas dans son entourage un enfant de moins de 3 ans qui :

  • refuse de manger s’il n’est pas « distrait » par une vidéo ou des photos ?
  • refuse de s’endormir sans avoir regardé un épisode de son dessin animé préféré ?

Selon une étude de l’INSERM, 30% des enfants de moins de deux ans utilisent une tablette ou un ordinateur de temps en temps, 20% tous les jours ou au moins toutes les semaines. Pour les smartphones, 20% y sont exposés de façon occasionnelle, 10% tous les jours.

Les écrans exercent une véritable fascination sur les enfants, à tel point qu’ils ne sont pas capables d’en auto-réguler leur utilisation.
Les devices dédiés aux petits sont plus « addictifs » : les contenus leurs sont dédiés, ils n’ont pas besoin de les partager avec le reste de la famille, ils peuvent les utiliser à peu près quand ils le souhaitent…

Quant aux contenus (applications, jeux), la recette pour plaire aux enfants est simple :

  • une histoire,
  • des couleurs vives,
  • des stimuli visuels et auditifs,
  • des quêtes,
  • des récompenses lorsqu’ils réussissent.

Du côté des parents

On culpabilise souvent les parents pour leur apparent laxisme vis-à-vis de l’utilisation des écrans par leurs enfants. « Près d’1 parent sur 2 prête son téléphone à son enfant pour le consoler ou l’occuper. »

En réalité, en dehors de quelques conseils présents dans les carnets de santé, les parents ne sont que depuis peu mieux informés sur les effets d’une utilisation abusive des écrans connectés. Ils sont désormais plus conscients de la nécessité d’imposer des règles afin de protéger leurs enfants. Pourtant, seul 40 % des parents déclarent montrer l’exemple en évitant d’être rivés à leur téléphone en présence de leurs enfants.

Lorsqu’ils cherchent une application sur les stores, les descriptions sont souvent rassurantes : elle permettrait de développer « des compétences telles que la coordination œil-main, la motricité fine, la réflexion logique et la perception visuelle, entre dans le cadre d’une éducation préscolaire », « la concentration, la mémoire visuelle et la capacité à compter ».

Cependant, lorsque l’on regarde de plus près, certaines descriptions peuvent laisser un peu perplexe : fautes d’orthographe et de grammaire, arguments douteux (« sentiment de joie et de plaisir qui sera accompagné par de vive émotions et des impressions inépuisables »), noms d’application étonnants ( « Enfant cerveau formateur »). Et pourtant ces applications peuvent être téléchargées jusqu’à plus d’1M de fois…
De plus, selon une étude américaine : 95% des applications dédiées aux enfants contiennent de la publicité, qui pourrait détourner l’attention des enfants du contenu pédagogique et qui est souvent inappropriée.

On peut alors légitimement se demander comment ces contenus pourraient être réellement qualitatifs.

Le discours des experts

Le CSA, de nombreux médecins et experts sont convaincus qu’une exposition excessive des enfants aux écrans peut avoir des effets néfastes sur leur développement et leur santé physique. Pour eux, « pas d’écrans avant 3 ans ».

Ils parlent notamment :

  • de troubles du comportement : agitation, frustration, difficulté de concentration ;
  • de retard dans l’acquisition de la marche ;
  • de dysfonctionnement dans l’acquisition du langage qui pourrait créer des difficultés dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture ;
  • d’une altération de la capacité d’empathie et de socialisation, une plus grande propension à l’anxiété ;
  • du manque de sommeil ;
  • des potentiels troubles de la vision (myopie précoce) et du comportement alimentaire.

« Il existe deux effets majeurs de l’exposition massive des jeunes enfants aux écrans. L’un direct, sa potentialité addictive, et l’autre indirect, celle du temps volé à la mise en place d’un attachement sécurisant à son parent. » COllectif Surexposition aux Ecrans (CoSE)

En réalité, l’effet néfaste des écrans sur le développement des enfants n’a pas été prouvé scientifiquement.
Le Haut Conseil de la Santé Publique a donc été saisi pour faire « la synthèse des connaissances disponibles » et proposer « des recommandations afin de diffuser une information basée sur des preuves scientifiques« .

Tout est une question de contenu…

Comme toutes les nouvelles technologies pour apprendre, il y a du bon et du mauvais. Comment apprendre à choisir parmi l’offre pléthorique des applications pour enfants ?

Selon Elena Pasquinelli – philosophe, spécialiste des sciences de la cognition  « peu d’applications possèdent les qualités requises pour être présentées à des enfants aussi jeunes » : peu d’interaction et d’animation, un son mesuré, pas de publicité. Ces applications doivent être conçues selon des « principes pédagogiques solides qui permettront à l’enfant d’apprendre, de s’exercer sur du concret, de réaliser des défis adaptés à son niveau, de recevoir des récompenses et du feedback au bon moment pour le motiver », comme par exemple celles qui sont créées par les laboratoires de science cognitive.

Et d’usage…

Plutôt que d’interdire et de condamner l’usage des écrans connectés, il faut apprendre à connaître leurs atouts et leurs risques pour profiter au mieux des potentialités de ces nouveaux outils.
Et surtout ne pas oublier d’éduquer les enfants à un usage raisonné.
Leur utilisation doit représenter un moment de partage entre parents et enfants. Ces derniers n’apprendront rien en utilisant seul face à leur écran ou en l’utilisant de manière passive.

Des bonnes pratiques peuvent être adoptées en fonction de l’âge et de chaque enfant :

  • contrôler le temps d’utilisation, définir des plages horaires – être strict mais souple,
  • faire attention à la qualité du contenu,
  • proposer des alternatives.
usage-ecrans-par-age
Le site app-enfant.fr donne des conseils indicatifs sur l’usage des écrans en fonction de l’âge des enfants

« Autrement dit, il est tout aussi important d’apprendre à s’en servir que d’apprendre à s’en passer. » Serge Tisseron, Psychiatre, membre de l’Académie des technologies, docteur en psychologie HDR, Univ Paris VII Denis Diderot


Pour aller plus loin :
Campagne du CSA « Pas d’écran avant 3 ans »
Elena Pasquinelli : « Comment utiliser les écrans en famille »
Fondation La Main à la Pâte
Nadia Kebir #MBAMCI : « Pour ou contre les réseaux sociaux pour les ados »

Sources :
France Inter – Emission La tête au carrée 31/10/2018 : « Les enfants face au numérique »
https://app-enfant.fr
https://lebonusagedesecrans.fr
https://www.cnetfrance.fr

Par | 2018-12-07T10:27:52+00:00 vendredi, 7 décembre, 2018|Catégories : Content Marketing, Expérience Client|Mots-clés : , , |

À propos de l'auteur :

Chef de projet digital @GRDF #MBAMCI #digitalmarketing #ux #innovation #futuroflife #futurofwork #pourquoipasmoi

Un commentaire

  1. Isabelle 12 décembre 2018 à 2 h 16 min - Répondre

    Exploring traveler through product critiques. When quitting time
    came on the last day my wife slipped out the back gate.
    When getting a beading hobby, scout online for your best
    specializes. http://mgupp.ru/bitrix/rk.php?goto=http://www.youtube.com/watch?v=K3XAN6FzGT0

Laisser un commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.